Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Lettre du Cercle 43.38
reçue par mail le 25 janvier 2004

Chers amis

J'essaye de dire ici ce que j'aurais dû dire le soir où je vous ai présenté le film de la capitelle.
Je suis très touché par votre démarche à plusieurs titres : d'abord vous menez un combat dans un petit coin de terre qui est convoité par les monstres de la finance et votre action a une valeur universelle. Si on gagne ici, si à chaque point de la planète où des exactions similaires se produisent il y avait la résistance que les Saint-Ponais mettent en œuvre, l'humanité serait plus belle.

Est-ce la beauté de votre pays qui inspire les écrits que vous produisez, les chansons, la spontanéité de l'action, les propositions alternatives que vous avez ?
Aujourd'hui je nous sens bien démunis.
Confrontés aux manipulations de la démocratie, qui se vide de son sens et meurt peu à peu au profit de pouvoirs centraux, financiers, qui imposent leurs lois aux individus comme aux Etats.
Les politiques, qui ont trop d'intérêts dans ce système le relayent et l'appliquent au mépris de leurs propres idéaux. Le système est généreux... avec les collabos.

Par delà le site de Tanarès, les montagnes du Saint-Ponais, celles du Chiapas, ou les montagnes d'ordures en Inde, en Somalie, en Egypte et dans beaucoup d'autres pays pauvres, où des enfants, des femmes et des hommes se nourrissent des poubelles des pays riches, le profit de quelques-uns fait la misère de tous les autres.

L'argent n'a plus de frontières mais celles des hommes sont de plus en plus infranchissables, y compris à l'intérieur de nous mêmes.

Si on peut encore déterminer une cible localement, une entreprise ou quelques élus, il n'en va pas de même pour la résistance globale, il n'y a plus de cible : quand on en vise une, elle se dérobe et dévoile une multitude de profiteurs qui ont tous une panoplie de masques à leur disposition, bien étudiés, des leurres qui renvoient les uns sur les autres et se révèlent tous vides : les responsables sont toujours ailleurs : à l'OMC, au FMI, et dans les bureaux des multinationales qui changent de nom dès qu'on les découvre ou qui déménagent dès qu'on a trouvé leur domicile.
Pendant ce temps au plus haut niveau politique les sociétés de lobbying se multiplient et les gouvernements mettent en place des services de "communication" destinés à fournir des informations fausses afin de créer le conditionnement adéquat des populations et faire progresser le néo-libéralisme : doctrine mondiale à laquelle aucun pays ne peut échapper, fût-il "de gauche", tellement les Etats sont soumis au FMI qui impose le libéralisme partout, en échange de quoi, il ajourne la dette qui s'alourdit tous les jours. Dévaluation de l'argent aidant plusieurs pays la payent plusieurs fois sans qu'elle diminue. La corne d'abondance est un gouffre sans fond qui aspire la plus grosse part du PIB des pays pauvres.

Le cas de Lula au Brésil est révélateur de ce point de vue puisqu'il a été élu par les mouvements contestataires, les paysans sans terre, les alter mondialistes, qu'il porte l'espoir mondial à travers sa résistance aux américains au sein de l'OMC, la création du G28 avec l'Inde, la Chine et l'Afrique du Sud entre autres, et qui est en train de massacrer la forêt amazonienne pour planter du soja transgénique avec la bénédiction du FMI auquel il a été obligé de faire allégeance pour son élection. Il a un bon prétexte puisqu'il a promis de régler le problème de la malnutrition brésilienne "avec du soja transgénique ?". J'ai passé quatre mois au Brésil, j'y ai mangé beaucoup de riz et de haricots, mais pas de soja.

Ma conviction personnelle est qu'il faudrait agir au niveau mondial et séparer l'économie de la politique comme on a séparé la religion de l'Etat. Et qu'il faut établir un arsenal législatif et policier qui oblige les entreprises multinationales à respecter une éthique issue des droits de l'homme et de la sauvegarde de la Nature. Pour que les politiciens fassent de la politique par conviction et non par intérêt. (Utopie, Illusion ??)

Pour ma part : je suis arrivé ici car le point géodésique de Tanarès : 2°48' Est 43°29' Nord est un point du cercle 43.38.
Je suis artiste, du moins je le crois et j'espère être reconnu comme tel. J'ai entrepris de tracer une ligne à la surface de la planète : un trait de compas sur la mappemonde qui dessine un cercle de 43°38' de rayon angulaire et qui a pour centre le croisement de l'équateur et du méridien d'origine c'est-à-dire 0° de longitude et de latitude.
Tanarès et plusieurs quartiers de Marseille (1er, 2e 5e 11e arrondissements)sont situés exactement à la même distance du point 0° : 43°38' de rayon angulaire.
Je travaille sur les points de la ligne que j'ai imaginée, je récolte des images, je construis ce que je peux, je demande aux artistes que je rencontre d'imaginer la représentation d'un point précis, près de chez eux, avec leur concept, c'est-à-dire leur façon de matérialiser leurs idées en un objet qui peut être éphémère ou durable. Je garde les traces de l'action et je construis ma ligne avec ces traces.
Ici nous avons construit une capitelle.
J'en profite pour remercier tous les participants.

Dans mon travail, le positionnement

Géographique : Je travaille avec un GPS, système sous monopole américain qui couvre la planète d'un réseau d'ondes et nous donne notre position géodésique exacte. Suivant le lieu où l'on se trouve la mesure peut être plus ou moins précise. L'armée américaine, qui gère le signal, peut induire des marges d'erreur plus ou moins grandes sur des zones définies, voir limiter les émissions aux seules zones qui les intéressent ou les restreindre aux longueurs d'ondes qu'ils choisissent.
Système de pouvoir et de surveillance par excellence, nécessaire à tous les marins et toutes les armées, qui les met de fait sous contrôle américain. C'est néanmoins un outil très précieux qui me permet de trouver les points de ma ligne, donc les sujets de mon travail.

Artistique : Plasticien, mon ambition est de représenter le réel de l'être présent, contemporain, actuel. Être au monde, construire la relation d'être(s), des points du monde qui ont la particularité commune de se trouver à la même distance du point d'origine de toutes les distances : 0° de longitude et de latitude. Le point auquel l'infinité des autres fait référence, sans lequel aucun autre n'existerait.

Création d'une figure mentale composée d'une multitude de segments qui ensemble figurent le cercle 43.38.

Physique : Du global à l'intime, de l'intime au global, l'un créant l'autre, égal, par des systèmes de reflet, d'influence, d'imagination, d'intérêts, de conformité.

Mon échelle physique : l'échelle intime
Ce que ma vue embrasse
Ce que mes oreilles entendent
Ce que mes sentiments lient
La terre que je creuse
Les pierres que j'empile
Le ciment qui les lie.

Mon échelle mentale : l'échelle globale
Un individu, un monde, un Univers.
Association CERCLE 43.38
soutenue par la ville de Marseille,
le conseil général 13 et la région P.A.C.A.
site web : http:/www.4338.org
e-mail : cercle4338@wanadoo.fr
12 place de Strasbourg
13003 MARSEILLE

Politique : Nos capacités de résistance tendent à s'amoindrir : le pouvoir économique nous coupe les vivres et attend qu'on ait perdu nos forces pour nous soumettre. Le passage à l'acte est devenu presque impossible (et désuet) : le pouvoir est lointain et méprisant.
Il ne peut y avoir de contre pouvoir efficace que s'il est planétaire.

C'est à travers les autres que mon travail produit et donne son sens. En traversant des lieux et des humains, nous créons des segments plastiques, poétiques, politiques. À travers la capitelle et ses constructeurs nous faisons œuvre commune de résistance. Avec Francescou Bilhe, les chansons d'Olivier, tout l'humour, le sérieux et l'énergie de vos actions et de vos écrits.

2°48' Est 43°29' Nord
Un point, un acte, une action, point de rencontre entre le cercle 43.38 et la résistance des habitants du Saint-Ponais.

Un pas après l'autre on trace le chemin.

Merci pour votre courage et votre persévérance.

Pedro Lino - cercle 43.38

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