Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Opération mains propres
La souscade du Francescou du 15 juin

Il était une fois une société qui se faisait appeler la Sita.... Non, je tourne recommencer. Je vais raconter une autre histoire pour que ça fasse mieux comprendre à tout le monde. Donc, une fois il était un riche paysan. Y a eu des époques où ils étaient beaucoup plus nombreux, les paysans, y avait même plus des paysans que des autres gens et donc, dans le tas forcément y avait bien quelques riches paysans, si vous m'arrêtez sans arrêt je pourrai jamais la finir mon histoire et donc y avait un riche paysan qui voulait marier sa fille. Pas avec n'importe qui naturellement, surtout pas un tipe qu'elle aurait pu en être amoureuse, ça non, interdit par la fédération nationale des paysans amoureux ruraux, la FENAPAR ou quelque chose dans ce goût-là, non, y fallait la marier avec un personnage qui pourrait que améliorer le patrimoine de ce dit paysan. Et donc il fait savoir par voix que ça presse dans tout le canton et même au delà qui c'est qui veut comme gendre. Ca fait drôle, mais à l'époque ça se passait comme ça et pas autrement. Aujourd'hui, la fille aurait fait un site sur un trait net ou serait allée dans des boites esprès avec une jupe comme un moucadou au ras du tafanari. Ou des cartes postales avec sa photo marquée reviens-y et le numéro de téléphone derrière. Enfin pauvre, voilà comment c'est, il fait savoir qu'il donnera la main de sa fille (la main et le reste, ça va sans dire, le tipe il prend tout, c'est comme les pornotions, tu rentres pour acheter juste un parapluie et tu sors avec la renoclio en cadeau) qu'il donnera la main de sa fille à celui qui se présentera devant lui, tel jour telle heure, avec les mains les plus propres. Ca fait un peu fantaisiste, dit comme ça, mais tu vas voir qu'il a une idée derrière les oreilles, le paysan.
Tu imagines comment que la nouvelle elle fait le tour du rodoul. Y a ceux qui sont pas intéressés, soit que déjà ils en ont une de femme à la maison et que ça leur va bien de rester comme ça, soit qu'ils en cherchent une autre dans un autre stile. Peut-être bien qu'y a aussi les dans la lune qui ont oublié l'heure du rendébout ou ceux qui avaient pas fini de défumer l'estaple, ce qui fait que fin finale le jour dit, à la maison du paysan se présentent trois prétendants. Un deux trois. Avec en tête cette drôle de folie dans la closque du paysan riche comme quoi y veut pour gendre un homme aux mains propres. Dans l'histoire c'est comme ça.
Bon. Alors le premier à se présenter c'est le molinier du village; un bon garçon, travailleur, le poil roux, qui fait chanter sa meule du matin au soir, patric patrac, tant qu'il vire il fait le tour, et rode moulin et tourne moulin, et vole la belle farine aux quatre coins de son engin. Pensez si le drôle a les mains blanches, de toute la sainte journée dans le blanc de la farine, à courir de la cambette au bouissou, de la balute à l'escampadou. Du blanc de farine, de la plus fine, pas du farinel ni des griousses, non, du poulset, de celle qui reste entre le fond des riscles, il en a jusque sous le dessous des doigts. Et avec ça propre sur lui, qu'il s'est mis, avec la bonnette rayée qui lui tombe de coté pour lui donner l'air engageant. De molinier plus délié on n'a pas vu. Montre ses mains. Bon.
Vient le tour du second prétendant. Alors lui, mazette, c'est le coiffeur-perruquier de l'endroit, celui qui tient le magasin sur la grand place et deux fois la semaine va couper les cheveux à domicile jusque dans les campagnes et les écarts. Pour ce jour-là, il a fermé boutique esprès, s'est décapé, lustré, pomponné comme une demoiselle, et des accroche- coeur à l'entour des cheveux, des pampilles, des bouclettes, frisotté au petit fer comme un veau répoupet, manière de plaire il a mis la farde fine, la chemise de batiste, il s'est mignoté, il est parfumé à l'eau de cuir dérusqui, la gilète de fine cote, les chaussettes de laine grège, la montre d'argent au gousset, et ses mains, bon dieu ses mains, pimpées comme celles des angelots que l'on voit derrière le maitre autel. Des ongles taillées au carré, des doigts propres et déliés, des paumes dérusquées, sans plaie ni d'égratignure, des mains de pianiste ou de préfet, des menottes de bébé, des amours de mains de perruquier. Ah lui, pour sûr, il vaut dix, il va remporter le concours. Bon.
Alors, arrive le troisième; Lui c'est un autre calibre ; c'est le vidangeur. O pauvre de lui, sortez-moi ça d'ici, c'est une pitié. Puant comme un taos, sale à te faire détaler un renard. Le vidangeur, par chez nous, le curocoumun, c'est celui qui est préposé à vider comme qui dirait les cagadous, les Walter Crouzet si vous préférez. Normalement, même propre, à force il sent toujours un petit peu la merde, ce qui fait qu'on n'a pas toujours le temps de s'attarder à lui serrer la main. Mais aujourd'hui, pour le coup, on voit bien qu'il a pas fait d'effort particulier, il pue qu'il enfalène. Bon. Et il est quand même venu pour le concours de la compétition des mains blanches. Alors le paysan lui dit comme ça :
- "Voyons, ouvre tes mains."
Et le vidangeur ouvre ses pattes. Elles sont aussi sales que le reste de sa personne. Et dans chacune de ses mains il y a une pièce d'or.
Alors le paysan lui dit :
- "Tope là. C'est toi qui aura ma fille."

C'est comme ça que ça s'est passé dans l'histoire. Maintenant, vous dire si c'est la vérité vraie ou si c'est inventé, c'est pas mon affaire. En tout cas, il a pas bien de morale, mon conte. Mais si vous l'ai raconté, c'est parce qu'il m'en rappelle une autre d'histoire, et pas bien morale celle-là non plus : mettons que la fille à marier, c'est notre beau pays, aux joues rouges comme des cerises, encore bien poulidet même s'il est plus vierge depuis belle lurette et jusqu'à ces derniers temps un peu à l'écart des histoires de gros sous. Mettons que l'arpalhant sans vergogne qui fait de l'argent avec des ordures, celui qui a les mains noires avec de l'or dedans, c'est la société que j'ai citationné au début de ma cronicle. Reste à jouer le rôle du paysan riche : si c'étaient des fois les grands manitous du département, bien pressés de brader notre beau parnaturel au plus offrant ?

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