Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Persistance névrotique de l'andouillette
reçu de Gerbas le 28 mars 2004

"la politique, c'est comme les andouillettes. Ça doit sentir un peu la merde. Mais pas trop." (Edouard Herriot)

Pour remédier (j'allais écrire remerdier) à l'invasion des sacs en plastique, le maire de Zhengshou en Chine a eu l'idée de distribuer à ses administrés 50 000 paniers en osier. En Inde, où les sacs font aussi des ravages, le gouvernement de l'Uttar Pradesh, le plus vaste état du pays, est allé jusqu'à les interdire tout à fait.
(d'après le magazine Colors, novembre 2000)

18 milliards de sacs de caisse distribués chaque année.
75 000 tonnes de plastique.
Coût d'élimination: 100 millions d'euros.
(selon la Fédération France Nature Environnement)

Saisie d'une audace qui confine à la folie, la chaîne Carrefour vient de décider de réduire le volume de ses sacs de caisse, ces petites choses si polluantes qu'on retrouve par milliers dans les décharges et sur les grillages entourant les supers et les zipers et jusque dans l'estomac des cétacés. Qué décision courageuse! Dans quelle proportion dites-vous? 5%...
Amis dauphins, serrez les dents, y a encore du pain sur la planche...

Bonne nouvelle: Madame Bachelot Roselyne, actuelle ministre de l'Ecologie et de l'Enveloppement du Rable, a décidé de prendre le taureau par les cornes et de faire supprimer dans un proche avenir les 800 décharges sauvages de France. Un bémol de taille: cette décision audacieuse n'est pas due à une brutale prise de conscience, mais aux menaces de sanctions financières sous forme d'astreintes par la Communauté Européenne pour non-application par la France de directives qu'elle a pourtant signées...Mauvaise nouvelle: qu'en sera t-il des milliers de décharges sauvages, brutes et incontrôlées dûment répertoriées qui visiblement ne rentrent pas dans ce chiffrage?

Oyez, oyez, le numéro 2 de "la Luciole du Centre" (c'est pas moi qui l'ai inventé) vient de sortir! Ce semestriel d'éducation à l'environnement, édité par Graine-Centre, consacre son numéro aux déchets. On y trouvera, outre des statistiques sur l'ampleur du problème, de la documentation et des adresses pour recycler. Exemple, ton vieil ordinateur à bout de souffle, t'en fais quoi?
(Graine-Centre , domaine de Villemorant, Ecoparc, 41210- Neung sur Beuvron, 0/254/946/280 et aussi www.cyberfreaks.org et aussi www.actif-france.asso.fr)

Le camarade Michaël Moore, on ne le présente plus. Ou plutôt si: le génial trublion qui enquiquine l'Amérique là où ça fait mal, avec les licenciements abusifs (Roger et moi), les perversions du capitalisme (the Big One), la violence au quotidien (Bowling for Columbine). Dans son bouquin récent "Dégraissez-moi ça", le père Michaël raconte une histoire d'ordures si rigolote que je ne résiste pas au plaisir de vous la rapporter à mon tour.
Donc, ça se passe dans le comté d'Orange County, le comté le plus friqué et le plus réac de Californie. A la suite de vilaines magouilles boursières, le comté se retrouve endetté jusqu'au cou. Heureusement, les habitants d'Orange County ont eu une idée... géniale. Pour recueillir les fonds dont ils ont besoin, ils ont annoncé qu'ils mettaient leurs décharges publiques à la disposition de leurs voisins. Vous pouvez désormais acheminer vos ordures à Orange County et les y déverser -moyennant finances. On vous fera payer trente-cinq dollars la tonne. D'après le porte-parole du service de gestion des déchets du comté, ça devrait leur rapporter quinze millions de dollars par an durant les deux prochaines décennies. Ça suppose quand même qu'ils arrivent à attirer chez eux cinq mille tonnes de déchets par jour, ce qui représente un sacré tas de détritus, même pour la Californie, et je crains qu'ils n'arrivent pas à atteindre leur quota.
Alors, donnons-leur un coup de main! Envoyez-leur vos ordures! Vous verrez comme ça vous fera du bien (ah, noyer Orange County sous les ordures!) et en plus vous ferez acte de civisme en les aidant à éponger cette fameuse dette de un milliard sept cents millions de dollars.
Rassemblez toutes vos vieilles boites de corn-flakes, vos cartons de jus d'orange, vos emballages de pizza livrées la veille, vos chaussettes trouées (...) veillez à ce que le contenu de vos envois ne répande pas une odeur trop désagréable, ne fuit pas, n'explose pas et ne dégage pas de radiations. Il n'est pas interdit de poster des ordures, mais veillez à ce qu'elles soient correctement empaquetées et dûment affranchies. Le paquet doit porter la mention: "contient des ordures à vocation charitable" etc...
Tiens tiens, ça me donne des idées...
Pour en savoir plus, lisez le livre en entier (collection Faits et cause chez 10/18).

Nouvelles du front:

* "les grandes entreprises planétaires de traitement des déchets comme Veolia (ex-Vivendi environnement ), Suez, Onyx et Sita, en France, Cory et Wrg en Grande-Bretagne(...) imposent leurs services aux autorités locales(...) la tendance croissante de privatisation ou de sous-traitance avec le secteur privé de services publics tels que la gestion des déchets (...) les laissent libres d'édicter leurs propres règles. Cette politique a privé les programmes de recyclage et de compostage d'une part importante des fonds qui auraient dû leur être destinés. (...) Ils ont réussi à faire inclure dans leurs contrats des clauses garantissant que les déchets soient dirigés vers eux pendant des périodes de 20 ou 30 années. Politique qui leur permet de récupérer leurs investissements et de garantir leurs profits. Certaines autorités locales sont même menacées de pénalités si elles ne fournissent pas suffisamment de déchets. Les autorités locales sont donc clairement empêchées de pratiquer ne serait-ce qu'une part modeste de recyclage. C'est au contraire une politique de maximalisation des déchets qui est ainsi encouragée.
(...) le résultat de toutes ces évolutions est un oubli quasi total de la nécessité de réduire les déchets dans un trop grand nombre de pays. On autorise ainsi les décharges à maintenir des prix trop bas et les fabricants à continuer de concevoir des produits jetables; (...)
Finalement le coût de cette situation insensée se retrouve sur les factures des particuliers qui payent de plus en plus cher les collectivités locales pour le traitement de leurs déchets.
Selon cette évolution, on se dirige vers une situation absurde dans laquelle M. X qui achète à bas prix un produit Y, risque bientôt de payer plus cher son retraitement que son achat. Si l'on ajoute à cela le fait qu'au moment de son incinération le produit Y en question va relâcher dans l'air des émanations toxiques qui risquent de créer chez M. X des affections de santé, le coût final de son achat qui paraissait si attractif dans son emballage au milieu de la vitrine devient réellement exorbitant."
(extrait de STOP, De Bartillat et Retallack, ed. Seuil, p.131)

* Lu récemment: "le secteur privé n'est pas en mesure de reconnaître les dangers ou les dégradations à l'origine desquels il pourrait être car cela remet en cause son fondement qui est de faire du profit à court terme."

* "Rien n'est aussi terrible que de voir l'ignorance en action." Goethe

* le Centre National Indépendant sur les déchets (CNIID) lance un débat afin que la dispersion dans le milieu ambiant, en toute connaissance de cause, de molécules chimiques tueuses, comme les dioxines issues par exemple d'incinérateurs d'ordures ménagères, soit requalifiée juridiquement et pénalement de "meurtre chimique". Rappelons que les émissions de ces fameuses dioxines, responsables de nombreux cancers, sont 10 à 20 fois plus importantes en France qu'en Allemagne ou en Suède.
A lire aussi à ce sujet Nature et Progrès (mars-avril 2004)

* "A bas le développement durable, place à la décroissance soutenable!" Inspiré des travaux de Nicholas Georgescu-Roegen (1906-1994 ), économiste roumain et théoricien de la bioéconomie, ce nouveau concept qui monte (c'est un comble!) est né d'un constat élémentaire: il est impossible de prôner une expansion illimitée dans un monde qui a des ressources naturelles limitées. Pour survivre ou durer, pas question donc de modérer la croissance comme le propose le développement durable: il faut organiser la décroissance au sein des pays riches. Utopique dans une société qui carbure à l'idéologie de la consommation? "c'est une nécessité absolue, rétorque Vincent Cheynet, membre de l'association Casseurs de pub et co-organisateur du premier colloque sur la décroissance soutenable ( www.decroissance.org). Il reste, au rythme de consommation actuel, 41 années de réserves prouvées de pétrole, 70 de gaz et 55 d'uranium. Or, d'ici à vingt ans, il est prévu un doublement du parc automobile mondial ainsi qu'un doublement de la consommation énergétique sur la planète, avec toutes les conséquences que cela a déjà sur l'environnement et le climat."
(article paru dans Télérama, 8 octobre 2003)

Chiche qu'on fait comme si on n'avait rien lu, rien su, rien entendu? Et on continue gaiement, jour après jour, à alimenter avec nos emballages périmés la montagne d'ordures qui se profile à l'horizon et qui nous cachera bientôt le soleil.

Vous reprendrez bien un peu d'andouillette?

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