Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Le cimetière des effets lents
La souscade du Francescou du 15 mai

A coté de chez moi près de là où est ce que j'habite, y a des talus. Jusque là ça peut aller parce que moi, Francescou soussigné, j'ai rien contre les talus. Penses-tu que si y avait pas de talus, tout serait planier comme le dos de la main et l'homme se languirait dans des paysages de boulodromes. Que non pas avec des talus, ça met un peu d'animation. Enfin bref moi ce que j'en dis c'est pas pour ça, c'est pour vous parler des gens. Parce qu'autour de chez moi où c'est là que j'ai élu le domicile, y a aussi des gens. Des voisins, des gens qui passent, d'autres qui passèjent, d'autres qui trastèjent, qui quéquéquèjent, qui tarabastèjent, qui patarinèjent, de tout. J'ai rien contre eux, j'en fais partie. Mais y a des jours où je me demande si j'aime mieux pas les talus que non pas les gens. Parce que je sais pas si les talus aiment trop les gens, mais les gens eux aiment trop les talus. Et pourquoi que les gens aiment trop les talus? POUR Y JETER LEURS ESCOUBILHES ! Ça doit être un très vieux réflesque qui doit remonter au premier temps de l'inhumanité d'escamper ses barrassègues par les talus. Si j'avais un conseil à donner aux sarcléologues, je leur dirais si tu cherches un homme, un os, un dacos, un estros, cherche d'abord le talus : dès que le sol penche vers le dévers, si possible un récantou un peu inassessible sinon c'est trop facile à curer, zou je te balance la bourette cassée, l'esclop en pièces, les morceaux entiers de tuile, les bouteilles de sent-bon avariées, les seringues des piqures, la dechevot, les trastes, les banastes, les desastres, les emplastres, les patifarnes et les tarabastades, la belle-mère, tout ce qui gêne, tout aco qu'on veut plus voir même en peinture.
Remarque, la SITA elle te propose pas autre chose, si on la laissait faire elle aurait comme qui dirait l'intention de t'escamper les escoubilhes de trente cantons dans un armas encore sauvage en le cachant un peu avec des laurines des fois qu'on aurait vergogne depuis la route. Sauf que elle c'est à une échelle industrieuse et que d'habitude c'est le talus qui cache la décharge que non pas là ce serait la décharge qui cacherait le talus. Et que les espompidures qui coulent, ça t'embrènerait tout pendant des trente ou des cinquante ans. Ça ferait comme une bombe à retardement qui daterait d'une guerre mondiale. Sans doute c'est le cimetière des effets lents d'où vont mourir tous nos enfants.
Alors quand je passe à coté de mes talus, je finis par devenir pernognaque: des fois je suis à pied en tant que promeneur et je fais marche arrière juste parce que j'ai entendu une auto ralentir avant le virage et ça loupe pas neuf fois sur dix le gus il s'est même pas arrêté il a ouvert la vitre (encore heureux sinon tu vois pas le coup ce bartole il va pour escamper le sac et il reste dans la voiture ça serait bien fait tiens) il a ouvert le carreau et il a jeté à la vuglette. A la vuglette dans mon fameux talus. Alors qui c'est qui va faire le pelharot de mécontent pour rien? c'est Bibi. C'est comme ça que j'ai trouvé de tout, broc a broc fa fagot. Ça raï, pas de quoi se monter en ménage. Un jour, j'ai même trouvé un chat vivant c'est vous dire que les gens (pas vous, naturellement, moi je vous parle des gens autres) jettent vraiment tout ce qui les embarrasse. Un jour je m'attends à trouver le félen de Moïse dans un couffin. Enfin, bref, un jour que j'en avais mon coufle de me débigosser à tirer des sacs d'escoubes de mon fameux talus, une sainte colère m'a attrapé et j'ai ouvert la poche des fois que je trouverais un indice signalétique du fautif ou la déhaine du coupaple. Et par astre, j'ai trouvé! J'ai trouvé une adresse de quelqu'un de pas bien loin puisque la personne comme quoi est du village même. Trois solutions: premièrement de rien dire et de lui faire la trougne juqu'à la fin de mes jours ou des siens pour qu'elle comprenne bien que je lui fais la trougne, deusièmement d'aller la trouver en faisant la trougne et de lui espliquer ma façon de penser à propos des talus et d'elle, troisièmement d'aller aviser la gendarmerie et la maréchaussée pour qui lui disent manumitari qu'elle a pas le droit. Code Pénal, articles R 610-5¡, R-632-1¡, R 635-8¡ (me souffle Ginette). Quine, je lui dis.
La solution officielle saint-pons à moi: j'ai donc avisé les autorités conséquentes. A deux heures manque cinq c'était fermé. La sentinelle devait boire le café. Ou alors c'est des militaires fonctionnaires. J'espère que la prochaine guerre les surprendra pas entre midi et deux. J'y suis revenu à cinq heures et demie. Ça allait fermer. C'était pas la peine de me mettre en dimanche, y avait personne, pas de guérite, juste une voix interfounétique qui m'a demandé:
- Et c'est à quel sujet?
- Et c'est au sujet de voir les gendarmes, que j'ai répondu poliment.
Je m'attendais que la voix me dise: "Et ça vous presse ?" Mais non, la grille s'est ouverte en grand comme s'il s'agitait de faire passer une colonne de blindés. C'est un peu vexant, parce que je suis pas si gros et ça donne l'impression que je peux plus passer pas les portes normales. Enfin bref. Dans le bureau le maréchal des logichefs m'a dit:
-Ah, Francescou, tu viens enfin te constituer prisonnier!
Je sais bien que j'ai rien à me reprocher, à part les fautes mais eux aussi y en font, mais ça fait quand même un drôle d'effet. Pauvre, moi, sa blague, ça me destrantoule. C'est là que j'ai réalisé tout d'un coup que le maréchal avait la même moustache que Sadamussin. Ça finit de me déminéraliser. J'avais presque envie de partir. Mais j'ai repensé au talus. Alors je suis resté.
- Veuillez décliner ton identité.
- Bilhe, Francescou, classe 35, numéro matricu...
- Mais non, couillon, tu vois bien que je te chine. Alors, quel bon vent t'amène?
(Je sais pas le vent qui m'amène, mais je connais déjà celui qui va me ramener à la maison. Il s'appelle Escapa.)
- Je viens rapport à des escoubilhes que j'ai trouvé balarguées dans un talus.
Le maréchal iraquois fronce les sourcils.
- Et ce talus, c'est du terrain public ou c'est du terrain privé?
(Ça c'était bien la dernière question que je m'étais posée. C'est du dévers et des escoubilhes, un point c'est tout.)
- Pasque, tu comprends bien, Francescou, que la différence est fondamentable. En terrain privé on peut pas intervenir comme ça. Y faut des autorisations.
(Je me dis que l'escampeur d'escoubilhes, il a pas eu besoin d'autorisations. Les seuls papiers qu'il avait, ils étaient gras et il les a jetés.)
- Enfin, tranquillise-toi, Francescou, y me dit de derrière sa moustache, j'y monterai faite un costat sur place comme quoi y a un dépot sauvage de déchets illégals.
- Mais, que je lui dis, y a pas brique, puisque j'ai enlevé tous les sacs!
Pour le coup le maréchal sadamite fronce encore plus les sourcils:
- Mais enfin, bougre d'amauri, comment veux-tu que je fasse un costat si t'as tout enlevé! T'as supprimé toutes les preuves du delly !
Si je m'attendais à ça ! Je me croyais enleveur d'escoubilhes bénévole et je me retrouve supprimeur de preuves de poubelles. Recéleur de delly peut-être. Je demanderai à Ginette si y a un article pour ça. Tu vois pas que je me retrouve en gabignole pour ces couillandres? J'en mène pas très large.
- Mais chef, c'est pour le bien puplic que je l'ai fait! Pour le talus! Et pour la vue! et puis, j'ai trouvé un domicile dans les ordures!
Le maréchal fronce tellement les sourcils qu'ils vont lui toucher la moustache:
- Oh oh! Tu as donc trouvé l'adresse du propriétaire du talus ?
- Que non pas! J'ai trouvé l'adresse de l'escampeur!
- Eh bé, Francescou, que veux-tu que je fasse avec cette adresse, siouplait ?
- Je sais pas moi ! (Ça me prusit à l'intérieur). Pas dresser un verbal, ça non , mais au moins les faire inquiéter un peu. Les rappeler à l'ordre... La loi...la vue de l'uniforme... (Ça marche pour moi, le costume bleu, ça doit bien le faire pour les autres). Je lui sors :
- Vous avez qu'à y aller vous autres avec votre uniforme comme quoi vous les avisez de votre enquête à propos de leurs trastes et leur faire peur, voilà tout.
Le gendarme se passe l'estilo derrière toutes les ongles d'une main. Y en a cinq et ça prend un moment. Il me répond lentement avec l'autre main :
- Francescou, on fait pas peur aux gens avec les ordures.

Je suis reparti en resouscant derechef.
J'ai pris un cachet et un suppot avant d'aller au lit.
J'ai bien réfléchi.
Le maréchal a raison.
Y faut pas faire peur aux gens avec des ordures.
C'est ce je dirais si je les verrais aux décideurs des ordures de l'Hérault : votre projet faratonique de Tanarès, vous avez pas le droit de faire peur aux gens avec.

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