Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Le problème des Ordures Ménagères - L'expérience de Béziers
écrit par Raymond Sabat (ADATIRE) en mars 1996

En 1991 la Ville de Béziers se trouve confrontée à un problème difficile : la saturation de son Usine de Traitement des Ordures Ménagères (U.T.O.M.)

Que faire?
-soit construire une seconde unité (coûteuse)
-soit utiliser une méthode (tri sélectif) permettant de désengorger l'unité industrielle existante et d'en pérenniser ainsi le fonctionnement.

Evidemment, c'est cette dernière méthode qui est proposée par les associations écologistes.
Acceptée à l'unanimité par le Conseil Municipal au printemps 1992, l'expérience démarre en Novembre 92 sur un quartier pavillonnaire de 3 000 habitants.

L'articulation entre les "décideurs" (Politiques, services municipaux, industriels, bureau d'études...) et la population se fait par le biais d'une association (M.N.L.E.) qui obtient un financement. Son travail, acharné et innovant, sera le pivot de la réussite.
La mise en place concrète de la collecte sélective repose sur l'analyse des O.M.
Cette analyse amène la définition de secteurs, de flux ou de couleurs.

Secteur des fermentescibles (ou Poubelle Verte).
Chaque foyer est doté d'un conteneur spécial recevant les produits fermentescibles demandés. Ce conteneur est ramassé chaque semaine avec du matériel standard (collecte en porte à porte) par la Ville.
Le produit est traité localement par compostage.

Secteur des Déchets Propres et Secs (D.P.S. ou Poubelle Bleue).
Le quartier est divisé en 6 sous-secteurs de 500 hab. environ. Chaque sous-secteur est doté d'un point de regroupement (ou point propreté) contenant 4 colonnes monomatériaux (verre, papier-carton, plastiques, métal).
Il s'agit donc ici d'une collecte par apport volontaire des habitants. Le ramassage est effectué, à la demande, par des professionnels ou des associations spécialisées. Les produits entrent alors dans le circuit industriel classique (filières de recyclage).

Secteur des Refus (ou Poubelle Grise).
Ce secteur représente l'ensemble des produits triables mais non triés et les produits non triables (produits mal conçus). Ils sont collectés en porte en porte par la ville et traités par l'unité industrielle. Les résidus sont stockés en décharge. Seul ce secteur justifie des investissements lourds (incinérateur, décharge...).

Secteur des Toxiques (ou Poubelle Rouge)
Ces produits, souvent très nocifs, sont reçus par apport volontaire, sur la Déchetterie.

Le tri sélectif: l'essayer c'est l'adopter!
Au bout de 3 ans d'existence on ne peut plus parler d'"expérience" de la Crouzette puisque le tri sélectif est entré dans les moeurs.
Cela montre, une fois de plus, que la population n'est pas à la traîne pour régler ses problèmes. Bien expliquer, situer les enjeux, écouter, améliorer en permanence, indiquer clairement les résultats, proposer des matériels et des méthodes efficaces sont des pratiques permettant d'aborder avec sérénité des problèmes difficiles et de les résoudre.

Des chiffres! Des chiffres!
La Poubelle Verte recueille 220 tonnes de fermentescibles traitées par la Ville suivant une méthode originale de compostage (Méthode de Compostage Rustique) conçue par le MNLE . Le compost obtenu est tamisé, analysé, puis écoulé ou vendu sans aucune difficulté.( Espaces Verts de la Ville, viticulteurs, particuliers...)
La Poubelle Bleue recueille 160 tonnes de verre, papier-carton, plastiques, métaux.
Sans compter les apports volontaires en déchetterie, on peut donc recueillir directement, grâce au tri sélectif, près de 400 tonnes de matières recyclables, soit 40% du total des Ordures Ménagères produites sur le quartier.
Il est raisonnable de se fixer, à terme, un objectif de récupération de 50 à 60%.
Si, de plus, les industriels se décidaient à ne plus mettre sur le marché des produits impossibles à recycler (surtout des emballages et sur-emballages), on pourrait rêver un taux de 75%! Seuls les consommateurs par leurs choix et leurs protestations peuvent amener les industriels à avoir, enfin, une attitude "citoyenne" .

Comme je l'ai déjà dit les associations écologiques ont joué le rôle fondamental de charnière entre les "décideurs" et la réalité concrète du terrain.
Sommairement: présence systématique sur le quartier, information, recueil de milliers de données, formation des rippeurs, téléphone vert, travail avec l'Université de Montpellier, partenariat avec les Industriels, interventions en milieu scolaire, relation avec les médias, visites des divers sites de l'expérience, prise en charge du compostage...

C'est un travail considérable qui sera peut-être "jeté à la poubelle" en fonction des choix de la nouvelle Municipalité, mais c'est notre rôle à nous militants écologistes de lutter avec constance pour la sauvegarde d'une petite boule bleue qui s'appelle la Terre.

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