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INITIATIVE
Taxe sur les sacs plastiques : le modèle irlandais prouve son efficacité

David Martin (Filigrane Press) sur le site de Novethic

L’Irlande, son trèfle, ses vertes prairies, sa bière brune… et ses sacs plastiques. Baptisé ironiquement «le drapeau irlandais» tant il était fréquent de le voir flotter dans les arbres et arbustes des campagnes, le sac plastique, véritable fléau, est aujourd’hui en voie d’éradication sur l’île, grâce à une taxe instaurée voilà un an par le gouvernement. L’initiative intéresse aujourd’hui les Etats-Unis, l’Angleterre, l’Australie. La France reste pour l’instant en retrait.

Les sacs en polyéthylène, un dérivé pétrolier d’une durée de vie d’au moins 100 ans, sont aussi polluants en cas d’abandon qu’en cas d’incinération, puisqu’ils dégagent des fumées toxiques. En outre, certains mammifères marins (baleines, dauphins et tortues) les confondent avec des méduses et s’asphyxient en les avalant. Pas moins de 120 millions de sacs garniraient les fonds marins. Enfin, lors des récentes inondations au Bangladesh, des sacs plastiques obstruant les canalisations et empêchant l’écoulement des eaux ont alourdi le bilan des victimes.

Aussi, l’initiative irlandaise fait-elle figure d’exemple en la matière. La Plastic shopping bag levy, ou Plastax, de 15 centimes d’euro par sac, est ainsi acquittée par le consommateur irlandais lorsqu’il demande un sac plastique au commerçant pour ses achats. Ce dernier reverse trimestriellement les sommes collectées au Fonds pour l’Environnement créé à cet effet. En cas de doute sur leur honnêteté, la police peut procéder à des vérifications, les commerçants étant censés tenir une comptabilité précise de leurs stocks de sacs afin de prouver qu’ils paient bien ce qu’ils doivent. Ceux qui ne jouent pas le jeu encourent une amende pouvant atteindre 1 905 euros et un an de prison pour la première infraction, jusqu’à dix ans de prison en cas de récidive. Le ministre de l’environnement irlandais Martin Cullen en appelle même au sens civique de ses concitoyens en les invitant à dénoncer les contrevenants. «Notre but est de changer les mentalités», avouait à l’introduction de la taxe son prédécesseur, Noel Dempsey.

L’adhésion du public, garantie de réussite
Un an après, le bilan est impressionnant. Bien que le Ministère de l’environnement nous ait avoué n’avoir pas encore mené d’étude officielle pour mesurer l’efficacité du dispositif, les associations de commerçants annoncent une baisse de 90% du nombre de sacs distribués, alors que le gouvernement ne tablait que sur 40% la première année. Les prix sont restés stables puisque la taxe n’affecte pas les marges des commerçants. Le public lui-même est conquis par cet impôt qui lui promet une amélioration sensible de son environnement. L’Irlandais moyen consommait pourtant 342 sacs plastiques par an, soit un total de 12 milliards par an.

Les 4 millions d’euros récoltés pour l’instant par le Fonds pour l’Environnement serviront en effet à mener des actions en faveur de l’environnement, notamment développer le recyclage et le traitement des déchets ou encore faciliter l’application des législations sur l’environnement en vigueur – comme à travers la création de sites accueillant réfrigérateurs et congélateurs usagés, qui contiennent du gaz réfrigérant favorisant l’effet de serre.

Plusieurs gouvernements (États-Unis, Angleterre, Australie) étudient l’exemple irlandais et réfléchissent à son extension chez eux. Mais aucune démarche officielle n’a encore été entamée. «Notre initiative intéresse de nombreux pays à travers le monde», précise Martin Cullen. L’Angleterre voisine, mais aussi l’Australie – dont le Ministre de l’environnement vient de rejeter une proposition de taxe plastique - ou les Etats-Unis, ont ainsi commencé à s’interroger.

Le dispositif irlandais s’avère intéressant à plus d’un titre car, même si son application reste à peaufiner, il est le fruit d’une initiative politique, et non d’une mesure commerciale émanant d’entreprises privées. Précisément, les pays où le gouvernement a entrepris d’agir directement, comme l’Afrique du Sud qui a banni cette «fleur nationale» qui ornait les paysages du bush, ou Taiwan qui a interdit la distribution gratuite de sacs et d’objets en plastique, ont ainsi connu une amélioration sensible de la situation.

France : l’initiative vient de Corse
En France, 17 milliards de sacs (8 en Angleterre, 2 en Chine) sont distribués chaque année, dont 80% par la grande distribution. Sur l’ensemble, 60% ne sont ni recyclés, ni incinérés. Et, bien que la responsabilité des distributeurs soit évidente, les initiatives restent timides, à l’image de la décision de Monoprix d’utiliser des sacs transparents qui, bien que dépourvus du colorant blanc toxique traditionnel, restent polluants. Seule la chaîne E.Leclerc a pris des mesures d’envergure, en lançant en 1996 le concept du sac réutilisable à vie : pour 15 centimes d’euro, le consommateur achète un sac plus grand et plus résistant, qui lui est échangé gratuitement lorsqu’il est hors d'usage. Supporté par une vaste campagne de communication, ce dispositif a permis de réduire de 95% en six ans le nombre de sacs distribués aux caisses : de 1 milliard à 50 millions, soit 24 000 tonnes de plastique économisées. Et, d’après le site ecoemballage.fr, une tonne de plastique recyclé permet d’économiser 1 à 1,2 tonne de pétrole. Dès lors, si 80% des clients du distributeur se déclarent satisfaits par cette action, on peut légitimement se demander pourquoi les autres chaînes n’ont pas adhéré au militantisme de E.Leclerc. Plus surprenant, la seule initiative publique de ce type actuellement à l’étude en France émane de l’Assemblée territoriale de Corse, qui a entrepris fin 2002 une consultation visant à interdire l’utilisation dans l’île de sacs plastiques d’emballage. Comme l’Irlande, la Corse vit en effet de l’industrie du tourisme, et les sacs plastiques lui causent les mêmes troubles que sa cousine gaélique. Or, l’Assemblée territoriale corse, s’appuyant sur la loi adoptée par le Parlement français le 22 janvier 2002, estime que l’élimination des ordures ménagères entre dans son champ de compétences. Cette proposition pourrait être débattue dans les prochains mois. Des solutions alternatives, notamment l’emploi de sacs biodégradables plus onéreux, sont actuellement à l’étude. De là à la voir s’étendre à l’ensemble du territoire...

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