Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Note complémentaire à ma contribution à l'enquête publique concernant
le projet de Centre de Stockage des déchets ultimes de Tanarès, datée du 15/12/02

Pierre Dérioz -Maître de Conférences en géographie à l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
Conseiller municipal à Riols
Vice-Président du Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc et Président de la Commission "Valorisation des Ressources".

Riols, le 20 décembre 2002

Le projet de CSDU de Tanarès, présenté par la Société Sita-Sud, s'inscrit très clairement dans le cadre juridique et opérationnel défini par le Plan Départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés de l'Hérault, approuvé en date du 19 mars 2002 (cf pp.8-9 du "résumé non technique" de l'étude).

Ce plan prévoit notamment la division du département de l'Hérault en deux zones, zone ouest et zone est, appelées à être autonomes en matière de traitement et d'élimination de ce type de déchet. Ce principe a été rappelé très clairement en réunion publique à Saint-Pons de Thomières, le 12/12/02.

Les tonnages de déchets à traiter pour la zone ouest s'élèvent pour l'heure à 180 000 tonnes annuelles, avec des prévisions à hauteur de 164 700 tonnes par an à l'horizon 2015. S'il devait voir le jour, le CSDU de Tanarès couvrirait peu ou prou la moitié de ces besoins, avec une capacité annuelle comprise entre 75 000 et 100 000 tonnes.

Or il s'avère que le Syndicat mixte de gestion et de traitement des déchets ménagers et assimilés de la zone ouest du grand biterrois, dans le cadre de ses travaux, a également réfléchi à d'autres solutions. L'une d'entre elles, à l'étude depuis au moins l'automne 2001, pour laquelle des contacts ont été noués avec un opérateur (Global Plasma System Group), et pour laquelle le site pressenti semble être la commune de Vendres, porte sur la construction d'une unité de thermo-destruction des déchets utilisant la technologie de pointe des torches à plasma. Ce projet semble bien avancé, et porterait sur une unité de grande capacité, dont la rentabilité supposerait le traitement d'un tonnage annuel supérieur à 200 000 tonnes.

Mes informations sont récentes, et le peu de temps qu'il reste avant la fin officielle de l'enquête publique ne m'a pas laissé le loisir de vérifier ce chiffre avant de rédiger cette note, mais cette vérification devrait être aisée. En tout état de cause, l'existence de ce projet alternatif de grande ampleur appelle deux ordres de remarques :

- Dans l'hypothèse où le CSDU de Riols fonctionnerait, si l'unité de Vendres voyait aussi le jour, elle ne trouverait sur la zone ouest que la moitié au mieux des tonnages nécessaires à sa viabilité économique, ce qui signifie qu'elle devrait "importer" une part importante de sa matière première, probablement de la zone est du département. Ce serait là une remise en cause évidente du Plan Départemental, pourtant présenté, à propos du projet de Tanarès, comme un dogme intangible et intransgressible.

- Quant bien même le projet de Vendres ne verrait pas le jour, il est par ailleurs parfaitement inacceptable que sa simple existence en tant que projet n'ait été mentionnée ni dans le document soumis à l'avis des administrés, ni même en réunion publique du 12/12/02, alors même que M. Bosarelli, président du Syndicat mixte de gestion et de traitement des déchets ménagers et assimilés de la zone ouest du grand biterrois, était présent dans la salle.
Un plan départemental, à en croire la plaquette diffusée conjointement par la Préfecture de l'Hérault et la DDAF (intitulée "les déchets ménagers"), c'est "une démarche de concertation", débouchant sur un document qui "informe sur les procédés mis en œuvre, leurs impacts sur l'environnement, la santé humaine et la valorisation des déchets ainsi que leur coût".
Dans la mesure où le CSDU de Tanarès est présenté comme la seule solution technique envisagée, alors que dans le même temps d'autres formules sont à l'étude, où est la concertation ? Où est l'information du public ?

C'est la raison pour laquelle je me joins en tant que simple citoyen à la demande formulée par le Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc d'une prolongation conséquente de la procédure d'enquête publique, seule à même de permettre aux habitants d'exprimer leur avis en pleine connaissance de cause.

Quelques éléments complémentaires sur la technologie de la torche à plasma, envisagée pour l'élimination des déchets ménagers, dans la cadre de l'unité projetée à Vendres (sud-Biterrois).

NB 1 : Sans qu'il soit détaillé, ce projet est évoqué par M.Bozzarelli dans le compte-rendu de l'assemblée pleinière de la commission du plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés du 9/10/02, je cite : "M.Bozzarelli (...) évoque également la poursuite des recherches effectuées pour la mise en œuvre de la torche à plasma".)

NB 2 : La seule unité de traitement des déchets ménagers par utilisation d'une torche à plasma existant en France est celle de Cenon, dans la Communauté urbaine de Bordeaux, à proximité de Bègles. Elle fonctionne depuis le 13 juin 01, 24h00 sur 24h00, 7j. sur 7, et incinère 120 000 t. de déchets par an, + 18 000 t. de boues.

NB 3 : les informations qui suivent sont tirées du petit dossier communiqué par la société Global Plasma System Group, qui propose la réalisation de cette " Unité PPV de traitement des déchets ménagers avec récupération d'énergie ".

* Le procédé PPV est issu de la technologie des torches à plasma, qui connaît déjà de nombreuses applications industrielles (découpe de tôles de grande épaisseur, soudure à l'arc-plasma, traitement des déchets toxiques, ou des déchets provenant de l'amiante...). Cette technologie découle des connaissances accumulées par la NASA dans le cadre de la recherche et du développement de matériaux capables de résister aux très hautes températures produites par le frottement de l'air lors du retour des capsules spatiales dans l'atmosphère, mais les applications industrielles évoquées plus haut ont pour certaines plus de 15 ans derrière elles.

* Le plasma est un gaz ionisé qui transforme l'énergie électrique en chaleur. Une "torche à plasma" correspond à un flux de gaz (en général de l'air) ionisé par contact avec un arc électrique, l'effet de l'ionisation du gaz étant de transformer l'énergie électrique en chaleur extrême (jusqu'à 14 000°C pour certaines torches). Ces très hautes températures (3 à 4000 °C dans le cadre de l'élimination des déchets, soit des températures proches de celles du soleil) provoquent la dissociation moléculaire des déchets :
- les "grosses" molécules organiques sont décomposées, et leur carbone peut alors réagir librement avec de la vapeur introduite dans la zone de réaction, produisant un gaz de synthèse, surtout composé d'hydrogène (53% environ) et de monoxyde de carbone (33% environ), + du méthane, du bioxyde de carbone et de l'azote moléculaire. Ce gaz est utilisé pour produire :
- soit de l'énergie électrique et de la vapeur
- soit du méthanol et/ou de l'éthanol (utilisables comme carburants)
- les matériaux inorganiques entrent en fusion et se transforment en une lave de type volcanique, un " basalte totalement inerte et atoxique, à très faible lixivialité, dont la matrice vitreuse englobe les métaux lourds totalement inertisés, (...) utilisable comme matériau de construction ou dans la fabrication de carreaux, briques de décoration, fibres de verre... "Cela signifie que ce matériau, très peu lessivable (c'est-à-dire peu enclin à être décomposé par les eaux de pluie, en particulier, ou celles s'infiltrant dans un sol), emprisonne dans sa structure vitreuse les métaux ionisés pendant la phase de fusion.

* Cette technique est ainsi présentée comme ayant divers avantages par rapport aux autres procédés :

- c'est un procédé non polluant :
Très peu d'air est introduit dans le réacteur, à peine 2% de celui qui serait nécessaire à une combustion. Dès lors, pas de fumées et d'émissions de gaz toxiques tels que dioxines, ou furanes, pas de cendres volantes contenant des métaux lourds, pas de scories et de mâchefers contenant des imbrûlés et des métaux lourds.
100% des déchets traités sont ainsi recyclés.
Les quelques effluents polluants produits, gazeux ou liquides, sont isolés et réintroduits dans le cycle de traitement.

- c'est un procédé économique :
Coûts d'installation inférieurs de 20 à 40% à ceux d'un incinérateur traditionnel, parce que :
- le volume de gaz produit est 30 fois moindre, d'où des unités de traitement du gaz de synthèse plus petites et moins coûteuses.
- l'unité de traitement est compacte : hors zones de stockage et de circulation, 5000 m2 suffisent pour une capacité de 150 000 t/an
De plus, le rendement énergétique est environ 4 fois supérieur à celui d'un incinérateur classique.
Enfin, l'unité est couplée à un dispositif de production d'électricité (type turbogaz couplé à un générateur)

- c'est un procédé flexible et modulable :
Tous les types de déchets (y compris toxiques, hospitaliers, pneus... etc) peuvent y être traités, ensembles ou séparément.
Le dispositif fonctionne en sous-régime (jusqu'à 30% de leur puissance nominale) comme en léger sur-régime (110% de leur puissance nominale), ce qui permet de s'adapter à des variations saisonnières de la production de déchets.

* Les délais de réalisation d'une unité de ce type sont relativement brefs : 18 à 24 mois après la date d'autorisation de commencer les travaux. C'est principalement le type de turbine à gaz producteur d'énergie électrique qui est susceptible d'allonger les délais de réalisation.

* Le Global Plasma System Group Inc. est propriétaire des brevets et licences du procédé PPV. Cette société est associée dans un pool stratégique à 3 autres entreprises :
- Groupe Celtica Ambiente & Power Co S.p.A., partenaire et actionnaire de GPSG, agissant comme co-développeur, éventuel exploitant des unités en concession.
- Westinghouse Plasma Center, premier fabricant mondial de torches à plasma, fournisseur des torches à plasma pour GPSG, et partenaire de GPSG pour la conception et le dessin des réacteurs plasma.
- Stone et Webster, une des principales sociétés d'ingéniérie du monde, spécialiste de la construction d'unités de gazéification et de génération d'énergie, agissant comme responsable de la livraison " clé en main " des unités PPV.

Voilà, le document ne dit pas si le procédé PPV fait aussi le café.
En tout cas, les informations avancées par les constructeurs donnent envie d'y regarder d'un peu plus près, et font regretter que cette alternative ne se soit pas invitée plus tôt dans le débat local, alors qu'elle est à l'étude à l'échelle départementale.

Dernier commentaire : comme le CSDU de Tanarès, cette solution serait mise en oeuvre par une firme privée, d'envergure mondiale. Mais dans ce cas-là, la technicité du procédé industriel semble hors de portée du domaine public (les brevets sont d'ailleurs des exclusivités). Et un éventuel retrait de l'opérateur ne se traduirait que par l'arrêt du fonctionnement de l'unité, pas par l'abandon dans la nature de centaines de milliers de tonnes de déchets pas vraiment ultimes, loin s'en faut, au bon vouloir de collectivités locales démunies...

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