Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Les souscades du Francescou Bilhe

Mes souscades, tout aco, c'est des idées qui me viennent du dedans de la tête. Y en a d'autres pour qui ça se passe ailleurs. Moi que voulez-vous, pauvre, c'est dans la tête. C'est là, en dedans, entre le bérêt et les oreilles que ça se passe, les idées.
Té, l'autre fois par exemple, à la télévision du foyer, ils ont montré un reportage. Comme quoi y passent pas que des séries à la noix sur les sexes américains, la preuve. C'était un reportage que les reporters avaient rapporté sur l'Egypte, dans la ville de Le Caire qui est autrement plus grande que Saint-Pons, soit dit sans vouloir vexer personne. Y montraient des gens exprès, des zabalin qu'ils appellent, pour ramasser les ordures. Ca peut pas se dire tellement il y en a: des montagnes et des montagnes d'escoubilheries tous les jours ; comme des pyramides égyptiennes mais en trastes. Et ç'a beau être la télé du foyer, tu vois bien que ça sent pas la farigoule. A te faire dégueuler un renard. Ces pauvres gens zabalin là ils sont si pauvres qu'ils te mangeraient sur la tête d'un pouilleux par force. Alors bien contents qu'ils sont de pouvoir trier ces ordures avec les mains: ils récupèrent ce qu'ils peuvent et le reste ils le donnent aux cochons. Et après ils bouffent même le cochon. Et entre-temps y font des gosses qui naissent zabalin aussi. Y a aucun papier à remplir, c'est automatique. Bon, ils t'expliquent que les zabalin c'est pas des musulmans c'est pour ça qu'ils ont le droit de faire ce qu'ils font. Tu parles d'un droit: juste l'autorisation de pas crever de faim en attendant qu'ils attrapent les sept plèbes d'Egypte et toutes les castapianes du monde. Voilà comment ça se passe là-bas. Eh bé nos zabalin à nous, si on peut dire, c'est la Sita, une grosse société d'entreprise puisqu'elle est tricotée en Bourse. C'est çà que je comprends plus bien dans ma tête. Là-bas, les ordures de la société, elles sont triées par les plus pauvres des plus pauvres et ça leur donne juste de quoi pas crever de faim tout de suite. Ici les ordures, c'est une grosse société d'entreprise qui s'en occupe soit disant. Et ils comptent pas trier avec les mains d'après ce qu'ils ont écrit sur leur projet d'ordures. Et ils ont même pas prévu de cochons. Et encore ils s'enrichissent. Y a quand même quelque chose qui me patafiole. Tu comprends ça toi?

Vous vous rappelez le Arnaud Montebourg? Mais si, ce jeune, qui faisait avocat, qui est venu député ensuite. Un brun, bien propre sur lui et qui parle bien en plus. Il est des socialistes. L'autre jour, il est passé aux actualités. Il avait une cravate et une montre. Vous voyez qui je veux dire ?
Il a écrit un livre que le titre s'appelle "la machine à trahir". J'ai pas bien lu tout le livre parce qu'à la maison de retraite ils éteignent trop vite, ce qui fait que je peux pas vous dire comment elle marche, sa machine à trahir, mais on se doute bien que c'est pas fait comme un enjambeur de vignes. Hé bé à moment donné il écrit ceci ouvrez les guillemets "Qu'est-ce que la loi républicaine pour un élu local ? C'est une empêcheuse de distribuer des fonds à sa clientèle, électorale et politique, une machine à contredire le désir d'omnipotence des barons de province, lesquels aiment à reproduire en miniature dans leur contrée la tradition de confusion absolue des pouvoirs de notre république autoritaire. Grâce à la décentralisation de 1982, voici cette tradition multipliée par cent dans les départements, transformés en petites puissances autonomes. Les féodaux du pouvoir universel ont pris le pouvoir dans les chefs-lieux, parfois jusqu'à l'ivresse, souvent jusqu'à la mise en examen...". Moi je trouve que c'est drôlement bien envoyé, ça me fait penser à plusieurs qui devraient avoir le nez qui leur prusit et c'est pas du fourrage de crâne.

Il était une fois à Noyelles-Godault (Pas de Calais) depuis plus de cent ans la plus grosse fonderie de métaux non fiévreux d'Europe. Hé bé la fonderie, la dernière chose qu'elle a fondu c'est les plombs. C'est ce qu'ils appellent sans doute là-haut "noyer le godot". N'empêche que c'est pas une histoire pour amuser les pitchous: les gamins ont du plomb dans l'aile, les ouvriers qui ont perdu leur emploi ils ont pas tout perdu: ils font du saturnalisme par centaines et leur installation à la mort moëlle d'oie, elle a pourri la terre sur des dizaines de kilomètres carrés. Ca vous fait penser à rien? Et le grand patron de tout ça, faut pas le chercher sur la liste des abonnés au gaz, il est en Suisse, au paradis fiscal. Vous croyez pas qu'il va être inquiété? Que non pas parce que c'est un mariolle: il s'est débrouillé pour créer Glencore, la société-mère et derrière, ou plutôt devant, des sociétés- filles qui font des petits pour faire écran et qui font le sale boulot; c'est ce que j'ai compris. Les juges ils cherchent la mère et ils trouvent que des filles. Ou des cousines éloignées. Sur la terre ferme, ce système, c'est comme les papillons de complaisance sur la mer. Et quand les vrais problèmes arrivent, y suffit de couper les cordons avec la société mère qui peut continuer ses affaires. On a vu ça avec le Prestige, avec l'Erika, Métaleurop, PCUK, Pechiney, et tout près de chez nous Salsigne, que c'est un groupe australien qui a pris la poudre d'escampette en laissant les saloperies derrière lui, c'est à dire qu'ils sont venus nous chier devant la porte. Comme quoi c'est plus facile de faire Sidney-Salsigne que Salsigne-Sidney. Ca doit être plus direct. La logique de tout aco, c'est : "privatisons les profits! mutualisons les pertes!", "A l'entreprise les recettes! Le passif, à la société, les citoyens, les contribuaples, paure colhon". La recette, c'est pas sorcier: si toi, entreprise, tu ne veux pas avoir à payer la facture des dégâts que tu as causé, il suffit d'organiser ton - comment ils ont dit? - linsolvabilité, comme qui dirait préparer ta faillite. Ils auraient tort de se gêner, la loi juridique actuelle est couverte de trous opaques comme un chien de puces et les y encourage parce que c'est aux autorités à apporter la preuve de la responsabilité du pollueur et non pas au pollueur à faire la preuve de la netteté de son honnêteté. C'est pas le principe "pollueur-payeur", c'est le principe "salopeur-pollueur". En plus le Merdef, au nom de la liberté de l'entreprise d'entreprendre de tout saloper autour d'elle, pour diminuer les responsabilités des entreprises, fait la différence entre les sols polluants et les sols pollués. Monsieur le baron est trop bon, j'avais failli prendre les patins pour la serpillière. Ce qu'ils craignent tous un peu, c'est l'accident style AZF. Parce que ça fait du rambalh et que c'est difficile à cacher sous le tas de fumier au fond du jardin. Mais la pollution au jour le jour, on s'y fait très bien. Si t'en crèves pas, ça rend plus fort. Surtout les actionnaires. Tu comprends, les analyses prennent du temps; les contranalyses encore plus, et puis les espertises des analyses et les contranalyses des contrespertises et pendant ce temps on va pas plier la boutique. Et si certains la ramènent de trop, on leur dit : "Taisez vous! Vous voulez donc faire nous faire quinquanèle!" Tout ça fait que quand un industriel vient pratiquement sur mon devant de porte m'expliquer que ça va être nickel, je peux pas m'empêcher d'avoir les poils qui me hérissent tout le long de l'esquine. Il est pas si tôt sorti de la six-cent-quatre tédéï toutoption jantalu cétéoqué que déjà je grogne.

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