Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

[ texte précédent ] [ retour au sommaire ] [ texte suivant ]

Les estrathérèses
La souscade du Francescou du 15 juillet 2003

Vous voulez savoir ce qui vient de m'arriver? Hébé je vous le donne en ville. Vous êtes bien le premier à qui je le dis parce que je l'ai encore répété à personne. C'est un escoup de prumière. Parce que ce qui vient de m'arriver est tellement estomaquant que le mot est faiple. Estomaquant? Je devrais dire insousteniple, afganistant. A te tomber de cul par terre. A te filer le bire-bire. Le revertèri. Catalitique. Fénoménaple. Censément anormal. C'est pas moi l'anormal, c'est ce qui m'arrive. Je suis un Francescou Bilhe normal à qui il arrive quelque chose d'anormal. C'est ça l'histoire.

Vous savez que je suis pas pétochard, sangbegut. J'étais de ceux qui ont mis la carriole de Célestin dans le tilleul. A l'époque, il fallait pas avoir l'effroi aux yeux. Mais pour le coup, je peux vous dire que ce que ci que ça m'a foutu les chocottes. J'en quéquèje encore.
Comment ça s'est passé, hé bé ça s'est passé comme quoi j'étais à viciclète je rentrais de revenir de poser des collets, des tendes si vous aimez mieux avec des caples de frein. Ce que j'attrape avec mes collets, n'insistez pas, je vous l'enseignerai pas. Y a pas vergogne, mais ça risquerait de me coûter plus cher que ça n'en vaut. Mettons que j'attrape des papillons au collet; c'est ça, des papillons pour le compte de monsieur Sestre, le cousin de Dacos. Qui me les paie bien parce qu'il en fait collection. Y a un coup de main un peu espécial à prendre et ça s'apprend pas au premier venu en plus il faut savoir distinguer les mascles des femelles. Si on vous en demande davantage, vous direz que vous n'en savez rien. N'insistez pas, je vous dis, vous me tirerez pas les vermis du nez, c'est pas de bien faire d'insister comme ça pour me faire dire à toute force ce que j'ai pas envie, j'aurais pu tout aussi bien vous rebéquer : je reviens d'enlà, de chercher l'équerre ronde, la ficelle à un bout, le marteau à bomber les vitres, le clé des cagadous dans le vigne du papé, n'importe quoi plutôt que de me faire confesser que j'étais allé attraper des counils au collet.
BREF, voilà que je rentre à calabrun au moment où les ombres s'étirent sur le chemin comme si elles voulaient vous faire des travatèles. J'en avais trois dans la guirgouste, j'avais fait bonne journée, content comme Tintassoule Gourjadis, le fils de la poule blanche. Ça va bien. J'avais pris par l'ancienne voie de chemin de fer qu'ils en ont fait une piste ciclaple avec dessus du marcadam esprès comme un terrain de boules qui ferait trente kilomètres de long. Ça va drôlement bien et tu risques pas de te faire cabucer par un bartole qui arrive sur toi à fum en quatre fois quatre. (Quatre fois quatre font seize et seize c'est très étroit pour passer à la fois avec la voiture et le vélo. Très étroit : seize). Et à cette heure-là, personne pour te demander ce qui a de si lourd dans ta musette.
BREF, passé le virage du Martinet, j'étais dans la ligne droite de l'ancienne gare de Saint-Pons quand, sul cop, que vois-je de mes yeux vois-je devant moi devant mes yeux à moi? A une portée de boule, non pas le cochonnet qu'on appelle le let, mais un deux trois estrathérèses. Point. Bufez un bon coup.

C'est pas la fin de mon histoire, mais je vous laisse le temps de respirer pour voir l'effet que ça fait d'un Francescou Bilhe en face de trois estrathérèses. Vous pouvez respirer un grand coup, quitter les souliers, vous pouvez même aller pisser si ça vous chante, moi je m'en fous j'ai tout mon temps, vu que de ce mauvais pas je m'en suis tiré vivant avec les bragues nettes. Bon, ça y est ?
Donc, dans le trèscol du jour, mon Francescou avèque dans l'ordre d'aspiration à l'écran, sa viciclète, son attirail, ses braconneries pour la semaine et en face, à une portée d'escupit de vieille, trois estrathérèses.

D'abord je me suis pensé que je venais bistoflac, miro si vous aimez mieux. Qu'entre les farfantèles, les luscambres, les entrelusides et les béluguèges, ça me faisait comme qui dirait la berlugue, les bimbaroles; mais j'avais beau escarqualher les oeils, troun de l'air, ils étaient toujours là, les trois choumarrous, sans bouger comme s'ils me guettaient pour me tendre un tracanard. Bon , si les oeils ça va bien, ça doit venir d'un quelcautre côté. Alors je me suis dit que c'était peut-être la chichoumée de la veille qui me causait des embarras de cervelle. Mais j'avais même pas mal à la closque. Alors je me suis pensé en moi-même mon vieux Francescou, tu dois être surmené. Au vert bouquet. Pas surbouqué, ça c'est la crabe quand elle se fait monter par le mascle; après ça elle est embouquée et pour finir elle est débouquée. Ça devrait donner de la consolation à tous ceux qui se font du méchant sang pour trouver chaussure à leur pied car d'ont maï le bouc est laid et d'ont maï la chèvre l'aime.

Mais cause que tu causeras, je m'éloigne de mon affaire, tandis que de ce temps, les trois estafiers se demandent certainement s'ils vont plutôt me faire des coutigues avec leurs rayons trop mortels, me bronziner tel quel sur la viciclète ou me mascagner l'esquine à coups de maïsselles. S'il vaut mieux m'électrocuter avec leurs révolvers ratomiques ou plutôt me cuire au bajanas, moi et mon rascle.
Mon Diou, pôvre de moi, faites que s'ils me dévorent ils commencent par les lapins! Ils t'ont l'air plutôt placidiques mais il faut se méfiser, c'est comme la lapenterre, elle roupille de toute la journée mais la nuit tu la tiens pas elle va te faire le diable à quatre dans la brousse et t'as intérêt à te serrer de là et même à planquer les outils dans la remise.
Heureusement, je suis sous le vent et ils peuvent pas me flaïrer. J'en profite pour amaguer le vélo dans un bartas avant qu'ils l'indentifient comme étant une viciclète. Et qu'ils prennent le Francescou soussigné pour un êtrumain.

Tous les trois ils sont égals comme à l'identique. Y en a pas un pour pas ressembler à ses confrères comme quoi sur le trio y en a aucun pour dépareiller les deux autres. Ça s'y clonait qu'ils sortent tous de la même fabrique. Tous les trois de face, massifs, avec des maillots blancs comme une première ligne de rubi. Et des pattes si courtes qu'on dirait pas qu'ils en ont. Ils sont tanqués comme s'ils étaient plantés là pour espérer l'époque à lispe. Ou que le Tour de France repasse à Saint-Pons. Mais je continue à me méfiser parce que cette mangeance, c'est pas des gens comme nous, c'est plein d'enganes: des fois je vais pas souvent au cinéma mais un soir dans un filme avec Esculie et Mule d'air, j'ai vu qu'ils étaient capaples d'escamper une lumière en zigue-zague si avuglante que ça t'escantissait les postes et même le moteur des autos. Vous me direz que des fois ce serait pas plus mal mais dans le filme ça avait l'air d'enquiquiner les détectives et ça faisait un sagan de tous les diaples. Pense-toi qu'à force de brouter des cailloux et de sucer de la glace, c'est fatal qu'ils soyent pas de bonne venue. Si en plus tu ajoutes qu'ils se reproduisent entre eux, tu vois le tableau, ils ont l'air tout estéquits ou tout bombuts et ils semblent margués comme des pissoirs de baloche.
Faut comprendre qu'ils habitent dans des galasquies interplatanières qui sont tellement si sous-développées qu'ils sont même pas foutu d'avoir l'eau courante. En plus, ces crévafams, ils ont juste assez d'air pour respirer, ce qui fait qu' ils doivent se retenir de péter, et ça leur donne un air de pas normal. Que faire en pareil cas? Aviser la sentinelle? Rendre compte à l'adjudant de compagnie? Impossiple, la guerre est finie, les morts l'ont perdue et je suis seul de toute façon, perdu entre la gare de Saint-Pons et la piscine. Je voudrais bien écouter ne serait-ce que mon courage, mais j'entends pas rien de ce coté-là. Il doit dormir comme la lapenterre.
Alors le Francescou, seul terrien vivant du Saint-Ponais à neuf heures moins le quart du soir du coté de la gare armé d'un vélo et de trois lapins morts, qu'est-ce qu'il a fait face à trois estrathérèses taillés comme des catcheurs de catchevieille? Il s'est déployé en tirailleur jusqu'à arriver en rampant au niveau de la vue du trio de gnargassous coufles comme des tines de vendémiaires. Et en me serrant d'eux tout en me récatant, j'ai remarqué l'observation suivante qui a appelé mes regards: y en a un qui a la bouche verte, l'autre un sourire jaune, l'autre la bouche bleue. Et tous les trois y me sourient d'un air de tataragne comme pour m'amagnaguer avec leur oeil de six clopes borgne qui te file le bomi. Mais je reste sur mes gardes, parce que ces trois fadorles sont bien capaples de me débarouler dessus en faisant pipe-redole pour que je périsse en solitaire face à l'ancienne gare.

Alors je leur crie en bon français:
- Ne bouléguez pas de là où c'est que vous y êtes! Je vous veux pas de mal mais ne m'en voulez pas non plus à moi du mal! Je suis le Francescou!
Rien ne se passe. Y trantaillent pas d'un ardit. Les trois piéniques laids ont peut-être reçu des consignes. Alors je m'avance à découvert avec mon moucadou à carreaux à bout de bras comme un arbre-maitre.
- Faites pas feu, je leur crie, je suis le Francescou... ( bande d'amauris!)
Toujours rien. Une bande d'espoumpits de prumière. Pas de risque qu'ils passent les huitaines de finale si se boulèguent pas plus que ça.

Je m'énardis davantage.
- Tros d'espaluts! Ratabuffes! Tartaruques! Panaris! Troufignols! Nounchacous! Y en a au moins un pour parler bilangue ? Charrer martien ou quoi ou caisse? Conduisez-moi à votre chef !
Gueule que tu gueuleras, pas un poil ne bouge. Y faut me comprendre, y faisait présentement nuit noire et j'étais pas à moitié rasséguré. Alors, à force d'insister, j'ai fini par m'approcher pour de bon et j'ai lu sur la bouche bleue : "journaux" et sur la verte "verre" et sur la jaune "emballages". Je me suis senti en même temps tout couillon et soulagé. C'est une sensation bien confortaple. Mais aussi, quelle idée de faire des bennes à trier les reciscles qui ressemblent à des estrathérèses ! Ça va foutre des peurs aux gens et les enfants pas sages on leur dira : si t'es pas magnac, je te t'amène à la benne. Effet garanti. Alors pour me rasségurer complètement, j'ai regardé à travers les yeux : vide. J'ai donné des grands coups de pied dans le ventras des trois galapianas : vide...

On me dira que c'est parce que on vient juste de les mettre. Que les gens ont pas encore pris le pli de trier leurs escoubilhes, habitués qu'ils étaient d'aller tout porter au Roc. Au troc en vrac. Au Drac. Mais quand même, depuis le temps qu'on parle de reciscler, ça fait peine de voir qu'à Saint Pons il s'est attendu tant de temps avant de permettre à chacun de faire moins d'escoubes et diminuer la fracture énergique. C'est un triste biais de faire passer les ordures après tout le reste. Et de tout ce temps, la planète se dégaille. Du coup, je me demande si des fois, ce serait pas nous les estrathérèses...

[ haut de page ]