Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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CSDU SUR LE SITE DE TANARES : DIX RAISONS POUR DIRE NON
Ahmed BOURHIM, Maîtrise de géologie appliquée - hydrogéologie - géophysique

1- Le site se trouve dans l'emprise d'une zone répertoriée comme "aquifère karstique patrimonial" dans le SDAGE Rhône Méditerranée Corse. Ce sont des aquifères à fort intérêt stratégique pour les besoins en eau actuels et futurs. Le SDAGE préconise l'étude de ces ressources pour la diversification et la sécurisation de l'alimentation. Le projet de la SITA ne prend pas en compte la spécificité de ces eaux souterraines pures, très vulnérables à la pollution.

2- Le site de Tanarès a été classé en zone défavorable par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières), dans son étude pour la sélection des zones aptes à l'implantation de CSDU selon des critères géologiques et hydrogéologiques. Cette étude a été réalisée le 19 juillet 1995 dans le cadre du plan départemental d'élimination des déchets ménagers et assimilés.

3- Le site est inclus dans une zone d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type II dite "Montagne noire centrale", zone d'intérêt général répertorié par la DIREN (voir page 67/180 de l'étude d'impact présentée par la SITA).
Une autre ZNIEFF N° 40078.0016 "vallée de Cassillac" ne couvre pas le site, mais s'en rapproche fortement par la ligne de crête au niveau du col de Tanarès, cette vallée pouvant révéler des espèces floristiques et faunistiques rares.

4- Le site de Tanarès se trouve dans une zone de montagne soumise à la loi N° 85-30 du 9 janvier 1985, dite loi de montagne, relative au développement et à la protection de la montagne.
Cette loi définie une ambitieuse politique ayant pour finalité de permettre aux populations locales et à leurs élus d'acquérir les moyens et la maîtrise de leur développement en vue d'établir, dans le respect de l'identité culturelle montagnarde, la parité des revenus et des conditions de vie.
Le projet de CSDU de Tanarès risque de compromettre le développement local et même d'aggraver la situation économique de la vallée. Ceci est contraire aux orientations et aux exigences de la loi montagne.

5- Le secteur de Tanarès se trouve dans le Parc Naturel Régional du Haut Languedoc, dont l'objectif premier est la valorisation des ressources naturelles, la protection de l'environnement et la promotion du patrimoine naturel et culturel. Un CSDU ne peut que nuire à l'image du Parc.

6- Le sol et le sous-sol sous l'emprise du projet apparaissent très perturbés avec de nombreuses fractures et un important réseau de failles affecte l'ensemble du site.

7- La réglementation concernant les centres de stockage impose un sous-sol immédiat quasiment imperméable, or cette première exigence est loin d'être assurée dans le cas de Tanarès.
Les flyschs ordoviciens présentent un coefficient de perméabilité variable, la moitié des essais donne une valeur de 10-6 mètre/seconde (semi-perméable), ensuite des valeurs allant jusqu'à 10-9 (imperméable), voir tableau des perméabilités dans le rapport géologique de la GESTER.
Nous nous trouvons donc avec un substratum naturel, qui n'est pas tout à fait imperméable. La barrière de sécurité naturelle n'est pas assurée.
Les essais Lefranc consistent à pomper ou à injecter de l'eau dans un sondage qui a rencontré une nappe phréatique. Les essais réalisés sur le site l'ont été dans des sondages secs sans eau et la GESTER les a appelés essais Lefranc hors nappe. En réalité, l'essai effectué (schéma présenté page 131/175) s'appelle essai LUGEON. Or l'essai LUGEON ne permet pas de mesurer une perméabilité au sens hydraulique du terme, mais plutôt une "absorption". Donc, les mesures effectuées par la GESTER ne sont pas valables. Les conclusions du rapport géologique et une grande partie de l'étude d'impact s'appuient sur ces mesures de perméabilité qui n'en sont pas.

8- Le rapport géologique de la GESTER préconise, dans le doute, la mise en place de piézomètres pour le contrôle, l'analyse et donc la surveillance de la qualité de l'eau. Or, dans un milieu karstifié comme le sous-sol de Tanarès, l'eau circule dans un réseau souterrain non noyé et les piézomètres de contrôle préconisés par le rapport géologique de la GESTER ne serviront à rien. Aucun sondage n'a rencontré d'eau, parce que celle-ci s'infiltre par les nombreuses fissures suivant une direction subverticale et rejoint les profondeurs sans être emmagasinée par les schistes.
En cas de pollution, le polluant sera très vite entraîné vers les nappes profondes sans aucun espoir de décontamination. C'est pour cela qu'il est préférable de privilégier la prévention.

9- En ce qui concerne la stabilité des versants, le site présente une déclivité très importante. Ce sont les matériaux extraits qui serviront à la réalisation des digues et talus. Lorsqu'on sait que les argiles, les schistes altérés et les flyschs imbibés d'eau jouent parfois le rôle de savonnette, les risques de glissement ne sont pas négligeables.
Des pluies torrentielles ne sont pas rares. En se basant sur des précipitations décennales, on minimise les risques d'inondation, mais on ne les supprime pas, loin de là.

10- L'entière confiance en la fiabilité de la couche d'argile en fond de casier, du géosynthétique bentonitique sur les flancs et de la géomembrane paraît démesurée. lorsque l'on sait que les risques de détérioration sont nombreux (incendies, explosions, petits séismes, défaut de mise en oeuvre, cisaillements, contact avec les lixiviats...etc.)

Riols le 26 février 2003
Ahmed BOURHIM, Maîtrise de géologie appliquée - hydrogéologie - géophysique,
D.E.A d'anthropologie section géologie du quaternaire, Université de Bordeaux 1
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