Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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La désespédition
de Francescou, le 15 octobre 2003

Dimanche avant la messe on s'est offert une sortide de toute la journée avec la Citrouin d'Emilien. "Je t'attendrai à la porte du garage..." et nous voilà partis sans se faire du méchant sanc pour une pescotéjade le long du canal. Et faire le diaple à quatre. Et à bomber la vieille. Les nadèles ont intérêt à se garer qu'on arrive. Tiens-toi Marie, qu'on va trotter. En plus, Emilien, Citrouin, ça rime. On aurait pu faire ça avec "l'Estafet" de Piroulet ou la Polo de Paulo, mais je connais pas de Paulo. Et si faut, ce Paulo aurait pas de Polo. Et le Piroulet que je connais roule avec une traste de Mobilette alors de toute manière ça aurait pas été parce qu'on n'aurait pas pu s'entasser dedans nous quatre avec tout le fourniment. Et du fourbi, y en avait aqui tu en veux aqui tu l'as. Une véritaple désespédition. Tante et si bien qu'il a fallu estaplir une chèque-liste pour rien ouplier.
C'est Lambrusque, qui est aussi fort comme escrivaïre que comme pescaïre qui s'y est collé. Douze ans il a été employé aux écritures avant d'être licencié pour faute économique.

Et ça a donné ça: donc un petit quasernet pour faire la chèque-liste, un deuzième estilo parce que le premier a patiné dès le début, la Citrouin de l'Emilien naturellemint, les clés du portail, les clés de l'auto avec le douple occasou, les papiers de la Citrouin, les papiers de l'Emilien le vaillant pescofi, les cartes de pêche avec la vignette pour pas se faire pesquer, la liste des numéros en douple en cas qu'on perdrait les papiers, les sous pour acheter de l'essence, la carte banclaire pour acheter des sous, un petit jélican d'essence de cinq litres des fois qu'on se trouverait pas une estation à essence, le jélican dans une caisse pour pas qui coule, un embuc avec un troç de tuyot pour remplir le réservoir à essence, un pélhot pour se nettoyer les doigts, du savon du chat de Marseille esprès pour se dépéguer, Ginette préfère des lingettes intimes alors elle a embarqué des lingettes intimes, Ginette lingette et le monde s'arrête, c'est bien pratique, comme c'est par paquet de vingt si le coeur t'en dit tu peux même en utiliser une par doigt, t'en as même assez pour chaque doigt de pied, tu peux en éparpiller partout pour marquer ton passage, ça fait petit poucet des lingettes, tu parles d'un intime, tout le monde est au courant que tu utilises des intimes, la carte de la route ( ça c'est pas pour s'essuyer, c'est pour pas se perdre en chemin, moi je continue ma liste ), les carabènes, même téléscopiques pliées elles rentraient pas dans la Citrouin alors il a fallu mettre l'impériale sur le toit de la voiture avec des vis espéciales qu'on en a perdu deux, une dès le début et un autre en roulant, avec la clé espéciale pour les serrer ( c'est la même clé qui sert à serrer et à desserrer, encore heureux ), des sandofs, le farinel, les lignes, les moulinets, les plombs, les leurres, la boite avec les asticots, les boites avec les appats, les appats, les appeaux, les zipos, les zapis, avec l'appat Dudule le poisson pullule, la guirgouste en osier pour mettre le poisson qu'on aura pêché, le double décimètre pour vérifier qu'ils sont à la maille, le niveau à bulle pour voir si flottent bien à l'horizontale (non, je rigole), du papier en rouleau pour nettoyer et préparer la poiscaille et puis pour nettoyer les doigts qui ont nettoyé le poisson (Ginette a plus de lingettes ) et du papier hygiénique pour se nettoyer l'hygiène, mais on peut aussi s'en servir juste pour aller caguer, un couteau esprès pour le poisson en plus de nos couteaux à nous, un pliant pour chacun pour attendre le poisson, les bottes, l'appareil pour s'enlever les bottes, l'épuisette et des petites fourquettes en bois pour poser la canne en attendant que ça pique, une esquilou, un grelot si vous aimez mieux à y attacher pour le cas où ça pique pendant que vous êtes à vêpres, un manche de pioche pour estourbir les poissons quand ils sont trop gros pour mourir tout seuls et aussi au cas où on serait attaqués par des esquinets au crane oxydé qui veulent nous détrousser pour nous faire dire où on a caché le magot, pauvres couillons que vous me faites dire, je leur dirai, avec ma retraite des tramouais pécaïre que je suis inoffensif coté argent je ferais de la peine même à un Antoine Séyère c'est te dire, attaque toi plutot aux nantifs je lui dirai, et ne reste pas au milieu du chemin avec tes tétous percés et tes percins tatoués que j'ai ma liste à finir, je continue, un chapeau en paille pour le soleil et un bob pour faire les beaux, un parasol Bartissol pour donner de l'ombre et la montre pour donner l'heure de rentrer et aussi le cric de la voiture si on s'enfangue, un accordéon en carton marqué Foutroscope pour mettre derrière le parebrise pour pas bruler le tapleau de bord en plastique, le transistor pour écouter le matche en direct et les réclames et deux jeux de cartes pour faire un rami avec la règle du jeu officielle pour pas qu'y ait de constatation et le tapis Dubonnet qu'on a gagné avec le cleup du troisième age et les jetons de couleur pour compter les points, une chaise longue pour Ginette qui aime pas de pêcher, ses mots croisés, le crayon, l'affute-crayon, la gomme. Et l'Escrable de Ginette. Moi je connais que deux mots à l'Escrable: "Diou me damne" et "Macarel" parce que je trouve jamais les bonnes réponses. Je me demande d'ailleurs si c'est un jeu avec des bonnes réponses.
A force, ça te tuste sur la comprenette un point c'est tout.
Je continue sans me laisser distraire: la boite à phare massif, les boules de pétanque avec un cochonnet fluo et récent et un autre double décimètre pour mesurer les points. Parce que je mélange pas avec celui qui sert à mesurer les poissons. Et un chiffon pour s'essuyer les boules. De pétanque, pardi. Ne faites pas celui qui a pas compris. (De toute façon, Ginette prête pas ses lingettes. ) Et un gril pour faire les trois plis de saucisse avec du papier journal, des allumettes, une pelle pour faire le feu, des cagettes et des sarments de vigne pour donner du gout et une bouteille de muscat pour l'apéro et deux autres de rosé pour les affaires sérieuses et de la carte à gène au moment du dessert on s'est aussi offert des millefeuilles et aussi des bougnettes dans du papier alu une boite de Mutular moitié merde et moitié lard et du fromage, des poires et du café dans le thermos et du sucre et des verres en plastique pour boire le café et aussi des verres en verre pour le vin pour pas mélanger et des fourchettes et des cuillères et des couteaux et les serviettes en papier qui représentent des fleurs naturelles et des assiettes en plastique qui représentent la couleur bleue c'est plus commode à jeter, pas la couleur, le plastique, et on a insisté pour prendre la table bleue en plastique qui se plie c'est tellement plus pratique avec les chaises pliantes bleues de toute manière c'était vendu ensemble, t'as qu'un cul et qu'un portefeuille mais t'as quatre chaises c'est à prendre à l'essai alors on l'a pris et aussi un tournevis (le orange) parce tout ça à tendance à se démarguer quand on s'y assit dessus et une toile cirée qui représente des fruits à moitié madurs et le pain et le couteau à pain et de l'eau pour boire et la glacière avec des glaçons et un jerrican d'autre eau pour se laver et des lunettes de soleil et aussi le journal du dimanche avec les programmes télé et la vie des vedettes et une bombe d'inserticide et les cachets de Ginette qui est toujours malade en voiture et ses costicolides pour l'estresse d'être malade et mes remèdes à moi spécial marrane-et-castapiane et l'appareil photo jetaple pour immortadéliser la scène de la désespédition avec des piles de rechange jetaples. Et aussi les cirés au cas où il viendrait à pleuvoir. Ceux-là sont pas jetaples ni même escampaples.

Tenté si bien que rien que pour nous quatre il a fallu atteler la petite remorque. Avec la plaque miralogique qui tient avec un ficelou et une roue de secours en cas que. J'espère qu'on a rien ouplié... Imagine-toi que si en plus on avait eu les pèques avec nous, c'est pas une remorque qu'il aurait fallu, c'est une semi avec des ridelles pour porter tout leur bazar.

Rien à redire sur la journée, on s'est régalés. Sauf qu'on aurait du embaucher une paire de déménageurs rien que pour sortir et rentrer tout ce barda. Et en plus on a rien attrapé, qu'un con de crapaud qui avait pris l'inquet pour une femelle et le leurre pour le sien et aussi un brave coup de soleil parce qu'on avait ouplié la crème.
- Lambrusque, ta chèque-liste est à peu près incomplète, je lui ai dit.
- Viens pas m'emmerder, il m'a répondu parce qu'il avait mal à la couscoure depuis l'Escrable et que c'est pas un gentleman. Et il m'a tu.

Le soir quand on a été rentrés on avait la closque qui bouillait et on a pris en route le premier reportage qui passait à la télé.
Et c'était un documentaire d'aventures qui racontait qu'en Nouvelle-Guinée les jeunes gens, dès qu'ils ont été initiés (à vivre en Nouvelle-Guinée je suppose), ils partent chasser en forêt tout seuls pendant deux mois. Une sorte de teste. Dans leur sac-filet, ils portent:
- un poinçon en os,
- un rouleau d'amadou allume-feu,
- une défense de sanglier pour se faire des pointes de flèche,
- quelques couteaux de bambou,
- une hachette,
- un bracelet et une guimbarde pour faire sa musique.
Point final. C'est leur chèque-liste et c'est tout. Deux mois dans la jungle. Tout seuls. I a quicom que truca. Et nous autres pauvres bartoles de civilisés, qu'on peut passer la journée sans une demi-tonne de quincaillerie...Et quand ça aura fini de servir, c'est imparaple, ça deviendra des ordures qu'il faudra bien escamper en quelque lieu de décharge.

Après ça, la télé escantite, j'ai eu comme un moment de médication. Tu peux pas t'empêcher de sousquer ferme quand tu en viens à te dire que ces gens-là, ces Nouveaux Guinéens comme on les appelle, ils vivent dans leur milieu avec tout leur nécessaire à vivre qui tient dans une saquette sur l'esquine, tandis que toi, l'individu moyen de l'Europe moderne, tu peux pas vivre sans dix quintals d'espleches rien que pour une demi-journée. Tézigue l'évolué du haut de la gamme: un moulou de trastes. Le nouveau Guinéen du monde d'en bas: zéro escoubilhe. C'est sûr que si on mesure l'avancée de la civilisation au tonnage d'ordures, on est champions du monde olimpiques. Je dis pas qu'il faut retourner vivre dans la forêt avec un tutu en peau de palmier et une serbacane pour se faire à diner. On le voudrait qu'on n'en serait plus capaples, mais je me dis qu'y aurait sans doute moyen de faire mieux avec moins. Dans tout ce qui nous entoure indispensaplement, combien de superflux? Et après, comment tu veux te battre sérieusement contre la polifraction des décharges géantes ? Pour vivre heureux, vivons légers. Légers... légers...

C'est décidé. Demain, je revends l'Escrable de Ginette.

Une heure du matin que je sousque encore. Et sousque que tu sousqueras que tout notre avoir et nos biens matériels, on l'emporte pas dans la vie éternelle. Regardez les mamies égyptiennes: dans leurs tombes on mettait de la nourriture, des habits, des jeux pour l'au-delà. Hébé quand on ouvre une de ces tombes quatre mille ans après, on s'aperçoit qu'elles ont touché à rien. Moralité, de quoi qu'on a besoin dans la vie éternelle? un pijama, une brosse à dents et c'est tout. Le grand manitou s'occupera du reste.

En parlant d'Egypte, dans ma cronicle du 19 mars, je vous narrais, je vous narraiguilais comment les zabalin ramassaient, collectaient, triaient à mains nues, reciclaient les ordures du Caire. C'est de l'histoire ancienne à présent. Voici que les autorités de la capitale viennent, sans crier gare, de confier ce marché juteux (tu l'as dit) de l'escoube cairote à... devinez qui... trois entreprises européennes. L'état égyptien empoche ainsi 140 millions de ros annuels grace à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères et reverse 40 millions de ros annuels dans la poche des sociétés. Avec ça, y aurait de quoi nettoyer chaque rue à la brosse et à la Javel. Es pas poulit le progrès de ce coté-ci du margue ?

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