Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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Pourquoi personne ne veut des décharges ?
trouvé sur le site du Parisien

(Jean-Luc Rechsteiner, Le Parisien, 06/11/2002)

Pour préserver à tout prix leur qualité de vie, les Oisiens font front lorsqu'il s'agit d'exploiter un stockage d'ordures près de chez eux. Un début de concertation a quand même eu lieu hier à la préfecture sur le projet de La Chapelle-aux-Pots.
S'opposer aux décharges s'apparente dans l'Oise à un sport local. Ons-en-Bray en 1983 ou Auneuil en 1999, Arsy en 1996 ou l'incinérateur de déchets toxiques de Ribécourt à la même époque. Et aujourd'hui cette décharge surprise de La Chapelle-aux-Pots. Tous ces projets ont toujours provoqué de véritables levées de boucliers dans la population unanime. Que ce soit à l'ouest, dans la vallée d'Oise, à l'est, en Beauvaisis, ou en pays de Bray, dans le sud, peuplé, ou dans le nord, rural.
La farouche volonté des Oisiens de conserver leur qualité de vie chaque jour un peu plus menacée par l'irradiation banlieusarde de l'Ile-de-France ne suffit pas à expliquer cet incroyable front du refus à chaque fois qu'il est question d'installer des équipements susceptibles d'avoir un impact sur l'environnement, même si ces équipements eux-mêmes sont censés participer directement à ce qu'on appelle aujourd'hui le développement durable et raisonné. Bref, les Oisiens sont butés. Et s'ils sont butés, c'est qu'ils ont des raisons. La population de l'Oise a bien des motifs de se méfier des décharges de toute sorte. Et elles sont à la fois géographiques et historiques.
Géographiques, parce que trop longtemps les industriels de la région parisienne ont été tentés - et ont réussi parfois - à envoyer à bon compte leurs déchets toxiques dans la campagne la plus proche, le département de l'Oise. Parfois en empochant les subventions liées à la destruction officielle quand ils les enterraient clandestinement.
Historiques, encore, car les résultats sont là.
Deux exemples illustrent les raisons du front du refus Villembray, en pays de Bray, à l'ouest de Beauvais, n'était, après-guerre, qu'une carrière de pierre bleue qui fit les beaux jours de la reconstruction. Mais le trou créé par l'extraction devint au début des années soixante-dix une décharge autorisée. D'ordures ménagères. Enfin, officiellement. En réalité, elle a été truffée de 350 000 m 3 de déchets toxiques liquides ou solides, peut-être même radioactifs. Des cyanures, des solvants, des acides y mijotaient dans un chaudron aussi magique qu'inquiétant. Jusqu'à ce dimanche de 1976 où le préfet fermait l'endroit d'autorité, après la fuite des pompiers terrorisés par les explosions qui les cernaient. Depuis février 1992, date à laquelle «le Parisien» a rouvert le dossier, des ministres se sont déplacés, des puits de contrôle ont été creusés, la surveillance a été renforcée, mais aucune solution n'a été trouvée. Vider et traiter la décharge coûterait au bas mot 300 millions d'euros (2 milliards de francs) !
Néry-Saintines est un autre exemple de ces cicatrices indélébiles qui marquent l'Oise et les Oisiens. Dans les années soixante, la société Rodanet y a stocké les pires toxiques au mépris de toutes les règles, comme ces résidus de la fabrication du lindane qui ont pris le chemin des mines de sel d'Allemagne, faute de traitement possible. Il reste toujours l'équivalent de 100 000 fûts toxiques dans le sous-sol de cette décharge. Et les travaux de dépollution, attendus depuis vingt ans, viennent une nouvelle fois d'être reportés, faute d'entreprise sûre de réussir l'opération.
Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que toutes les initiatives touchant au traitement des déchets déchaînent dans l'Oise les colères les plus noires. Y compris lorsque certaines présentent des garanties sérieuses. En 2002, l'Oise n'a toujours pas de solutions internes aux problèmes des déchets industriels sensibles. Et c'est presque un miracle que l'incinérateur géant de Villers-Saint-Paul - prévu pour ses premières fournées d'ordures fin 2004 - devienne, chaque jour un peu plus, un équipement irréversible.

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