Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Gardarem lo nhac
La souscade du Francescou du 30 août 2003

L'autre dimanche, on est venu nous chercher à tous ceux de la maison de retraite. C'était prévu qu'y devaient nous amener visiter le musée du presse-purée sur l'aire aux Binholes. Et après la cave-dégustation de tisane de Gabels et ensuite de quoi une ferme transformée en zo du coté de Batessaby.
Ça m'emballait pas trop comme programme. Ç'aurait été le musée du carburateur ou de la quincarlote, raï. Et leur fermanimayère, ça me fait doucement cascalher. Comme si de tout temps dans les campagnes, y avait pas eu des animaux de toute engeance, et des gros et des petits, des à traire, des arbitraires, des à engraisser, des à faire jeûner, des à quatre pattes, des à huit pattes, des à plumes, des à poils. Des à tondre, dés à coudre. Et des souhaités et de ceux qu'on s'en serait bien passés. Une ferme sans animaux, c'est comme une communion sans porto, un Noël sans loto, un chasseur sans auto, ça existe pas. Enfin... faisons contre méchante fortune bonheur.

La veille on nous a décrassé avec la poudre arrêt-curé, on nous a fait sortaples et présentaples, on s'est rasé, on s'est astiqué, un peu de sent-bon, la farde fine des dimanches, et zou tout aquel monde dans la bétaillère. Entre parentèles, y te faisait un cagnard pas possible, à pas te sortir un faignant de l'ombre. Et puis le chauffeur nous a roulés. Sur la route, y avait des jeanbouteillages de partout à cause du tourisme. Y parait que les Belges faisaient des bouchons de Liège jusqu'ici. Ce qui fait que la gendarmerie nous a dérouté et de filante aiguille on s'est retrouvé sur le plateau du Larzac. Qui est pelé comme un contribuaple après un redressement. Et où y a plus de pousque que de poils d'herbe.
Je peux vous assurer qu'on était pas tout seuls à être déroutés, parce qu'on s'est retrouvés une brave colhe là-haut. Ginette a compté qu'on était vingt-cinq. Moi je dis bien davantage. Même en neuros, vingt-cinq c'est pas beaucoup. Déjà rien que dans notre car on était tant et plus. C'est que Ginette avec ses nouvelles lunettes, ça lui grossit terriplement. Elle voit les gens bien (et les autres) mais que de très près. Et pas beaucoup à la fois. Et comme en plus elle s'embrouille dans les gros chiffres parce qu'elle a une maladie gérontonique de vieillesse comme quoi elle s'oublie les choses au fur et à mesure. Par esemple quand elle a compté à douze elle a pas retenu les numéros qu'elle a dit avant. Ce qui fait qu'elle est obligée de recommencer du début. Ça finit par faire un sacré mescladis dans la couscoure. Vingt-cinq c'est le maximum qu'elle peut arriver. Après elle crie: "Carton plein!" et elle recommence une nouvelle quine. Dans son sac au Larzac, c'est tout un micmac, y a du Prozac, de l'eau de Quézac, son kodak et du cognac. En vrac. A part ça elle a le raisonnement comme y faut. Mieux que moi. C'est qu'à l'époque il fallait aider au père dès qu'on avait trois poils aux pattes et j'y suis pas bien été souvent à l'école. C'est tuniquement la raison pourquoi j'escaraougne le français. Mais y a pas à rigoler sur mes forces de frappe. Des fois aussi j'ai la comprenette qui coince à cause que mon appareil à malentendre y me perturbe l'eau du scion. Parce qu'après question de jujotte j'étais pas plus couillon que toi juste avant mes polipes frénétiques et mon incident basculère décérébral.

Sur le Midi Libre, y te parlait de entre cinquante mille et trois cent cinquante mille personnes. Ça fait déjà plus conséquent que les vingt-cinq de Ginette. Mais tu parles d'une fourchette. C'est pas une fourchette à cagarols ni même une fourche à fumier. Tout ce que je peux vous dire, c'est que le chiffre exact qu'on saura jamais finissait par mille comme Emile. Maintenant, comment qu'y font pour compter les gens, mistère. Surtout que plus on est loin et plus on est petit. Moi par exemple, personne n'est venu me demander pour me mettre dans l'estatistique. Et si ça se trouve y en a qui sont comptés deux fois (aujourd'hui Ariège, chef-lieu Foix justement).

Tante et six bains que tout ce monde concentré sur un plateau, j'ai eu peur à moment donné que le plateau s'effondre. Après tout il est pas prévu pour supporter autant de puplic. Je l'ai dit à des gens qui supervisaient la foule pour que toutes les choses aillent bien. Ils m'ont conduit sous une tente de santé à l'abri de la raje du soleil festival qui dardait ses rayons implacaples de lumosité torriple sur la fumeuse plaine assouplie dans la fournèze d'out et ils m'ont mis un gant sur la closque. Après ils m'ont donné à boire, ils ont passé outre et ils m'ont rafraichi le bérêt avec de la glace. Ça m'a donné à réfléchir. Ça rafraîchit de réfléchir. J'aurais du le faire avant. Après j'osais bouger.
On m'a parlé de l'abbé Névol. Je l'ai pas vu parce qu'il y avait un paquet de gens qui étaient là parce qu'ils voulaient bien aider. Tous très aimaples et braves. Rien à redire pour l'organisation. Je peux vous asségurer que sur les tant de mille mortalités de la catastrophe du pic du Canicule, y en avait pas un seul au Larzac ce jour-là.
Après, tout autour du camping, il y avait des musiques. Chez les vedettes filles, celle que je préfère c'est Annie Cordy. Et après Edith Piaf mais elle a un gros défaut pour de la variété, c'est qu'elle est morte. Ce qui fait qu'on entend toujours les mêmes chansons et qu'on la voit en vrai qu'à la télé. Mais c'est bien quand même. Et chez les jeunes ceux que je préfère c'est Enrico Noah. Et aussi Yannick Macias. Quand il chante qu'il préfère manger à la cantine. Mais y avait rien de tout ça. Que des groupes de rape de Roquefort. Et aussi Valstar Académie. Et Manouche à l'eau. Et Guy Deux bosses qui est pas un chanteur mais qui vient placer son couplet quand même.

Et Joseph de Beauvais qui a tant de choses intéressantes à dire qu'il y arrive plus. C'est un comble d'être portaparole et de plus avoir de voix. A ce que j'ai saisi, ses attaques avaient pris pour sigles l'OMC et aussi l'OGM. Peut-être aussi l'ONG et l'OM et le PSG, mais j'en suis pas bien sûr.
A coté de moi, un tipe me dit: "Voilà un homme qui n'a jamais dévié". J'y ai dit: "il doit s'enquiquiner pour faire la vaisselle". A moment donné y avait un monde de tous les diaples. Quel rambalh! On aurait dit Oustoque. Ginette m'a raconté parce qu'elle avait vu la cassette. Le fénomène, c'est que d'ont maï y a du monde et d'ont maï y fait chaud et d'ont maï on se serre. Et les fesses se serrent quand l'effet se resserre. C'est ça l'effet de serre. A coté un tipe disait: "les portaples ne passent pas". Je me suis pensé: "Aquel, mon pauvre vieux, il est pas bien dégourdi . Moi je fais mon quintal et je suis bien passé, moi !".

Mais Diou me damne y avait qu'une putaragne de moustic pour tant de mille pèlerins et ça a fallu été que ce soit sur moi qu'elle pique. Plus loin, y avait un jeune avec un linçol marqué: "Méfiez-vous de l'intox !" J'y ai dit: "Tu aurais pu le faire savoir plus tôt, que j'ai déjà attrapé une brave cagagne". D'autres avaient des ticheurs marqués: "D'autres mondes sont possibles". Je me suis pensé: "Ça raï, d'autres mondes sont toujours possiples, mais déjà qu'on est tant de monde ici, les autres je sais pas où on va les mettre !".

Après, j'ai découvert les mille et militantes et alors j'ai compris que c'était pas une garnison comme les autres. En fait, c'est un camp de rassemblement d'intermilitants. Je peux vous assurer que ça fait plaisir de voir un peu tous ces gens de tout âge et même des jeunes et aussi des vieux qui viennent dire qu'ils en ont leur coufle de certaines choses et leur sadoul d'autres. J'ai fini par comprendre qu'ils sont pour l'altermonde. On aurait dit un camp de résistants. Mais même pas camouflé. Au grand jour. Ça fait chaud au coeur de savoir qu'on est pas un peuple en lutte à soi tout seul. Sous les marabouts y avait des faux-ronds avec des gens qui parlementaient. J'ai un peu écouté un escientifique qui tenait à conserver la nonne Irma. "Ça nous regarde pas", j'ai crié. Alors ils m'ont ramené à la tente de la santé. Et j'ai toujours pas vu la Vénus de Millau.

Sur les estands y avait plein d'écritures et de banderoles: "Confédération Paysanne", "Attac", "Grinpisse", "CNT", "PCF", "Charcuterie Doumergue"...

Et en passéjant comme ça dans les estands, j'ai relevé des poésies qu'on devrait faire apprendre aux enfants des écoles. Je me suis dit que ça valait le coup de le faire savoir jusqu'au Saint-Ponais. Y avait par exemple:

"à force de tout voir,
on en vient à tout supporter,
à force de tout supporter,
on en vient à tout accepter."

Saint-Augustin

Ça serait signé Landolfi ou Tartampion ou Francescou, ça pèserait pas tant.
Ou encore :

"Mac Do ne se laissera pas hacher"
(parce qu'il y avait aussi des entremitants des fasfouts)

et aussi:

"Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite". Bertold Brecht

Une que je préfère c'est :
"nos vies valent mieux que leurs profits".

Et celle-là :
"l'économie libérale, c'est le renard libre dans le poulailler libre".
Me semble que c'est Jaurès, Jean de son petit nom.

Tiens et celle-là :
"Dans la vie il y a deux catégories d'individus.
Ceux qui regardent le monde tel qu'il est et qui se demandent pourquoi...
Et ceux qui imaginent le monde tel qu'il devrait être et qui se disent : pourquoi pas?"

George-Bernard Shaw

Et Platon :
"il faut choisir : se reposer ou être libre"

et Henri Michaux :
"JE CONTRE JE CONTRE JE CONTRE"

Alors ça m'a redonné du poil de l'ablette. Ça m'a rappelé les temps de la Résistance. A mon tour, après le café et l'addition je me suis fait une banderolette avec la serviette du diner. D'un coté j'ai écrit avec le beurre des radis :

"AVEC LA SITA, D'AUTRES IMMONDES SONT POSSIBLES."

Et de l'autre avec le restant des chipolatasses :

"SITA, T'ES TROP, LE PEUPLO RATAPO"

On voit bien que nousautres de la France d'en bas, tout au fond à gauche, on est bien trop lérants avec les proufiteurs. N'i a prou. Résistance. Du coup, j'ai décidé de rentrer à pied. Avec les rillettes et un fond de vin blanc.
"Monsieur le Président, je vous ferai une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps ..."
Qu'ils y viennent me chercher. Je crains pas leurs présailles. Ami entends-tu le vol noir ?
On les foutra hors du pays.
Et les politicards pourris aussi. Ça fera du vide.
El pueblo unido volem viure al païs. Hacia la victoria siempre farem tot petar.
No pasaran.

Ici, sur le plateau, quelques gens ont applaudi. Nous sommes tous des fils de lutte.

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