Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint- Ponais ?
 

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Confrontation entre les opposants à la décharge de Tanarès et Sita Sud
article paru dans Le Midi Libre du 23/04/2003

lire le communiqué de l'association

La fiabilité des expertises mise en cause par Patanarès

"Ce projet a manifestement manqué de dialogue préalable et il est désormais difficile de nager à contre-courant."
Le sous-préfet, Alain Koegler, ne pensait pas si bien dire en présidant, hier matin, la confrontation entre la société Sita Sud et les opposants à la décharge de Riols, repartis de ce "grand oral" sans être convaincus. A commencer par l'association Patanarès qui, après beaucoup de tergiversations, avait choisi d'honorer "une demande expresse" du sous-préfet, tout en refusant de débattre de l'aspect technique du projet, évoqué dans un rapport contradictoire soumis à l'examen des services de l'Etat. Attac et le Collectif de citoyens avaient décliné l'invitation, tout en assurant l'association Patanarès de leur soutien et solidarité. Que retenir de cette réunion matinale qui s'est poursuivie jusqu'en début d'après-midi, sinon qu'elle a débouchée sur deux propositions qu'il demeure à faire valider par le préfet Idrac : l'organisation sur le site même de Tanarès d'une réunion supplémentaire du comité départemental d'hygiène qui se penchera sur l'aspect technique du dossier dès demain matin, lors d'une séance plénière, ainsi que la mise en œuvre d'une contre-expertise portant sur la nature géologique et hydro-géologique du site choisi par Sita Sud pour enfouir de 75 000 à 100 000 tonnes de déchets par an. Jusqu'à concurrence de 1,5 million de tonnes. Cette installation s'insère dans le schéma départemental d'élimination des déchets, "afin de répondre aux besoins des populations", selon Philippe Dufour, directeur général de Sita Sud, promue "force de propositions, répondant par des solutions éprouvées là ou d'autres agitent doutes et peurs".
Ainsi, si le Comité de liaison des associations de protection de l'environnement (Clape) du Languedoc-Roussillon a mis à l'épreuve la société Sita-Sud sur des problèmes d'incendie, de résistance des géo-membranes et de gestion des lixiviats (ils seraient traités par une station d'épuration extérieure, de préférence pas trop éloignée du site), ce sont bien les risques géologiques et hydro-géologiques qui ont retenu le plus longuement l'attention des participants. Avec, d'un côté, une entreprise qui a affirmé "être allée au bout du bout des expertises et avoir mené l'identification exhaustive des risques, afin de les prévenir et les contenir", comme elle l'a fait pour chacune de ses installations du sud de la France qui traitent annuellement un million de tonnes de déchets "sans pollutions rémanentes ni incendies à répétition ". De l'autre, une association de défense qui doute de la fiabilité des études jusqu'à estimer "qu'il est indigne de présenter un tel dossier au comité départemental d'hygiène". Dans le collimateur : des différences notables d'appréciation concernant la fréquence des vents d'est, l'importance des zones urbaines situées sous le vent, la faisabilité des chemins d'accès dont un paraît catégoriquement refusé par l'entreprise Carayon, ainsi qu'une bien curieuse anomalie de localisation du centre d'enfouissement "laissant supposer, aux yeux de Patanarès, que le lieu aurait été adapté au projet et non l'inverse". Sur les cartes des opposants, le site est situé en plein cœur de la zone de vulnérabilité établie par le Bureau de recherches et de géologie minière (BRGM) ; sur celles de Sita Sud, il est en lisière du secteur fragile, sur des schistes massifs présentant de bien moindres risques d'infiltration.
Problème d'échelle entre des cartes IGN prétendues pourtant d'une fiabilité sans faille ? Sita Sud a été pressée par tous et chacun des interlocuteurs, de fournir dans les meilleurs délais une réponse définitive, sachant que le directeur du développement de la société a affirmé "qu'il n'aurait jamais déposé un projet sur une zone aquifère ". Et que les sondages effectués l'avaient été sur un périmètre autorisant "des analyses et interprétations bien plus précises que celles du BRGM". Il reste à l'entreprise à le démontrer.
Nous ne cherchons pas pour trouver
Interrogé sur la nature et le déroulement de ce type de confrontation, Philippe Dufour, directeur général de Sita Sud, a commenté à l'issue des travaux: "Nous n'avons à opposer à nos détracteurs que des convictions techniques étayées par des sommes d'études et d'expertises. Nous, contrairement à Patanarès, nous ne cherchons pas pour trouver ! Il est de notre devoir de répondre présent dès lors qu'on nous demande d'échanger, expliquer, lever les zones d'ombre qui pourraient subsister. Sur les points critiques, nous devons fournir des précisions objectives. Dans ce type de confrontation, nous sommes le plus souvent confrontés à une opposition systématique où le but n'est pas de comprendre, mais de tout mettre en oeuvre pour que le projet ne se fasse pas, soit-il le meilleur possible!
L'expérience nous prouve qu'au-delà de six mois d'exploitation, les centres d'enfouissement Sita Sud sont des non-événements. On en entend plus parler. Les craintes des riverains sont légitimes et nous sommes là pour les apaiser, mais nous ne pouvons pas admettre que certains ne se complaisent qu'à agiter des peurs collectives
." Concernant le souhait de Patanarès de voir engager une contre- expertise géologique et hydro-géologique par un cabinet agréé de son choix, Philippe Dufour a souligné: "Les mailles de nos expertises sont très fines et, en toute hypothèse, bien plus serrées que ne le préconisent les obligations légales. Nous ne voyons pas ce qui pourrait nous surprendre."

"Plus modestes et moins onéreuses"
A la faveur de cette réunion de travail, l'association Patanarès a rappelé, par la voix d'André Pruneddu, qu'elle entendait poursuivre sa collaboration avec le syndicat d'élimination des déchets ouest-hérault, "en faveur de la création de deux à trois sites d'enfouissement plus modestes et plus proches du risque zéro". "Nous aiderons à leur réalisation", a affirmé le président de Patanarès, militant "de formules mains dangereuses et moins chères pour l'usager: 67 € la tonne traitée pour le projet Sita Sud contre 48 € à 50 € pour les solutions dites alternatives", sachant toutefois que le projet Sita Sud ne bénéficie d'aucune participation financière publique.
Du côté du syndicat ouest-hérault d'élimination des déchets "pas directement intéressé par le projet Sita Sud", le président Michel Bozzarelli a pris acte de la volonté hardie de Patanarès de lui prêter main forte dans la recherche de micro-sites, observant, au passage, que la population et les élus du Saint-Ponais "étaient effrayés par le gigantisme de l'installation", alors que la capacité de cet établissement industriel ne semble nullement impressionner Sita Sud.

La loi respectée au pied de la lettre
Intervenant au nom du Clape LR, Robert Clavijo a affirmé que nul problème ne se poserait si la loi était respectée au pied de la lettre. "Les déchets fermentescibles et toxiques ne devraient plus arriver en décharge, alors que 90% d'entre eux y parviennent encore, sans tri ni traitement préalables", a-t-il noté.

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