Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Nique ta terre
signé Gerbas, 2 janvier 2004

Camarade en lutte, peut-être te sens-tu un peu isolé dans ton combat une fois les fêtes passées et le foie dégorgé.
Camarade en lutte, permets-moi d'abord de te souhaiter la bonne année. Rien de tel que les vieux rites païens pour se donner le moral. Et en plus, c'est le début de l'année, ça tombe bien.
Sache bien qu'il n'en est rien (je reparle de ta sensation d'isolement éventuel). Que le combat dans lequel tu es impliqué aujourd'hui sur ton petit carré de planète et qui te bouffe ton énergie et fais que tu négliges l'éducation de tes enfants et le greffage de tes merisiers, tu le partages avec des millions d'individus de par le monde.
Je sais pas si c'est fait pour te rassurer, mais ton combat local est devenu global parce que le système qui te pourrit la vie et te bouffes de l'énergie ...etc. est lui aussi devenu global, transnational, mondial. C'est-y pas mieux vu comme ça ?
Une fois n'est pas coutume, on va quitter le petit vallon de Tanarès pour essayer de prendre de la hauteur. Aller comprendre la mécanique. Et puis tacher de se reposer sans se casser la gueule.

On a pris l'habitude (qui a pris l'habitude ?) d'opposer prospérité économique et protection de l'environnement.
Comme si la sauvegarde des emplois passait forcément par la mise à sac du milieu. Comme si la compétitivité de l'entreprise passait forcément par le pillage de son environnement.
Comme si les intérêts des actionnaires étaient forcément opposés à ceux des protecteurs de la nature.
Comme si le gain, en un mot, était le produit inévitablement attendu d'une razzia générale sur les ressource naturelles.
Généralement, ce genre d'ânerie est proféré par quelqu'un qui a un intérêt direct dans l'affaire. Souvenez-vous de la leçon de Bourdieu: d'où parle celui qui tient ce discours ? Quel est le statut de celui qui répand cette affirmation? Regardez son collier, vous verrez bien à quelle niche il le ramène.
Tout se passe comme si on devait à chaque fois arbitrer entre le profit et la sauvegarde du milieu. A ma droite, le profit immédiat, les dividendes, la croissance. A ma gauche, la protection de l'environnement, les bonnes intentions, le bon sens. Inutile d'attendre trop longtemps l'issue du combat. Le système est tellement au point que, dans l'immense majorité des cas, c'est le profit qui gagne, au nom d'objectifs à très court terme: le fric, vainqueur par KO au premier round.
La plupart des entreprises, en se fondant sur un principe de rentabilité à court terme qui n'est admis que par elles, semblent s'être mises à peu près d'accord pour traiter la planète entière comme si elle n'était finalement, au pire qu'une entreprise en liquidation, au mieux qu'un stock de ressources inépuisables (voir le succès inoxydable du mot "croissance") et la mettre en coupe réglée. Et de fait, cette stratégie à courte vue permet des actions en hausse, des flux de trésoreries instantanés et l'illusion d'une économie prospère; ainsi, le pollueur s'enrichit en appauvrissant tous les autres. Montrez-moi la pollution, je vous dirai qui profite des subventions, qui triche dans l'économie de marché, qui use des influences politiques, qui a monté un système pour privatiser soigneusement les profits et obliger le public à supporter les coûts de la pollution.

Mais notre génération commence déjà à payer de façon solidaire le vrai prix de cette course folle: en termes de santé publique, de dégradations du milieu, de destructions irréversibles de notre environnement, d'épuisement des ressources, d'appauvrissement du patrimoine commun de l'humanité. Et nos enfants n'auront pas beaucoup à attendre avant de devoir s'acquitter des intérêts fabuleux de cette dette, sous forme de milieux détruits, de biodiversité appauvrie, de changement climatiques brutaux, de paupérisation galopante. Vu sous cet angle, les dégâts actuels occasionnés à notre environnement s'apparentent à une politique de déficit budgétaire non maîtrisée.

"... Mais je me demande ce qu'il adviendra de la terre - et, par voie de conséquence, de mon existence en son sein. Elle change de jour en jour et plus vite que je ne le voudrais. Ce changement, indéniablement visible, apparemment irrévocable, est l'un des signes les plus inquiétants de notre temps. Aujourd'hui, il y a un supermarché, une station-service, là où se trouvait hier un bois, une prairie. La mise en valeur des terres est aujourd'hui le concept dominant, un concept auquel nous sommes arrivés avec assez de sincérité. Il s'accorde parfaitement avec l'éthique d'ensemble de notre société. Nous sommes une espèce expansionniste et matérialiste: nous nous attachons à progresser, à exploiter les ressources naturelles, à générer le changement. Et nous avons apparemment du talent pour cela. Mais il m'arrive de penser que cette mise en valeur est trop souvent une façade qui recouvre la production de déchets. Le profit est au premier rang de nos priorités, la conservation, très loin derrière. En fait de mise en valeur, c'est une crise de notre rapport à la terre que nous avons créée, un état d'urgence." N. Scott Momaday ("l'homme fait de mots", Editions du Rocher)
N. Scott Momaday a grandi dans une réserve indienne, il est professeur de littérature à l'université d'Arizona, peintre, dramaturge et a reçu le prix Pulitzer en 1969.

" - De toute façon, si c'est pas moi qui le fait, un autre le fera à ma place." dit le manager.
Ce à quoi l'ex-patron de Renault, Georges Besse, répondait:
" - C'est avec ce genre d'argument qu'on finit par coucher avec sa fille."

Et pour toutes celles et tous ceux, et ils sont nombreux, qui pensent plus ou moins confusément que nous sommes tous issus, d'une façon ou d'une autre, du ventre de Gaïa, de la même Terre maternelle et nourricière, le cri effroyable de tous ces capitalistes prédateurs semble être le même:
"Nique ta terre"

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