Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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La poudrière des décharges
Texte de Robert Clavijo, lu et approuvé lors de la réunion de la commission déchets,
samedi 11 janvier 2003, par le CLAPE Languedoc Roussillon

Les décharges de déchets ménagers et assimilés sont très mal tolérées par leurs riverains. Les nouveaux stockages de déchets ultimes programmés par les plans départementaux d'élimination des déchets sont-ils foncièrement différents des anciennes décharges ? Ont-ils des chances d'être mieux acceptés ? Sont-ils écologiquement acceptables ?

ETAT DES LIEUX

Les nuisances des décharges sont surtout imputables à 2 catégories de déchets :
1- Les toxiques (métaux lourds, hydrocarbures, résidus chimiques divers) qui polluent les eaux volumes
2- Les fermentescibles qui dégagent des odeurs nauséabondes, attirent, nourrissent et multiplient les animaux indésirables, s'échauffent en fermentant et favorisent des incendies interminables (plusieurs semaines parfois) dont les émanations délétères asphyxient le voisinage.
A tout cela s'ajoutent les nuisances dues au passage des camions bennes et à l'envol de débris légers que le vent disperse dans tout le voisinage. Les propriétés bâties et non bâties voisines d'une décharge perdent de ce seul fait une bonne partie de leur valeur marchande.
On comprend l'irréductible opposition des résidents et des élus locaux à tout projet de création ou d'extension de décharge.

LES NOUVEAUX STOCKAGES

L'arrêté du 09/09/97 pris par le Ministère de l'Environnement essaie, par toute une série de dispositions, de promouvoir une nouvelle génération de décharges (dites "nouveaux stockages de déchets ultimes" ) plus acceptables que les précédentes. Il est douteux que ce but soit atteint et cela pour plusieurs raisons :

1- Si la loi et la réglementation étaient respectées, les futurs stockages ne devraient recevoir ni toxiques ni fermentescibles. Malheureusement dans la plupart des communes, notamment dans les grandes villes, les élus refusent d'organiser le compostage ou la méthanisation des fermentescibles.
Quant aux toxiques des ménages (dits aussi "déchets ménagers spéciaux" ) combien de communes se soucient de les collecter pour les faire traiter ? Aucune préfecture, aucun tribunal ne sanctionnent ces irrégularités. Fermentescibles et toxiques continueront donc d'échouer en décharge, provoquant les mêmes pollutions, les mêmes nuisances que par le passé et suscitant la même colère chez les riverains.
2- L'arrêté susmentionné du 09/09/97 dispose que les décharges doivent reposer sur 2 couches d'argile d'une épaisseur totale de 6 mètres recouvertes par une géomembrane c'est-à-dire une pellicule de matière plastique. Malheureusement l'argile n'est pas imperméable. Les liquides la traversent certes plus lentement qu'ils ne traversent le sable mais ils finissent toujours par traverser. D'où la nécessité de la géomembrane. Malheureusement nous ne connaissons aucun fabricant qui garantisse dans la durée l'étanchéité de ces produits. D'ailleurs même une étanchéité parfaite et définitive ne servirait pas à grand chose. L'arrêté exige en effet que les lixiviats (mélange d'eaux de pluie et de polluants qui se forme au fond des décharges) soient drainés, extraits puis rejetés hors de la décharge. Certes l'arrêté du 09/09/97 demande une analyse des effluents avant rejet mais quel traitement si leur toxicité dépasse les normes ? L'arrêté esquive prudemment cette embarrassante question. A l'exploitant de se débrouiller. Autant dire que les nouveaux stockages, malgré leur triple soubassement, ne manqueront pas de polluer leur voisinage.

3- Les nouveaux stockages d'ultimes sont de véritables installations industrielles passablement sophistiquées : triple soubassement, casiers et alvéoles, compactage des dépôts, drainage, analyse et " traitement " des effluents et des eaux de ruissellement, collecte et traitement du biogaz, etc.
Le premier résultat de cette sophistication technique est de rendre très onéreuses ces nouvelles installations. Le nouveau stockage de Béziers a été évalué par le dossier d'enquête publique à cent millions de francs (soit 1,52 millions d'euros). Il s'agit du coût d'investissement. Il faut y ajouter certains frais de fonctionnement. Lesquels peuvent s'envoler. Ainsi la mairie de Lattes, pour accepter sur son territoire les déchets de l'agglomération de Montpellier, exige une taxe à la tonne, exigence qui n'est pas illégitime mais qui alourdit le coût total. Il est clair qu'on ne pourra multiplier des installations aussi onéreuses. A la place des quelque 200 décharges de résidus ménagers actuellement recensées dans l'Hérault, on espère officiellement trouver deux sites à l'Est et quatre ou cinq sites à l'Ouest pour stocker les déchets ultimes. Non seulement il faudra payer plus cher qu'aujourd'hui pour effectuer des dépôts dans les futurs stockages, mais il faudra aussi accepter des transports plus longs pour atteindre des sites devenus plus lointains. Pour économiser du temps et de l'argent les producteurs de déchets (simples particuliers ou petits entrepreneurs) seront tentés de multiplier les dépôts sauvages dans la nature. En haut lieu, a-t-on vraiment réfléchi à cet effet pervers du renchérissement et de la raréfaction des sites de décharge?

SOLUTION ?

Nos déchets n'étant pas tous compostables ou recyclables, des décharges sont inévitables. Elles peuvent devenir acceptables à condition de ne pas y stocker n'importe quoi :
Les toxiques ne doivent jamais finir en décharge. Le plan départemental de l'Hérault, dans son article 9, demande que les communes et les entreprises prennent toutes les dispositions pour collecter les toxiques. L'arrêté ministériel du 09/09/97 interdit de mettre dans les stockages d'ultimes tout déchet présentant un danger pour l'environnement : inflammables, explosifs, toxiques ménagers, déchets médicaux à risques infectieux, etc.
Depuis juillet 2002, il est interdit de mettre en décharge des fermentescibles attendu qu'ils sont valorisables par méthanisation ou compostage (loi du 13/07/92).
Au total, si on additionne toutes les interdictions de la loi, de la réglementation et du plan départemental, on voit mal quels résidus ménagers on peut encore jeter à la décharge en dehors des déchets inertes. Or les inertes relèvent de décharges de classe 3, beaucoup plus simples et beaucoup moins coûteuses que les stockages d'ultimes (qui sont de classe 2). Elles ne sont soumises ni à autorisation préfectorale ni à enquête publique. Une décision municipale, une clôture et un gardien suffisent.
De telles installations, parce qu'elles ne coûtent pas cher, peuvent être multipliées à raison d'une par commune ou par canton. Parce qu'elles sont petites, purement locales et qu'elles génèrent peu ou pas de nuisances, elles sont bien tolérées par les riverains. Sauf à vouloir stocker des résidus interdits, les communes n'ont donc désormais besoin que de décharges d'inertes ou décharges de classe 3. On économiserait ainsi pollutions, nuisances, transports. On éviterait aussi avec les riverains et les élus locaux les conflits majeurs que soulève tout projet de stockage de classe 2. Certes cela suppose que toxiques et fermentescibles soient collectés et traités. "Irréaliste", nous dit-on. La loi et la réglementation seraient-elles donc irréalistes ? Le moins qu'on puisse demander à nos élus est de respecter les lois qu'ils ont inspirées et votées. A nous de veiller à ce qu'ils les respectent.

Robert CLAVIJO
Mouvement National de Lutte pour l'Environnement (MNLE
) Association agréée. Membre du Haut Comité de l'Environnement
Comité biterrois du M.N.L.E. :
1 bis rue Auber 34500 BEZIERS

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