Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Marcomal se promène
La souscade du Francescou du 30 mai

Mais non, je te parle pas de maintenant, bougre de couillon qu'encore je te vante, je te cause d'avant, macaniche c'est pas si vieux, ça remonte pas au temps où Jésus-Christ était junome, ni même au temps du roi Cézet, mais c'était un temps d'avant, c'était un autre temps et ça change tout du tout au tout, voilà tout. Par esemple on écoutait la musique au poste, les valses, le jas, le quadril de Jean Bentaberry et non pas de la musique pecno de tustobouïsses avec un volmang à fum sur les esgourdes qui va te dévarier que tu sais même plus où t'habites pour peu que tu renifles une ligne de coque et des cachets d'Anastasie qu'on te retrouve au petit matin couché dans le valat avec les quatre pattes en l'air. A l'époque, les fruits y venaient en saison et t'avait pas de ces zibrides de fragoustes matinées de pastèques astèques en plein mois de décembre. On faisait les enfants à l'ancienne, pas comme les époux Vette et le téléfone portaple nous aurait bien fait rigoler, nous qu'on se parlait à dix pas avec deux boites de conserve trouées qu'on attachait avec une ficelle. Tout ça pour dire qu'en ce temps-là, sur les routes tu te trouvais pas avec des berlingots et des miganes sur les quatre voies. Et même si le chemin faisait des esses, t'avais un peu moins de ronds-points et un peu plus de lignes droites. Que non pas maintenant tu passes plus de temps à te braquer sur les giratoires qu'à regarder droit devant. Pour te dire que quand tu prenais l'autobus pour aller, mettons de Saint-Chinian à Saint-Pons, tu faisais pas que changer de saint, tu changeais aussi de pays. Note que Saint Etienne d'Albagnan, Saint Gervais sur Mare, Saint Jean de Minervois, Saint Amans Soult, ça te faisait aussi réviser le calendrier.
Bon. C'était un temps, c'en est un autre. Passé le saint, passée la fête. Tout ça pour te dire qu'y a pas si longtemps, quand tu montais dans l'autocar, tu te faisais carréjer pour quarante sous et en prime t'avais le temps de regarder par le carreau le paysage; trinca tranca c'est toi qui défilais et les mas, les vignes et les mazets, les bois, les pâtures, les armas, les campagnes, les grésignes, tout ça restait immobile. Et aussi les cantonniers sous les plataniers. Et aussi les tas d'ordures par les bartas et les escoubilhes dans les fossés. Que non pas maintenant avec ce progrès de maintenant qui fera tout périr peut-être bien, que ça m'escaraougne rien que de le dire, ça se pourrait bien être que ce soye le contraire! Minute parpalhol, je m'esplique : la dernière idée lumineuse de la cole des insistances supérieures qui ont autorité pour avoir compétence, c'est que les ordures, c'est elles qui vont faire du tourisme, et non pas en car, mais en camion, à ce qui parait qu'il y en aurait des dizaines et des dizaines tous les jours, dans un sens, dans l'autre, et je te porte du dur, et je te ramène du mou, et que je t'amène du solide, et que je te rapporte en liquide, et je te trimbale du grabat, du luxuriat, des gloumérats, tout un rambalh, toute une escramachade qui va t'empoubouler trois vallées entières ! Sans compter les camions qui vont s'escamper par les talus de Rodomouls ou se foutre en bombe du coté du Poussarou. Avec un salaire de lapeur ! Et les gens, tè, y prendront moins la route, y voudront pas se risquer à se faire tamponner, ils se resteront chez eux à galavardéjer et à remplir leurs sacs poubelles en mastéguant des chispes avec le volmang devant la télé. Et la télé commande. Mais, filh de Diou, comment voulez-vous que les choses aillent en bon ordre si la télé commande? Et non pas les gens! Après on s'étonne.
Bon, je voulais juste insister comme quoi avant c'étaient les voyageurs en se déplaçant d'un coté et d'autre de nos montagnes qui regardaient les ordures sur le bas-coté, que maintenant ce seront les ordures en se déplaçant qui regarderont les gens immobiles. Ou si t'aimes mieux, les gens sur le pas de la porte qui regarderont passer les escoubilhes. Ca fait drôle, non ? Et les commentaires, je les entends d'ici :
- "Macarine, ça c'est le camion qui vient de ... (je cite pas de noms, je veux pas avoir d'histoires ) qu'est-ce qu'il pue aujourd'hui, ils ont dû bouffer de l'ensilage et se plaindre la farigoule".
Ou bien :
- "Té, guette ceux-là, (de tel village) y sont si chiches que le camion monte à moitié vide. Quand il y va, on dirait qu'il s'en retourne". Ou encore :
- "Tè, et ceux-là, méchants voisins, ils sont bien capaples d'avoir semé des virusses dans leurs escoubilhes juste histoire de nous foutre la maranne. C'est bien comme ça qu'ils ont débarqué, le filostéra, les jacousies et les dorifores. Et aussi les patagènes et les culonimbustes. Et la castapiane. Moi je vous le dis, Marcomal se promène".
Bref, des raisonnements à n'en plus finir. Mais... sousques que tu sousqueras, j'ai encore une autre idée en vue dans le colis amateur (moi, les idées, elles me viennent pas une à une dans la tête comme chez les gens normaux, elles te me viennent par grappes, par dix ou par vingt comme les pétarelles au derrière des chèvres): béléou que si les escoubilhes passent à heure fixe, enfin plus réguliers que les autocars de la ligne, on pourra peut-être les prendre, les camions. Ca sera l'arrêt-poupelle. L'arrêt puplic. L'arrêpoupelle de l'arrêpuplic. Méfi que l'arrêt glisse quand il vient à pleuvoir du marinas. Té, en voilà une de proposition à faire aux huiles esistentielles qui nous mènent: on supprime les autocars de ligne et on les remplace par les camions des poubelaïres. Ca devrait pas coûter bien cher aux notoriétés puisqu'ils sont déjà remplis. Baste seulement qu'ils nous fassent pas voyager à l'escourgasse dans la benne...

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