Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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...LOGIE et ...NOMIE sont sur le même radeau
reçu de Gerbas le 7 mai 2004

Dans les années 70, quand j'ai commencé à militer pour l'environnement (on disait alors la protection de la nature), ces idées-là n'avaient pas encore fait leur chemin et les gens ne nous prenaient guère au sérieux. Depuis ces temps préhistoriques, les choses ont changé et les catastrophes survenues depuis lors : Seveso, Bhopal, Minamata, Tchernobyl, AZF,.. etc., les dossiers empoisonnés de la vache folle, du sang contaminé, l'amiante, les OGM, la pollution domestique, les pesticides, le réchauffement climatique, la prolifération des cancers ont fait hélas beaucoup plus pour la prise de conscience du public que tous nos discours et nos actions.
Il y a une trentaine d'années, quand on disait "nécessité de protéger notre milieu" , on nous rétorquait "priorité à l'emploi", "productivité", "compétitivité", "pouvoir d'achat". A l'époque, j'essayais d'expliquer que "économie" et "écologie" peuvent faire bon ménage, qu'une entreprise respectueuse de l'environnement n'allait pas forcément perdre de l'argent, qu'on pouvait concilier rentabilité et protection des milieux,.. etc. J'y croyais sincèrement et je continue à penser que ce n'était pas faux. Du moins dans le contexte de l'époque.
Il y avait suffisamment d'exemples un peu partout autour de nous. Hors de France, je veux dire, car notre pays n'a jamais été en pointe dans la défense de ses propres milieux de vie et de la santé de ses habitants.
Mais je suis forcé de reconnaître que mon argument de l'époque ne tient plus. Il était valable au temps où l'entreprise avait vocation de produire. Des biens, des produits, des services.
Les profits étaient réaffectés en priorité à l'amélioration de la productivité, à de nouvelles embauches, à la modernisation de l'outil de travail, à la recherche de nouveaux débouchés et à la voiture de sport du patron.
Mais le visage du capitalisme mondial s'est transformé depuis.
Désormais, comme le fait remarquer William Greider dans "One World Ready or Not", les grands patrons de sociétés sont pris eux-mêmes au piège du marché qui les oblige, s'ils veulent récolter des fonds suffisants pour faire tourner leurs entreprises, à assurer aux investisseurs des profits au moins aussi importants que ceux engendrés par la pure spéculation boursière. Or, mis à part de rares cas de sociétés distribuant un produit "incontournable" ou intervenant dans une niche bien précise du marché, toutes les autres entreprises n'ont plus guère d'autre choix que d'employer leur force de frappe économique et leur puissance politique à vendre moins cher que de la concurrence.
Comment? En pratiquant des plans de licenciement, en se fixant dans les zones de main d'oeuvre à bon marché et, c'est le coeur de la démonstration, en faisant supporter la plus grande part possible de ses coûts de revient (externalisation) à la collectivité.
Exemple: un groupe industriel naguère spécialisé dans les transports automobiles, devenu depuis leader dans le segment de la collecte des déchets, stocke avec profit ces derniers à ciel ouvert sans aucun traitement préalable. De ce fait, il transfère aux collectivités locales les coûts qui en résulteront inévitablement dans quelques années (pollutions des eaux, des sols, de l'air, nuisances diverses, atteintes à la santé des citoyens, soins et traitements, journées de travail perdues, décontamination et remise en état des sites,...)
D'autre part, comme le souligne David Korten, auteur de "Quand les multinationales mènent le monde", le mode de rémunération actuel d'un président de société va dans le même sens: selon une récente enquête de "Business Survey" , le patron d'une grande entreprise perçoit désormais une rémunération dont l'enveloppe s'élève en moyenne à 13 millions de dollars annuels, pour l'essentiel sous forme de "stock options". Or, la valeur de ces titres dépend du cours de l'action, on comprend dès lors que le président a intérêt à faire porter ses efforts sur la maximisation des dividendes servis à ses actionnaires.
Si l'on réunit tous ces facteurs, on comprend aisément qu'une entreprise "à responsabilité limitée" cotée en bourse est une machine entièrement conçue pour encourager et faciliter les abus de pouvoir au bénéfice exclusif d'une élite privilégiée.
"Par sa structure juridique, c'est une forme institutionnelle programmée pour se comporter comme un sociopathe irrespectueux des sensibilités éthiques des employés qui la servent - président y compris!"
Imaginons en effet le président d'une société que ses convictions religieuses, ses réticences morales, sa dimension citoyenne ou éthique rendraient incapable de maximiser ses profits en se livrant à des pratiques prédatrices.
Hé bien, il serait presque assuré de se voir éliminé par le système.(Même si par ailleurs sa gestion est irréprochable, sa dimension humaine avérée et ses compétences reconnues.)
Eliminé comment? une entreprise concurrente s'en chargera certainement à travers une opération de rachat hostile, un "raid". En vertu du vieil adage selon lequel "si c'est pas moi qui le fait, ce sera fait de toute façon par quelqu'un d'autre". (Le patron Georges Besse commentait ainsi cet aphorisme: "c'est avec ce genre de propos qu'on finit par coucher avec sa fille...")
Exemple: Pendant des années, la Pacific Lumber Company a fait office de pionnière en s'engageant, sur ses plantations de vieux séquoias de Californie, dans le développement de pratiques d'abattage viables et une gestion durable de ses arbres. Elle a aussi servi des primes généreuses à ses employés, a autofinancé son propre fonds de pension, maintenu une politique excluant tout licenciement, même quand le cours du bois chutait. Bref, une entreprise citoyenne modèle. Elle est donc logiquement devenue une cible de choix car le système financier qui n'aime rien tant que le profit à court terme a surtout estimé qu'il fallait mettre un terme à cette expérience hors normes.
Aussi le raider Charles Gurwitz en a pris le contrôle au terme d'une opération de rachat hostile. Immédiatement, il a doublé le taux d'abattage des exploitations de la compagnie peuplées d'arbres millénaires, creusant en plein milieu de la forêt un corridor de 2,5 km de large qu'il a cyniquement baptisé "piste d'études de la faune et de la flore." Et ponctionné au passage 55 millions de dollars sur les 93 du fonds de pension de la société.
Il est tentant de diaboliser ces patrons qui a bien des égard utilisent le système actuel pour leur enrichissement personnel. On a trois mille fois raison de dénoncer ces salaires annuels insensés, jusqu'à trois mille fois supérieurs à celui de l'ouvrier au bas de l'échelle dans la même usine. Pourtant, même si on n'a aucune raison de plaindre ces patrons-là, les yeux rivés sur les cours du Dow Jones au bord de la piscine en attendant le prochain accident vasculaire cérébral, à bien des égards eux aussi se retrouvent dépassés par un système proliférant devenu fou, qui n'obéit plus qu'à sa propre croissance interne et est devenu incapable de répondre aux aspirations réelles, et aux besoins légitimes, aux intérêts des citoyens et consommateurs qu'il est censé servir.
C'est ainsi que les entreprises du néo-libéralisme mondial sont devenues des structures programmées pour détruire. Et que se pose désormais clairement en termes de survie le choix entre elles et nous.
Pour David Korten, "Il faut plutôt chercher à transformer le maître démoniaque en fidèle serviteur en changeant les règles auxquelles il obéit: limiter sa taille, le dépouiller de ses droits et privilèges spéciaux, transférer ses biens aux employés, à la collectivité, aux clients et aux fournisseurs. En outre il faut faire en sorte que ce soit l'entreprise qui supporte pleinement les coûts de production, processus que les économistes appellent l'internalisation totale des coûts."

Bon, comme on n'en prend pas vraiment le chemin et que c'est pas demain la veille, raison de plus pour la démocratie de la rue - n'en déplaise à certains -, retrouve tout son sens et qu'ici même, vite, les contre-pouvoirs citoyens répondent aux prétentions Sita-hyènes...

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