Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Le principe de précochon
La souscade du Francescou du 30 avril

Ginette m'esplique que le principe de précaution ça vient d'Allemagne, que ça s'y appelle le Vorsorgeprinzip et elle dit que ça autorise depuis mille neuf cent soixante seize les pouvoirs publics d'Outrerein "à prendre toute mesure pour parer à d'éventuels risques sur l'environnement et la santé, même en l'absence de preuve scientifique". Ce qui me fait marronner, c'est qu'aquel fameux principe de précaution, chacun se l'applique soigneusement à soi comme un cataplasme mais se garde bien de l'appliquer aux autres. Medamne, on a pas attendu que ça soye un principe pour prendre quand même des précautions. Par précaution. En principe. Je me rappelle que déjà tout pitchou, j'essayais pas d'empoigner une bûche au feu à pleines mains, tout couillon que j'étais je prenais le furguet et quand je savais un chien ergnous et tignous dans quelque métairie, je faisais un large détour quand je passais avec la bicyclette pour pas me faire agafer les garous. Mèfi. Autant te dire que les précautions, ça date pas d'hier. A mon avis, les précautions remontent à l'antiquitaire. Même aujourd'hui encore, j'y regarde à deux fois avant d'ouvrir le courrier comme quoi j'ai encore gagné un triple four à microndes à un concours que j'y ai même pas joué. Remèfi. Et je souffle toujours sur le café tandis qu'il est brûlant pour pas me cramer la gargamelle. Surmèfi. Déjà que je fais de l'insuffisance rétinienne, a dit le docteur, et aussi de l'ipertrofuite méticulaire, prétend Ginette, je vais pas en plus prendre le risque de me commotionner le zoophage avec de l'arabica à quatre vingt dix degrés pour qu'on m'y greffe des intestins en pévécé. Le principe de précaution, on a tous ça dans le sang, même si on a une mauvaise circulation: té, moi par exemple, juste un exemple et après j'arrête, j'attends pas d'avoir soif pour boire, je vais me verser un coup de riquiqui avant. Manger, pareil, je mange avant d'avoir faim et je m'en vais au lit faire la sieste sans attendre d'être fatigué. Tout aco, c'est précautions et compagnie. Et que je te mets une bâche sur le bois pour lui éviter d'être mouillé. Et que je te nettoie la gamatte quand j'ai fini le mortier sinon tout est pégué au fond. Et que je lève les pieds l'un après l'autre quand je monte les escaliers pour pas me casser la margoulette. Et je freine des quatre fers pour m'arrêter aux estops. Et avant d'ascler j'enlève le doigt de dessous la piasse pour pas que je me l'espoutisse. Vous autres, c'est pareil: vous soulevez - en principe - le couvercle des cagadous avant de pisser pour éviter que ça vous regiscle sur les bragues. Et si vous en avez un sadoul de mes souscades, vous attendrez pas d'être à la fin pour arrêter de lire. Tout ça parce qu'on est pas que des couillons, on a gardé l'estaing des bêtes, on tourne la tête du coté où l'herbe est plus haute et on change de trottoir quand on veut éviter les embrouilles. Comme quoi, Principe de précaution = Célestin de conservation.
Hé bé l'entreprise, c'est pas du tout la même chose. (On s'en doute bien un peu quand on voit les risques de faire rire de lui que prend le Baron de Ses Lierres de Mes Dèfes pour dire de si grandes bêtises à la télé à une heure de grande écoute. Ça doit lui être le principe d'imprécation). Les entrepreneurs y minimisent sur le principe de précaution parce qu'y a un autre grand principe qui les aspire au point d'oublier toute précaution: c'est le principe de rentabilité. Et pour le Veau Dehors, y sont prêts à prendre des grands risques. Le contraire du principe de précaution, c'est le risque de gagner de l'argent. Remarque que plus la boutique est grosse, moins c'est le patron qui engage ses sous, y préfère miser celui de ses actionnaires. Pas folle, la guêpe. Ça lui épargne le sien, de portefeuille. Comme quoi le principe de précaution n'est pas totalement exangue de ce calcul. Mais là où c'est que les risques les plus grands sont pris sans se sourciller, c'est pour la santé puplique et l'environnement des gens. C'est pas le cycle pollueur-payeur, c'est le tricycle pollueur-arnaqueur-largentdubeur. Va t'en toi prouver que telle entreprise a mis en danger la santé du pauvre monde. Regarde combien de temps il a fallu aux communes maritimes sinistrées par les marées noires pour ne pas être indemnisées. Combien de temps il a fallu au gang de l'amiante pour être démantibulé. Combien de morts intoxiqués qui ne sont plus en mesure d'éprouver de pourquoi ils sont morts. Et jamais on a vu un cormarin breton se présenter à la barre du tribunal pour attaquer un pétroleur (peuchère, ça ferait sensation). Ça s'est jamais vu un sapin défolié réclamer des dommages désintégrés. Et combien de temps y faut aux associations des bénévoles de la protection des environnements de la nature pour que leurs arguments y soient entendus et même écoutés. A ce qui parait qu'y en a qui se battent depuis plus de vingt ans. Tout ça parce que la voix de l'argent couvre toutes les autres. L'argent n'a pas d'odeur, comme disait Pierre Ponce Pilastre qui allait se laver les mains juste après, et en plus il gueule plus fort que tout le monde. Ça, c'est moi qui l'ajoute.
Y a pas si longtemps, une entreprise faisait ce qu'elle savait faire: des arrosoirs en zinc, des nains de jardin cromés ou des porte-savon en macramé, est-ce que je sais moi? Elle avaient les employés qui savaient faire la recette de père en fils, les machines esprès qui étaient amorties depuis belle lurette, des clients qui cherchaient pas midi à quatorze heures et qui achetaient le nain ou l'arrosoir quand ils en avaient besoin, quand le vieux était dehors d'usage par exemple. On fabriquait du produit? Passez muscade! On fabriquera du profit. Alors, quand les financiers prennent le controle apsolu d'une entreprise, c'est pas pour l'arrosoir ou le porte-savon, c'est pour fabriquer du profit par tous les moyens. En orientant la production, en la supprimant au besoin, en cherchant les niches de rente habilitée ("eh, pssitt, vous auriez pas vu des fois une niche?", maintenant ça me fait poiler, je repense au chien ergnous de quand j'étais gafet), en visant des cibles de marque Ting, en écrasant les coûts de revient, en réduisant au minimum la main d'oeuvre, en tordant les coudes reviens, en écrasant au maximum la main d'oeuvre. La logique est pas bien compliquée, il faut juste se mettre dans la couscoure que ce qui est bon pour la boite devrait être aussi bon pour ceux qui y travaillent. Dans cette gérarchie, les chouchous c'est les actionnaires, d'abord les gros, le reste en foule. Le client ne vient que bien après. Juste avant les employés. Si on pouvait s'en passer, ça serait pas plus mal. Après encore, c'est l'Etat qui tache de réglementer dans la jungle et qui en plus a le culot de réclamer des impôts sur les revenus. Et après, tout à fait à la fin, c'est la protection de l'environnement de l'entreprise qui est le dernier de leurs soucis puisqu'il n'apparaît que dans la colonne dépenses. A Saint Pons c'est plus mariolle encore: on sait qu'y aura forcément des dégâts sur le milieu (et sur les cotés), mais ce sera pas eux, y risquent pas d'être inquiétés, de toute façon eux y seront plus là. Cette façon qu'ils ont de savoir qu'ils vont tout saloper pour longtemps en s'en lavant les mains par avance, c'est ce que j'appelle le principe de précochon.

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