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Manifestation devant la carrière
Près de cent personnes ont bravé le froid très vif
Mardi 6 janvier 2004
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Pour la première fois dans l'histoire, on a déplacé une centaine d'argousins.
Du jamais vu ! Un simple rassemblement de quelques tufs, une centaine également, dans ce
trou paumé oublié du monde (enfin, pas de tout le -), et voilà des théories de cars de
gendarmes, mobiles et statiques, envoyés au casse-pipe. La férocité des sinistres opposants
à la décharge géante de Saint-Pons est devenue légendaire. À cette évocation atroce, le
pauvre préfet tremble et fait des cauchemars. Il envoie la troupe dûment chapitrée pour
faire face au carnage.
On le comprend : les manifestants font de la musique, ay ay ay c'est déjà d'une audace !
Des pièces de théâtre, une folie. Ils montent des capitelles, c'est trop affreux. Ils
lancent des feux d'artifice, vous vous rendez compte ? Leur prochaine rage meurtrière,
c'est, paraît-il, un lâcher de ballons ! gonflés à l'hélium, quelle barbarie. Alors, si
personne n'arrête cette effroyable ascension dans l'horreur, imaginez ce qui peut arriver.
Pour l'heure, ce 6 janvier, le préfet essuie sa sueur et retrouve lentement son souffle :
pour cette fois on n'a pas à déplorer trop de pertes. Au passage, on a même réussi à
récolter quelques subsides en verbalisant deux ou trois pneus lisses. Les trois
représentants de la SITA sont restés dignes en dépit de leur bégaiement à chaque question
pour deux d'entre eux, le troisième - brillant spécialiste en tarte à la crème, pardon en
communication, avec des dents qui rayent le bitume (ça fait mal ?) - muré dans son
monologue parfaitement sourd à tout le reste. Et puis c'est pas sa faute c'est même pas lui
qui produit des déchets d'abord. (Authentique, et sans une esquisse de sourire. Une des
meilleures, pourtant, de toutes celles entendues depuis un an). |
Monsieur Carayon quant à lui n'a pas daigné se déplacer. Il boude. Il a vu un jour un
graffiti avec son nom. Depuis il boude. Il a annoncé par téléphone qu'il autorisera le
passage pour les travaux, mais pas pour les déchets. Pas mal celle-là non plus. Et puis
d'abord il a signé le bail quand les gens étaient d'accord. Y a pas à revenir là-dessus.
Cela dit, focaliser l'attention sur la personne de Carayon revient à désigner une victime
expiatoire, "le" coupable, au risque de perdre de vue l'objectif véritable, à savoir le
système dont il n'est que l'instrument, certes indéfendable, mais pas essentiel.
Comme pour démonter un macdo, comme pour arracher du maïs transgénique, la force publique
(attention hein ! c'est interdit de s'appuyer nonchalamment contre les minibus bleus, que
pourtant nous avons payés) vole au secours, à nos frais, du profit privé. Des mauvais
esprits particulièrement grincheux avancent le terme de dictature feutrée...
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