Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Nimby et Zindien
Olivier Fuchs le 21 août 2003

Dès le mois de décembre, les citoyens volontaires du Saint-Ponais vinrent inscrire sur le registre du commissaire enquêteur de l'époque les remarques "riveraines" sur le projet de la Sita-Sud.
Le commissaire enquêteur avait expliqué qu'il convenait de noter des remarques pertinentes et étayées relativement aux nuisances "de proximité" engendrées par une telle décharge.

Bien évidemment, le responsable de la DDASS de l'époque (il s'en va, paraît-il...) avait, quelques semaines plus tard, qualifié son interlocutrice de Nimby (Not In My Back Yard = pas dans ma cour).
Les Nimby sont des gens qui refusent un aéroport, une autoroute ou une méga décharge, parce que c'est à côté de chez eux.
Sous ce terme se cachent des insultes :
- Tu es égoïste, parce que tu ne veux pas de cette haute technologie, sous prétexte que c'est près de chez toi. Tu ne dirais rien si c'était plus loin.
- Tu es inconscient, idiot et bête, car il est évident (sinon tu n'y comprends vraiment rien...) que la collectivité a besoin de cet aéroport, cette autoroute ou cette méga- décharge...
- Tu es un ignorant. Tu te déplaces bien en voiture... tu produis bien des déchets ! Il en faut des aéroports, des autoroutes ou des CSDU (méga-décharges). C'est un mal nécessaire.
- Tu es un emmerdeur. Nous les décideurs et spécialistes, nous le savons bien... et en plus de devoir trouver des solutions à haute technicité, propre et sans danger, il faut tout vous expliquer, encore et encore, que nos solutions sont les seules correctes. Vous n'êtes même pas capables de comprendre comme nous travaillons dur, pour vous et pour la démocratie...
Nous préférerons au terme de NIMBY, par trop anglophone, celui de Zindien.
Si, au 19ème siècle, on disait : "un bon indien est un indien mort !", force est de constater, au 21ème, que les indiens d'Amérique étaient respectueux de la nature et avaient une philosophie de l'homme plus évoluée que celle de l'homme blanc, au dieu Dollar, au nom duquel ils furent exterminés.
Comme par hasard, aujourd'hui, grâce à un processus bien rôdé, les mêmes citoyens responsables se verront ravalés au statut de NIMBY par les instances décisionnelles, voire les militants de base du reste de l'Hérault.
En effet, grâce à un appel d'offre enclenché par le Syndicat Mixte de l'Ouest (chargé par délégation de gérer les ordures de l'ouest du département), nos ordures vont aller dans un premier temps dans l'Yonne (via l'entreprise Nicollin), puis peut-être à Rosis, chez des Zindiens voisins, nous débarrassant à propos de nos déchets.
De vrais NIMBY on vous disait.
Mais qu'en pensent donc la tribu des Patanarquois ? Ont-ils encore quelques flèches à lancer contre Charybde-Sita ? Préfèrent-ils Scylla-Nicollin ?
Eh bien, rappelons l'accusation première : "Vous êtes des Nimby, des toujours contre, vous ne proposez jamais rien !"
Mais voilà, les zindiens ont proposé quelque chose. Ils ont même déposé un brevet ; ça s'appelle le "Compostage Rustique". Oui, chez les Zindiens Patanarquois il y a, en plus de quelques géologues et pluviomètres, le grand "Rudologue" , qui essaye, avec le Conseil (lire commission) alter-déchets de proposer des solutions alternatives.
Seulement l'enthousiasme zindien n'a d'égal que la lenteur administrative du Syndicat Mixte de l'Ouest (Il était une fois dans l'Ouest…). Et nous en sommes encore à ce jour à essayer de faire valider un protocole d'accord pour réaliser un essai de compostage pour 90 tonnes d'ordures ménagères. Les sirènes de la "Torche à Plasma" et des solutions venues d'ailleurs ont des paillettes qui fascinent davantage nos Zélus.
Les Zindiens Patanarquois se sont aussi réunis avec les autres tribus de l'Hérault et ont proposé une plateforme commune de revendications. Parmi celles-ci, il y a en particulier la collecte sélective des déchets toxiques. Peut-être pourrait-on la mettre en place dans la Réserve Zindienne (lire Parc Naturel Régional du Haut-Languedoc) si les grands sachems de la dite "réserve" décident de se bouger !
Parce que, franchement, rouspéter en avançant comme argument l'augmentation du trafic routier sur la N112 avec les risques d'accidents tels qu'ils ont été développés lors de l'enquête publique (citée au début de l'article) et puis voir ses ordures partir dans l'Yonne, à 7 ou 800 km, ça ne fait sourire personne de la tribu. (Bon, c'est vrai, le sous-sol de l'Yonne est malheureusement pour les pauvres nimby de là-bas parfait pour y installer des décharges, mais quand même !)
Et si les Zindiens de Rosis voient monter chez eux la moitié des ordures des Zéroltais, eh bien, il n'y aura pas de quoi pavoiser non plus !
Alors voici une nouvelle devise d'un sage patanarquois :
Gérons nos propres ordures,
Gardons nos ordures propres !

Ce qui en langue zindienne peut se traduire par cet autre proverbe :
Per gardar polit ton païs,
Amolona pas tant d'escobilhas !

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