Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Sous l'iceberg des déchets, le tri a du mal à émerger
reçu par email - Source : Site du Midi libre

Edition du 17 Mars 2003
Ames écolos sensibles, s'abstenir. Non pas que le constat qui suit vise à décourager le civisme des trieurs qui, quotidiennement dans leur poubelle jaune ou bleue, participent à construire une planète plus propre. Ou moins sale, c'est selon.
Mais il y va des chiffres comme de certaines réalités sociales : si la collecte sélective, le tri et le recyclage des déchets ménagers progresse dans les mentalités comme dans les faits, l'avancée écologique qui en résulte ne représente quasiment rien au regard du gisement total des ordures.
Que disent les chiffres ? Que l'an dernier sur le territoire du Sitom sud-Gard, syndicat qui collecte près de 260 000 habitants et couvre 72 communes, seules 9 219 des 103 019 tonnes d'ordures ménagères produites ont été accueillies au centre de tri de Grézan, près de Nîmes. Soit, péniblement, 9 % du poids des fameuses poubelles jaunes ou bleues. Malheureusement, comme les déchets triés ne s'avèrent pas tous recyclables - ainsi le pot de yaourt, le vieux fer à repasser ou l'annuaire souillé -, il faut en renvoyer plus d'un tiers sur le site de la décharge des Lauzières, soit 3 380 tonnes en 2002. Ce qui fait grimper les coûts de traitement et, inversement, chuter le taux de recyclage à 5,7 %.
Pour se consoler, on ajoutera le traitement à part du verre (4 100 t) et du papier (1 400 t collectées en dehors de Nîmes), histoire de faire grimper le taux final à 11 %. Ce qui situe le bassin nîmois dans la partie basse de la moyenne nationale. Maigre, la consolation.
De ce constat statistique, il faut tirer deux enseignements. Primo, la pratique du tri est loin d'être entrée dans toutes les mœurs. Jean-Marie Filippi, président du Sitom et adjoint au maire de Nîmes chargé de la propreté, le sait. «J'ai fait conduire l'an dernier une étude dans le quartier Richelieu / Notre-Dame par les ambassadeurs du tri. Pendant trois mois, on a sondé la pratique de 840 foyers. Les résultats sont saisissants : deux tiers des personnes interrogées disent ignorer l'existence de la collecte sélective. Et sur le tiers restant, la moitié à peine des usagers indiquent qu'ils se sont mis effectivement à trier !»
Secundo, et c'est sans doute plus cruel, le tri des déchets ménagers ne représente quasiment rien au regard du gisement total des déchets : sur le même territoire du Sitom, l'année 2002 a vu arriver aux Lauzières 44 415 t de déchets industriels, 200 000 tonnes de gravats, 80 000 tonnes de boues de stations d'épuration, 8 310 tonnes de déchets verts. Enfin l'hôpital a fait incinérer 1 732 tonnes de déchets. N'en jetez plus !
« C'est vrai qu'en volume et en poids, le tri des déchets ménagers ne règle qu'une petite partie du problème, avoue Laurent Bastida, le responsable languedocien d'Eco-emballages. Mais j'ai envie de vous dire que c'est un bon début qui augure bien de la suite.»
Sentiment voisin à Grézan, où une trentaine d'hommes et de femmes se relaient jour et nuit pour séparer le bon grain de l'ivraie de 260 000 trieurs présumés. « Le principe du tri n'est pas seulement de recycler des matières premières en matières premières secondaires, il consiste aussi à faire disparaître le déchet du monde des déchets », résume doctement Yvon Ponthoreau, chef du centre qui facture chaque année sa prestation au Sitom. En échange et par contrat, il s'occupe de revendre le plastique trié à des clients via le groupe Valorplast, le fer à l'usine Arcelor de Fos-sur-Mer, des journaux-revues-magazines au groupe European paper recycling, lequel les revend à Norske skoge qui fabrique des bobines de papier recyclé pour imprimer de nouveaux journaux… Les multinationales s'en rendent compte : le déchet est une source inépuisable de revenus.
Pour en finir avec les décharges à ciel ouvert et alors que se profilent les centres d'enfouissement technique et autres incinérateurs censés brûler et transformer en énergie ce qui n'est pas recyclable, la collecte sélective et le tri apparaissent comme l'étape incontournable d'un dossier lourd à gérer. Surtout pour les élus qui le savent peu payant électoralement. Normal : plus la filière de traitement des déchets est intégrée, plus elle coûte cher à la collectivité. Plus les impôts locaux, par conséquent, augmentent. Et continueront d'augmenter.
Julien CLAUDEL

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