Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

[ texte précédent ] [ retour au sommaire ] [ texte suivant ]

Lettre à Colette
par Odile Brolly, le 16 octobre 2003

Chère Colette,

Ça fait un petit moment que je me dis qu'il faudra bien que j'écrive noir sur blanc ce que j'ai sur le cœur, dans les tripes, dans la tête car en ce moment à St Pons, l'ambiance est plutôt lourde et moi avec. De temps en temps je me décharge auprès de mes copains avec des mots qui partent en fumée et qui ne laissent que très peu de traces.
Finalement j'ai décidé de t'écrire une lettre, c'est ce que je sais le mieux faire quand il s'agit d'écrire, c'est ce qui me semble le plus vivant.

Depuis le début du combat contre la méga décharge je vis des hauts et des bas, il y a les périodes de grande colère, ça c'est quand je vibre et puis il y a les périodes de lassitude où je voudrais tout laisser tomber, m'en aller, recommencer une autre vie avec des inconnus en face de moi qui n'auraient pas encore révélé leur côté ombre. J'ai pensé émigrer vers Bédarieux ou me rapprocher de Montpellier mais je sais que là bas le conseil général est le même et aujourd'hui je peux te dire que j'ai une dent contre lui. Tu vas comprendre pourquoi. Depuis l'an 2000 avec une petite équipe et sous l'impulsion du conseil général, on a monté une association : Pas à Pas qui, pour son activité "Bébé m'a dit" a le soutien financier de ce même conseil général. Nous accueillons un après- midi par semaine des parents accompagnés de leurs enfants. Au début il y avait deux enfants en moyenne par session, puis trois, puis quatre. Il arrive de plus en plus fréquemment que nous accueillions jusqu'à neuf enfants, je peux te dire que ça fait du mouvement. Nous sommes quand même bien contents que la mayonnaise ait pris car nous avions des impératifs à respecter vis à vis de nos payeurs. Mais comment se fait-il alors qu'au moment où le groupe arrive à une certaine maturité le conseil général nous demande de passer les rennes à l'association qui gère la maison de l'enfant prétextant (extrait de la lettre envoyée par le directeur de l'agence de Capestang, antenne du conseil général) : "La population autochtone ne se reconnaît pas dans votre association qui est identifiée comme une association de néo-ruraux".
Je t'assure, ils ont osé dire puis écrire ça. Je me demande qui sont ces autochtones, la population a-t-elle été sondée ? Par qui ?
Je trouve scandaleux qu'aujourd'hui encore une telle discrimination existe ; les néo-ruraux seraient-ils une sous-couche de la population, n'auraient-ils pas droit aux mêmes services que les autres ? Ou peut-être seraient-ils des gauchistes qui dérangent et qui ne représentent qu'une minorité ?
Jusqu'à présent je me sentais intégrée, acceptée comme néo-rurale et là, avec cette lettre, le doute s'installe, mes nouvelles racines en prennent un coup. Et des coups en ce moment dans la vallée tout le monde en prend. Le plus gros pour moi c'est celui de cette décharge que la Sita veut installer à Tanarès et c'est contre celui-là que je veux lutter mais en luttant je trouve triste tous les coups bas qui viennent entacher le principal. Parfois j'ai l'impression que ce qui nous arrive avec 'Bébé m'a dit' est un coup bas et sans vouloir être mauvaise langue je me demande si Mr Mesquida n'y est pas pour quelque chose car je peux te dire que ma confiance à son égard en a pris un sacré coup. Il a tant sous estimé une partie de ses électeurs, dont je fais partie d'ailleurs, que je me demande s'il n'a pas une fois de plus abusé de son pouvoir. Comment le directeur de Capestang aurait-il eu vent de ce qu'il avance ?
L'autre jour j'ai regardé à la télé un téléfilm sur l'époque de Tony Blair, un petit bijou (pas Tony Blair, le film bien sûr) et quand on voit tout ce dont est capable un politique, ça fait froid dans le dos.
D'ailleurs le jour où j'ai parlé en public en dénonçant le silence et le mensonge autour de la décharge je ne pense pas m'être trompée. Aujourd'hui je redirais la même chose avec un petit bémol quant à mon départ si la décharge s'installe. En effet mes enfants n'ont aucune envie de quitter leur maison mais peut-être le jour où l'on sera obligé de se calfeutrer comme le font les gens de Pennes-Mirabeau changeront-ils d'avis.
Que Mr Mesquida s'embourbe dans son mensonge ne m'étonne pas tant, ça fait partie de son job , la littérature ou le cinéma sont truffés d'histoires de personnes qui s'embourbent dans leur mensonge, ça se termine pas toujours très bien pour eux d'ailleurs.
Je disais donc que ce n'est pas tant à Mr Mesquida que j'en veux mais davantage à ceux qui l'entourent et qui donnent l'impression de n'avoir pas le droit d'ouvrir leur bouche. Il y a des gens de son conseil municipal qui n'osent plus montrer le bout de leur nez de peur d'être injuriés ou de recevoir des crachats. Je conviens que ça doit être très désagréable, mais j'imagine que ça fait aussi partie des risques de la fonction et qu'il y a eu certainement des moments bien plus gratifiants. Je trouve quand même que ces personnes manquent d'un certain courage et je ne comprends pas pourquoi elles ne vont pas à la rencontre de celles qui ont une connaissance du dossier (je suis sûre que personne ne leur crachera à la figure). Ou alors peut-être méconnaissent-elles aussi une frange de la population et là je suis très déçue.
Il y a bien sûr aussi tout l'aspect politique de la chose : St Pons, un des seuls bastions de gauche dans la région. Mais cette gauche ne m'intéresse pas. D'ailleurs ça me rappelle, je le répète, le film sur l'époque de Tony Blair. Que de promesses a-t-il faites mais au bout du compte n'a-t-il pas trahi son électorat ? Jusqu'à présent j'avais l'impression que de voter à gauche me correspondait davantage, il est vrai qu'aujourd'hui j'ai perdu toutes mes illusions sur ce que sont les hommes socialistes que ce soit au niveau local ou à un autre niveau, aujourd'hui c'est un problème qui risque de s'amplifier, mais qui sont les responsables ?
C'est en tout cas mon point de vue en ce moment au regard de ce qui se passe dans le monde et aussi à St Pons. Je me demande bien pour qui je voterai par la suite ! Mais j'aimerais tant que quelqu'un, qu'une voix s'élève pour me prouver le contraire.
L'autre jour à la télé, on dirait que je la regarde tout le temps, mais non, je choisis mes émissions, il y avait José Bové qui avait "100 mn pour convaincre". Brillant qu'il était, autant son regard que ses propos, avec une connaissance bien plus pointue de ses dossiers que les pàolitiques (j'ai pas fait exprès de faire cette faute mais j'ai pas envie non plus de la corriger) jaloux suppliants et même odieux, qui avaient charge de l'enfoncer.
Sa voix est forte, intelligente, réfléchie, efficace et humaine ; bien sûr toutes les voix n'ont pas la même portée mais même une petite a au moins le mérite d'exister. Y a-t-il au niveau de la mairie de St Pons un élu qui connaisse le dossier Tanarés ? Y a-t-il une voix qui puisse prouver son engagement contre la méga-décharge ? Je dis bien une voix, à ne pas confondre avec une plainte. Je suis certaine qu'une telle voix ferait un grand bien au combat mais c'est vrai, ça demande un minimum de courage.
En écrivant cette lettre, je me pose d'ailleurs des questions sur mon courage, oserai-je envoyer cette lettre ? Comment sera-t-elle reçue ? Y aura-t-il des répercussions ? Dans mon travail, dans ma vie associative ? Dans mon village ?
A St Pons tout le monde connaît tout le monde et il est parfois plus simple de passer par la bande pour obtenir un arrangement par-ci, un arrangement par-là. Tous ces arrangements finissent par devenir des pièges qui empêchent une liberté d'expression. Peut être que c'est le piège des petites villes tout simplement. Je sens parfois que je pourrais me laisser prendre à ce piège et peut-être cette lettre me permettra-t-elle de m'en éloigner.

A bon entendeur salut et courage pour la suite des évènements. Du courage on en aura besoin, mais, ouf, c'est contagieux !!

Odile

[ haut de page ]