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Le feu d'artifice tiré depuis la capitelle de la résistance
Samedi 3 janvier 2004
Spectacle d'illumination de la capitelle, cette construction symbolique courageusement
édifiée - parce qu'ici comme ailleurs, résister c'est créer - cet automne au-dessus du
vallon promis à l'étouffement sous des tonnes de pourritures immondes. Le but est de
matérialiser aux yeux des Saint-Ponais le lieu et surtout la proximité du projet de
décharge géante, lequel, tant que n'ont démarré aucuns travaux, reste vraisemblablement
assez abstrait. Il faut choisir un jour très court - le creux de l'année est idéal : il
fait nuit bien avant de clore les activités diurnes. On peut donc espérer affluence de
spectateurs dans la grand'rue. Petit inconvénient : l'inclémence climatique. Le vent du
Nord, en bourrasques démentes, abaisse la température de plusieurs dizaines de degrés sous
celle affichée par le thermomètre - pour exagérer à peine. Mais ici, on sait ce qu'on veut,
et que tout se paye.
Un groupe est donc monté là-haut, avec deux véhicules transportant groupe électrogène,
puissants projecteurs et matériel d'artificier, plus le gâteau d'olives et les canons pour
tenir le coup. À Saint-Pons, deux groupes d'une vingtaine de personnes chacun se postent dans la
grand'rue, au LEP et en face de la rampe du marché. D'autres assistent au spectacle bien au
chaud depuis leurs fenêtres.
À la nuit close, une très grosse étoile éclate brusquement sur la masse noire de la montagne.
Ils ont allumé les projecteurs, et jouent à les faire clignoter pour un effet encore plus
saisissant. De fait, vu d'en bas, c'est impressionnant. On fait silence, fascinés par cet
astre brusquement apparu, si proche et si incongru, dont on ne peut détacher le regard.
D'innocents automobilistes s'arrêtent et baissent la vitre malgré la bise sibérienne pour
nous demander ce qui se passe. Bonne occasion de se répandre en informations grand public.
Des commerçants sortent sur le trottoir recevoir le même choc. C'est là, la décharge ?
suivi d'une exclamation personnalisée. Les réactions prouvent combien peu on a mesuré la
réalité de la menace, et les imaginations turbinent à plein tube. On s'y voit, dans la
poubelle jusqu'au cou.
Les fusées, rouges et vertes, déclenchent des "oh" et des "ah" comme lors de tout feu
d'artifice, et chacune l'attente passionnée de la suivante. Pourtant elles sont vraiment
très petites et très espacées, mais grande est la vertu du symbole pour qui ne s'arrête pas
à l'écorce des choses : cette manif (car c'en est une, si, si) est une réussite qui a
pleinement atteint son but. Enthousiasme, lucidité, nouveau seuil de conscience franchi et
tout le bataclan. Belle initiative en tout cas, étonnante, originale, hardie... c'est là
sa force, et son succès.
Tandis que les artificiers s'empiffrent de gâteau aux olives devant le feu avant de
redescendre - on les entend dans le téléphone - les spectateurs d'en bas se retrouvent au
bistrot (non ? pas possible) devant un chocolat chaud, pour changer. Ceux-ci, à l'instar
des courageux qui sont montés, ne l'ont pas volé après une heure à battre la semelle dans
la bourrasque.
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