Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
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Traitement des déchets : Les non dits de l'absurde..
écrit par Dany Dietmann, Maire de Manspach, Alsace

Aujourd'hui le traitement des déchets est devenu une activité économique fort lucrative dont les coûts sont répercutés directement sur les ménages par le biais de la taxe ou de la redevance. C'est ainsi que les gestionnaires d'usines d'incinération vendent la chaleur produite par la combustion des déchets à des industriels ou des collectivités intéressés, et que dans ce contexte ils n'ont aucun intérêt à voir se réduire le volume des ordures. De même, ils n'ont aucune motivation à faire émerger des filières de recyclage des plastiques plats qui les priveraient du Potentiel Calorifique Interne gratuit de ces matières dont le retrait devrait être compensé par du fioul ou du gaz naturel, réduisant notablement leurs marges bénéficiaires. Cela signifie que nos plastiques plats triés ont une valeur ajoutée qui devrait se traduire au niveau du ramassage par la gratuité de leur collecte. C'est la raison pour laquelle il ne faudrait en aucun cas les remélanger aux déchets résiduels ultimes de la poubelle à puce.

En imposant ce mélange aux habitants, les pouvoirs politiques se placent délibérément contre les intérêts budgétaires des particuliers écocitoyens, et contre l'intérêt d'un environnement pour lequel l'incinération des plastiques génère, partout en France, la dispersion de dioxines de furannes et de perturbateurs endocriniens hautement toxiques. En remélangeant les plastiques on tourne définitivement le dos aux recherches sur le recyclage des plastiques plats ainsi qu'aux emplois générés par ces nouvelles filières; par le refus du recyclage, l'épuisement des hydrocarbures fossiles se trouve accéléré et se conjugue à l'aggravation de l'effet de serre. On atteint là les antipodes d'un développement durable pieusement invoqué en périodes électorales.

Vers 40 000 tonnes/an ? Plus localement les 1500 tonnes/an de déchets ultimes des habitants de la com. com. de Dannemarie ainsi que les 8500 tonnes/an d'ordures des structures intercommunales sundgauviennes, devront aller se faire incinérer dans le territoire de Belfort, alors que les 170 000 tonnes/an de déchets divers venant de tout le Haut-Rhin continueront à venir dans le Sundgau, à RETZWILLER. Cela devrait signifier, que dans un soucis d'égalité de traitement entre les Sundgauviens et les autres haut-rhinois, ces 170 000 tonnes/an venant de tout le département ne devraient plus contenir de plastiques, de papiers, de cartons, de métaux, de putrescibles, de verre, de tissus, susceptibles de générer une valorisation énergétique ou matière, et surtout pas de substances chimiques dont les métaux lourds de mâchefers relèvent de décharges de Classe1.

En appliquant scrupuleusement aux produits arrivant à la décharge de Retzwiller, les contraintes imposées aux sundgauviens, il va de soi que les 170 000 tonnes/an seraient divisées par 4, comme dans la C.C., et il n'y aurait plus alors que 40 000 tonnes/an qui arriveraient à Retzwiller. Serait-ce une aubaine ou une catastrophe ?

Ayant fait le tour de quelques entreprises dont les bennes de déchets vont sur Retzwiller, j'ai appris que les entreprises qui acceptaient de séparer les plastiques plats des déchets divers de leurs bennes de chantiers, se voyaient proposer par le collecteur un prix d'enlèvement à la tonne inférieur de 20 €... Par contre les seaux plastiques ayant contenus différents produits seront toujours acheminés sur RETZWILLER.de même que les autres résidus. Ce qui tendrait à prouver que chez les prestataires de service de collecte existe une filière plastiques plats non proposée aux habitants de la Com Com... de Dannemarie, et que ce qui n'est pas autorisé aux ménages Sundgauviens, l'est pour les entreprises et les industriels extérieurs au Sundgau.

L'IMPACT DES RENTES DE SITUATION..
Pour comprendre le système dans sa globalité, il convient de ne pas oublier que la Communauté des Communes de la Porte d'Alsace n'a aucun intérêt de voir se réduire les tonnages de déchets acheminés vers Retzwiller, puisqu'elle touche de la part de SITA une commission à la tonne dépottée au même titre que RETZWILLER et WOLFERSDORF, et que l'importance globale des sommes perçues (4 000 000 de F.) ne stimule pas le souhait de voir fermer cette décharge ou simplement l'envie d'en voir limiter l'activité. Dans un ordre d'idées différent, les habitants de ces communes ne paient pas le service de collecte des ordures ménagères en contre partie des insoutenables nuisances olfactives qu'ils subissent, et ce n'est que justice.

Il n'est donc pas du tout évident que l'excursion Belfortaine des déchets sundgauviens modifie l'ambiance olfactive du site, mais il est certain que les 10 000 tonnes/an de déchets sundgauviens devant aller à l'incinération à Bourogne, représentent pour les gestionnaires de la décharge de Retzwiller un manque à gagner annuel oscillant aux alentours de 800 000 €, et que dans ces conditions il va bien falloir, pour maintenir le système, qu'une solution compensatoire soit trouvée. Le tri industriel sera-t-il cette solution ? mais alors il faudra demander aux consommateurs de la C.C. de la Porte d'Alsace de mélanger le plastique avec le carton, avec les tetrapacks, avec la ferraille, le papier, les textiles et le reste, pour permettre le fonctionnement d'équipements industriels trieurs dont le coût de fonctionnement sera facturé à tous ces acteurs civiques du tri à qui il sera désormais interdit de trier pour pouvoir leur demander de payer plus. Il semblerait que le projet soit déjà dans le tuyau.

DE L'UTILITE DES ELUS COMMUNAUX...
Alors que ces évolutions rudologiques font la chronique des presses locales, il convient de remarquer que les élus de chaque commune, Délégués du Conseil Syndical de la Porte d'Alsace n'ont toujours pas été appelés à délibérer sur l'opportunité de cette nouvelle organisation et qu'ils se trouvent devant un fait accompli frappant de plein fouet les administrés de leurs communes au sein d'une structure disposant de la compétence d'élimination des ordures ménagères. Est-ce le signe que la démocratie ne peut se conjuguer à l'absurde, ou plus simplement que devant les intérêts occultes d'un système, les élus du peuple sont traités à la marge?

L'avenir nous permettra sans doute de répondre à ces deux questions, car il n'est pas sûr que la population courbe l'échine sous les fourches caudines de l'absurde, et il est encore moins sûr que les élus municipaux acceptent longtemps cette marginalisation de leur fonction au sein d'une structure intercommunale. Cette tentative de lynchage de l'éco-citoyenneté porteuse de bénévolat valorisé au travers du tri à la source et de la pesée embarquée, prouve que pour les décideurs économiques et politiques, l'avenir de l'environnement des générations futures ne pèse pas lourd face à l'extraction immédiate de l'argent des porte-monnaie des consommateurs. Dans le droit fil de cette logique: à quand la transformation du "Centre d'Initiation à la Nature et à l'Environnement" en "Centre d'Initiation à la Net Economy"?

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