Projet Decons S.A - Commune de Guillos (Gironde)
trouvé sur le web
A la demande de l'association de défense des Landes Girondines, il a été réalisé un
examen du dossier de demande de création d'une unité de valorisation de résidus de
broyages et d'un centre de stockage de déchets ultimes.
Successivement, on abordera les points suivants :
Remarques générales ; L'étude hydrogéologique du site ; Interprétations ; Conclusions.
1, Remarques générales
De prime abord, on est étonné d'un projet de ce type, en zone boisée majoritairement
en résineux, avec risques d'incendies.
On remarque que le courrier d'accompagnement de la banque ne fait pas mention des
sommes à bloquer pour la remise en état du site.
Dans le tonnage des déchets, on parle de densité de 1,2 après compactage alors même
qu'ailleurs on parle d'une densité de 1, toujours après compactage.
Dans le chapitre "investissements", on ne parle pas des analyses de contrôle, des
traitements des biogaz et des lixiviats.
Le bilan financier montre une chute du résultats des actions, ce depuis 1996.
Les résidus de broyage contiennent dix pour cent de bois et papier, fermentescibles ;
soit près de 1500 tonnes par an .
La solution cimenterie est évoquée, mais on ignore la cimenterie la plus proche
susceptible de brûler les restes de broyage, dont les pneumatiques usagés, interdit à
partir de 2002.
Les hydrocarbures présents dans les restes de broyage ne sont pas pris en compte et
ne sont pas quantifiés dans les analyses de lixiviats.
La couche drainante est proposée en vieux pneumatiques qui vont s'écraser et se
dépolymériser par la chaleur de fermentation des bois et papiers. Pourquoi ne pas
prendre de graviers silicieux calibrés, incompréssibles.
Dans l'état initial, on ne donne pas de mesures normalisées d'I.B.G.N, indicatrice
du degré de pollution chronique du ruisseau récepteur des eaux de pluies.
Le séchage des lixiviats met en contact, à chaud, des chlorures et des matières
organiques riches en acides humiques. La création possible de dioxines n'est pas
prise en compte.
Le paragraphe biogaz est succint. On admet sa présence sur des sites de l'exploitant,
mais il sera absent localement. De plus, les déchets automobiles amènent 1500 t par
an de fermentescibles qui donneront naissance à du biogaz. S'y ajoutent également
les bois, cartons et papiers des DIB (avec, en plus les périssables fermentescibles
invendus de grande surface) prévus à l'enfouissement. Le charbon actif proposé, dont
on ignore, d'ailleurs, le volume comme la capacité de rétention, sera rapidement
saturé et donc inutile.
Suivant les différentes parties, le personnel du site sera de sept ou de neuf. Il
disposera de toilettes mais pas de fosse septique...
Le projet est prévu directement dans la nappe phréatique, jusqu'à six mètres de
profondeur.
On ne fait pas référence à des tranchées drainantes autour du site, pour éliminer
les venues d'eaux parasites. Un pompage sous le site est aussi envisageable, sous
les géomembranes, comme à Clérac, en Charente maritime. Là encore, pas de financement
prévu.
2, Étude hydrogéologique du site
2 1, Études géologiques
De prime abord, on n'a pas trouvé les coupes des sondages effectués.
On n'a pas trouvé, non plus de mesures géophysiques de résistivité moyenne. Ces
mesures par traînées électriques ou radio magnéto tellurique (RMT du laboratoire des
ponts et chaussée, à 162 khtz ou EM 31 de Géonyx) permettent de cartographier avec
précision, la résistivité du sol et de quantifier sa teneur en argile dans les cinq
premiers mètres du sous-sol.
On n'a pas non plus de sondage carotté sur trente mètres, au droit du site. Manquent
également les diagraphies gamma ray des sondages pour quantifier avec précision les
niveaux argileux et leur puissance.
Les résultat de mesure de perméabilité ne sont pas non plus fournis. On ne donne qu'
une valeur globale.
Dans l'hypothèse d'un complément de barrière passive par de la bentonite, il est
étonnant que l'on se rapporte à un simple calcul arithmétique. Si dans l'absolu, ce
tapis peut présenter la perméabilité équivalente à cinq mètres d'argiles à 10-6 m/s
ou un mètre à 10-9 m/s, ce tapis n'est pas en place. Sa résistance mécanique au
poinçonnement sera donc inférieure à celles de matériaux in situ naturellement.
Un autre point est passé sous silence : les conditions de pression et température,
en fond de casier (alvéole). La présence de fermentescible conduira à des
températures supérieures à 30° Centigrades, en conditions d'atmosphère saturée
d'humidité. En cas de fuite de la géomembrane, on aura donc en présence, des
lixiviats riches en acides humiques complexant, des alumino silicates (argiles, dont
la bentonite), et une température tropicale. Cela entraînera ainsi une lyse des
argiles avec solubilisation de l'aluminium et de la silice, comme on l'observe sous
les forêts tropicales ou équatoriales. Ce phénomène, à lui seul, va dénaturer et
fragiliser la mince couche de bentonite.
2 2, Études hydrogéologiques sensu stricto
Les résultats des essais de pompage ne sont pas fournis. Pourtant, ils permettent de
calculer la perméabilité de la zone crépinée du forage, ce, d'après la loi de
Jacob.
De plus, où vont se situer les piézomètres de contrôle, amont et aval. Quelle est
leur profondeur et la hauteur crépinée ?
Quant aux analyses, il est important de connaître le lieu, date et heure de
prélèvement, la norme utilisée, les limites de détection ainsi que l'incertitude sur
la mesure, pour une interprétation cohérente. Ces données ne sont pas toutes
fournies.
Enfin, on ne possède pas de balance ionique de l'eau, pour un état - zéro cohérent.
Les hydrocarbures ne sont pas fournis non plus, alors même que leur présence est
vraisemblable dans les lixiviats de broyage automobile (dans ce cas, leur
quantification est à réaliser par chromatographie en phase gazeuse, pour bien
séparer les diverses coupes pétrolières présentes).
3, Interprétations
3 1, Bilan provisionnel
De prime abord, on constate la non-prise en charge du biogaz.
La solution du charbon actif est totalement illusoire devant le volume formé à
partir de la première année. Le biogaz est un puissant toxique racinaire à grande
diffusion. De plus, il est inflammable et explosif. Sa récupération en torchère est
incontournable.
De même, le pompage des eaux de la nappe est à prévoir. Faute de quoi, la
géomembrane sera instable et l'on aura des venues d'eaux parasites.
Est à prévoir également une couche draînante incompréssible, en graviers silicieux
et non en pneumatiques.
Le traitement des lixiviats n'est pas envisageable tel que, compte tenu de la
présence d'hydrocarbures d'origine automobile. Il faut également avoir la certitude
que leur séchage ne va pas créer des dioxines. La solution pour les lixiviats passe
obligatoirement par l'osmose inverse ou la nitrification sur offertoire par une
ozonisation en présence d'eau oxygénée. Une partie de l'énergie nécessaire peut
d'ailleurs être fournie par valorisation du biogaz.
Quant au tonnage réel, il repose sur la densité compactée. Sans doute plus proche de
1 que de 1,2, elle diminue les entrées annuelles et donc la rentabilité réelle
indiquée dans le plan de financement. S'ajoute à cela l'interdiction de mise en
décharge des pneus en 2002. Le montage financier apparaît donc fort peu crédible.
3 2, Études géologiques
Elles sont incomplètes, sans mesures géophysiques ni diagraphies gamma ray pour une
bonne connaissance des argiles réellement présentes sur le site, leur puissance et
leur répartition spatiale.
A défaut de ces mesures, le pétitionnaire ne peut donc affirmer, de façon
péremptoire (page 15 de l'étude géologique et hydrogéologique) qu'il existe de
manière homogène "un substratum argileux dans la grande partie du sous-sol, ce
substratum ayant le plus souvent une épaisseur de l'ordre de cinq mètres (ou
supérieure)." A l'opposé, il est plus vraisemblable d'imaginer une répartition
aléatoire de lentilles argileuses, localement enrichies en vases fines carbonatées
et d'épaisseur fluctuante. Cela serait plus conforme à des dépôts de paléo chenaux
alluviaux. De toute manière, les mesures géophysiques et les diagraphies
s'imposent.
3 3, Études hydrogéologiques
Les venues d'eau de la nappe phréatique ne sont pas prises en compte. Ces venues
d'eau, oubliées par l'étude d'impact, présentent un risque important de venue dans
les casiers, dès lors qu'il n'est prévu aucun système pour les éliminer (tranchées
draînantes ou pompages permanents de rabattement de nappe à un niveau statique sous
le fond des casiers). Faute de quoi, des venues d'eaux parasites viendront
rapidement envahir les alvéoles de déchets, avec rupture de la géomembrane et de la
barrière de sécurité augmentant ainsi le volume de lixiviats à traiter. Le plus fort
gradient de concentration en sels dissous des lixiviats entraînera également un flux
de pollution vers la nappe phréatique.
Enfin, on n'a pas de données sur les transmitivités des aquifères locaux. Enfin, le
volet analytique des contrôles est largement insuffisant.
4 Conclusions
Le projet tel qu'il est présenté, n'est pas cohérent, d'un point de vue comptable.
De plus, il présente des graves insuffisances dans les études géologiques et
hydrogéologiques. Celà amènerait naturellement des surcoûts très importants dans le
cas d'une éventuelle autorisation d'exploitation rigoureuse. Le pétitionnaire
possède-t-il, actuellement, les moyens d'y faire face ? Les données du dossier
soumis à enquête publique ne permettent pas d'y répondre. On note cependant une
chute des actions du groupe, ce depuis 1996. De plus, des informations orales
indiquent des difficultés importantes de gestion cohérente sur les sites exploités
par ce groupe, à Audenge et au Pian Médoc.
Enfin,la non-prise en compte du biogaz dans un massif forestier de résineux montre
une incompétence grave du pétitionnaire dans la gestion cohérente des déchets.
Au total, il apparaît clairement que le dossier soumis à enquête publique présente
des erreurs, des insuffisances, voire même, des oublis sur les points importants
mentionnés ci-dessus.
L'auteur de l'étude d'impact, payé par le pétitionnaire, est-il incompétent ou
limité par le donneur d'ordre dans l'approche scientifique rigoureuse du problème ?
On retrouve ici l'éternel débat sur l'indépendance des experts.
En dehors de l'aspect éthique de ce vaste problème, force est de constater que le
dossier ne correspond absolument pas à ce qui est prévu dans les dispositions de
l'arrêté ministèriel du 9 eptembre 1997, arrêté relatif aux centres de stockage de
déchets ménagers et assimilés (Ex CET de classe 2).
Dans de telles conditions, il me paraîtrait anormal et dangereux d'autoriser
l'exploitation du projet tel qu'il est présenté à ce jour au public.
Fait à Méry sur Seine, le 13 juin 2001
Pierre Benoit
Membre de l'Association Internationale des Hydrogéologues
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