Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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La bataille contre les sacs en plastique a commencé
Article paru dans Courrier international - n° 729 - 21 oct. 2004

Le monde a déclaré la guerre au sac en matière plastique. Mais qu’a bien pu faire cet objet pour s’attirer de telles foudres ?

Ce n’est peut-être pas le pire crime qu’ait commis l’humanité, mais les environnementalistes sont de plus en plus nombreux à considérer l’humble sac en plastique comme l’ennemi public numéro un – un mal inutile auquel il est temps de mettre un terme. Les sacs abandonnés ne se contentent pas de joncher nos villes et nos campagnes, ils tuent la faune, encombrent les canalisations et ont une durée de vie dans la nature de plusieurs décennies. Quant aux responsables des décharges, ils les haïssent, car ils ont la détestable habitude de s’envoler au moindre coup de vent.

Les seuls à les aimer, ce sont les représentants de l’industrie du sac en plastique. Etonnant, me direz-vous… Mais abstenons-nous un temps de les soupçonner de défendre leurs intérêts, et leurs arguments, soudain, paraissent plus raisonnables. Objectivement, les sacs en plastique sont loin d’être le pire problème écologique de la planète. Si on enfait des boucs émissaires, affirme le secteur, c’est parce qu’ils sont une cible facile, grâce à laquelle on peut aisément faire ressortir notre sentiment de culpabilité lié à une irresponsabilité écologique généralisée. En réalité, les indices tendant à prouver qu’il serait profitable d’interdire les sacs en plastique sont minces. Alors, qui a raison ?

Depuis son apparition, dans les années 1970, le sac en plastique est devenu une partie intégrante de notre vie. Aujourd’hui, dans le monde, la plupart des gens n’utilisent pas autre chose pour transporter leurs achats. Selon les sources, le Royaume-Uni en serait à une consommation de 9 à 17 milliards de sacs par an. Sur toute la planète, nous en rapportons entre 500 et 1 000 milliards à la maison chaque année. Soit 150 sacs par an pour chaque habitant de la Terre ou, autrement dit, 1 million à la minute, et ce chiffre ne cesse d’augmenter.

“En termes de pollution, l’impact des sacs en plastique dépasse les prévisions parce qu’ils sont beaucoup plus mobiles que les autres formes de déchets”, déclare Samantha Fanshawe, directrice de la conservation à la Société de conservation marine du Royaume-Uni. Une fois en liberté, ils deviennent aussi visibles qu’omniprésents, flottant dans les ruesou claquant désagréablement dans les branches des arbres. Cette habitude des plus irritantes leur a valu une quantité de surnoms péjoratifs de par le monde : “culottes de sorcières” en Irlande, “pollution blanche” en Chine, ou encore “fleur nationale” en Afrique du Sud. Les sacs en plastique peuvent en outre avoir un effet dévastateur sur la faune. “Ces derniers temps, on a retrouvé des tortues et des baleines mortes, échouées, les intestins obstrués par des sacs en plastique, explique Samantha Fanshawe. On en retrouve une ou deux par an dans les eaux d’Europe du Nord. Il ne fait aucun doute que la proportion s’accroît.” La dernière victime en date est un petit rorqual, échoué en Normandie en 2002 et dans l’estomac duquel 800 kg de sacs en plastique et autres déchets étaient entassés. La plupart des animaux marins mourant en haute mer, peu d’autopsies peuvent être pratiquées. Le taux de mortalitéest sans doute beaucoup plus élevé. La fondation écologiste australienne Planet Ark estime que des dizaines de milliers de baleines, oiseaux, phoques et tortues meurent chaque année à cause des sacs en plastique, en grande partie parce qu’un sac flottant dans l’eau ressemble fortement à une savoureuse méduse, du moins aux yeux d’une tortue.

Dix ans de prison et 13 000 euros d’amende
Apparemment, même les créatures les plus humbles sont menacées. Une étude publiée en mai dernier dans Science démontre que la présence de fragments de plastique dans les sédiments marins a considérablement augmenté au cours des quarante dernières années. Or de petits invertébrés comme les bernacles sont capables d’ingérer ces fragments. Environ 6 % de ces matières plastiques sont du polyéthylène [le composé à la base de la plupart des sacs]. Richard Thompson, de l’université de Plymouth, en Angleterre, qui a dirigé ces recherches, déclare : “J’ai le sentiment que les sacs en plastique contribuent sûrement aux microplastiques que nous retrouvons.”

Les Danois ont été les premiers à essayer de réduire l’utilisation des sacs, en instituant une taxe sur tous les emballages, en 1994. Cela entraîna une baisse de leur utilisation de 66%, en dépit du fait que c’étaient les supermarchés et non les utilisateurs qui devaient en supporter les frais. Taïwan a suivi, avec des résultats similaires. En 2002, le Bangladesh prit des mesures plus radicales, en interdisant la production et la vente des sacs en polyéthylène, menaçant de dix ans de prison et de l’équivalent de 13 000 euros d’amende les contrevenants récidivistes. En 2002 également, l’Irlande a imposé une taxe de 15 centimes sur les sacs en plastique, aux frais du consommateur. En quelques mois, la consommation de avait chuté de 90%. Au bout de deux ans, la “Plastaxe” a permis de récolter 23 millions d’euros pour des projets environnementaux. Mike Pringle, député au Parlement écossais, fait désormais pression pour la mise en place d’une taxe semblable en Ecosse. Mais le gouvernement central britannique n’est pas convaincu : Londres a décrété qu’une “taxe ne profiterait pas obligatoirement à l’environnement”, et que “la politique [du gouvernement] vise avanttout à modifier la gestion de l’ensemble des déchets”.

Avant de reprocher au gouvernement britannique d’être à la traînepar rapport à l’opinion mondiale, on doit reconnaître qu’il a partiellement raison. Certes, les sacs nuisent à l’environnement, mais ils ne sont qu’un aspect d’un problème bien plus vaste. Selon les calculs du gouvernement britannique, les sacs en plastique ne représentent que 1 % des ordures envoyées dans les décharges. Dans un monde où presque tout est jetable, n’y a-t-il pas des sujets qui justifient davantage la colère des défenseurs de l’environnement ?

En outre, les sacs en plastique ne constituent qu’une infime proportion des déchets sauvages [abandonnés sur la voie publique ou dans la nature]. Dans son enquête sur l’état des plages en 2003, la Société de conservation marine calculait que, si les plastiques entrent pour 56% des détritus trouvés sur les plages du Royaume-Uni, les sacs proprement dits ne représentent que 2 % du total. Les bouteilles en plastique figurent en haut de la liste, au même titre que les déchets de pêche et les eaux usées. D’une façon générale, les sacs en plastique constituent moins de 1 % des déchets sauvages. Rien d’étonnant à ce que les détracteurs de la guerre aux sacs en plastique affirment que leur impact sur l’environnement est très surévalué et que l’interdiction oula taxation des sacs n’entraîne aucune amélioration nette.

Selon le Carrier Bag Consortium, un groupe de fournisseurs britanniques résolus à lutter contre la campagne anti-sacs en plastique, la taxe irlandaise sur les sacs n’a réduit en rien leur consommation. Il rappelle également que ces sacs comptent parmi les produits jetables au fort taux de réutilisation – 80 % d’entre eux sont recyclés au moins une fois pour garnir les poubelles, pour y mettre les couches usagées, et les propriétaires de chiens s’en servent pour ramasser les crottes. De plus, leur fabrication et leur transport sont bien moins gourmands en énergie que ceux de produits de substitution comme le papier ou le carton. Et une fois qu’ils ont été jetés, une partie de l’énergie qui a servi à les fabriquer peut être récupérée par incinération dans des usines de retraitement.

Si donc les sacs en plastique ne sont pas aussi nuisibles qu’on voudrait nous le faire croire, les gouvernements et les écologistes se tromperaient-ils de combat ? Eh bien, oui et non. Le sac en plastique est peut-être un bouc émissaire, mais il n’en est pas moins vrai que si l’on veut sensibiliser les gens à la défense de l’environnement, le fait qu’un objet quotidien éveille chez la plupart d’entre eux un sentiment de culpabilité est déjà un bon début. “Les sacs en plastique sont le symbole d’une société où l’on utilise les choses sans réfléchir, avant de finir par les jeter”, commente Claire Wilton, militante des Amis de la Terre à Londres. “Les gouvernements ont donc compris qu’en se focalisant sur quelque chose d’aussi chargé symboliquement, ils peuvent faire évoluer les comportements.”

L’industrie du sac en plastique, bien entendu, ne tient pas à se voir reprocher l’irresponsabilité générale en matière d’environnement. Mais même si les faits sont de leur côté, les industriels semblent défaitistes. “Le marketing vert l’emporte toujours”, se lamente Peter Woodall, porte-parole du Carrier Bag Consortium.

Tandis que les deux parties se querellent pour savoir si le plastique est mieux ou moins bien que le papier pour transporter nos achats, elles sont au moins d’accord sur un point : les sacs biodégradables ne sont pas la solution. “Ils pourraient favoriser de mauvaises habitudes”, peut-on lire dans un communiqué de la UK’s Packaging and Industrial Films Association, installée à Nottingham. “Les sacs biodégradables inciteraient les gens à jeter leurs déchets n’importe où, et celane résoudrait pas le problème, plus vaste, du gaspillage des ressources”, assure Claire Wilton. Et pour la tortue lambda, un sac biodégradable ressemble tout autant à une méduse qu’un sac non biodégradable.

Caroline Williams - New Scientist


En France

Le député UMP de Seine-et-Marne Yves Jego a déposé le 22 septembre une proposition de loi visant à interdire les sacs en plastique en France d’ici à 2010. Entre-temps, la Corse est devenue la première région de France à renoncer aux sacs à la suite d’un “référendum” organisé par les grandes surfaces auprès des consommateurs, en mai 2003. Cet été, dans l’île de Ré, supérettes et supermarchés ont arrêté d’en distribuer, tandis que sur le reste du territoire les grandes surfaces ont multiplié les initiatives pour en réduire la consommation. Quinze milliards de sacs en plastique seraient distribués chaque année en France ; ils seraient responsables de 20 000 tonnes de déchets non biodégradables.

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