Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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à M. le commissaire enquêteur sur le projet de décharge,
Jean-Louis GALIGNÉ professeur retraité de l'Université des Sciences de Montpellier
Localement "Gartoule" Rte de Lizarne, Riols

Montpellier le 16 décembre 2002

Objet:- Enquête projet de décharge

Monsieur le commissaire,

J'ai appris ce dimanche 15 décembre 2002 l'existence du projet et l'ouverture de l'enquête d'utilité publique pour une durée extrêmement brève. Ne pouvant me trouver sur place pendant ce délai, je vous adresse mes objections.
Je suis né dans une vallée entre Riols et St-Pons, ma famille y vivait depuis 1860. J'étais professeur à l'Université des Sciences de Montpellier. Je connais donc bien la région et les sujets que je vais aborder.

Tout d'abord sur un plan général je ne demande pas le transfert ailleurs du projet tel qu'il est présenté : Où qu'il soit situé, ce projet est anormal et dangereux.

1- Le gigantisme du projet :

A une époque où la société croule sous le poids de ses déchets il faut que chacun, que chaque collectivité, soit conscient des nuisances qu'il génère. Ce n'est pas en envoyant les déchets du plus grand nombre dans un coin de montagne caché que l'on résoudra ce problème. Sans revenir au tas d'ordures au coin de la rue ou près de chaque village, il faudrait plusieurs sites répartis dans le département, quitte à regrouper plus tard les déchets triés et traités.
Il est aberrant de vouloir regrouper tous les déchets de la moitié d'un département, il est aussi aberrant de vouloir regrouper dans un même site tous les types de déchets : Ordures ménagères, déchets industriels, boues, résidus d'usine d'incinération. Un problème grave sur l'un des dépôts bloquera l'ensemble.

2- La nature des dépôts :

a- Les déchets industriels :
Admettre des déchets industriels ouvre la porte à tous les abus. Souvenons-nous des dépôts de déchets toxiques allemands dans des décharges françaises il y a quelques années. Une société privée risque d'accepter des déchets de toute nature et de toute origine.
Les déchets des abattoirs dont on nous a exposé les dangers il y a peu, les résidus des tanneries, des usines textiles, des usines de pâte à papier, les déchets d'hôpitaux, les produits plus ou moins radioactifs risquent d'aboutir dans cette décharge. La liste n'est pas exhaustive hélas !

b- Les déchets inertes :
Ils occuperont une épaisseur de 20 m sur 1 ha dans 20 ans !
Si ces déchets sont vraiment inertes et inoffensifs, pourquoi ne pas les répartir près des sites de productions. Les mâchefers peuvent être utilisés dans les couches stabilisatrices de voirie. L'entreprise Carayon est bien placée pour les réemployer. Mais ne contiennent-ils pas des restes de dioxine ?

c- Les boues de stations d'épuration :
Quand on sait qu'un élevage de porcs dégage des odeurs nauséabondes à des kilomètres, a-t-on imaginé ce qu'il en sera avec 2250 T/ an de boues ? Par ailleurs déposer ces boues en haut d'une montagne est irresponsable : en cas de pluies excessives et de débordement toute la vallée sera atteinte.

d- Les ordures ménagères
Il faut bien les éliminer mais chacun doit être conscient du problème : les producteurs, la distribution, les collectivités, les individus. Ces ordures devraient être traitées à part par petites unités.

e- Les rejets :
On nous parle de biogaz : Quelle imagination pour décrire un gaz dont on ne connaît pas la composition. Certes on peut l'analyser mais que contiendra-t-il au fil des ans ? Il y a 20 ans on ne parlait pas de dioxine.
Ce gaz contient du méthane que l'on brûle, mais que va-t-on brûler en même temps ? On préfère ne pas préciser car on l'ignore jusqu'au jour où l'on fait semblant de découvrir un composé tel la dioxine.
En cas de combustion interne, les PVC inévitablement présents, dégageront du chlore, qui dans l'atmosphère se transformera en acide chlorhydrique. Les polyuréthannes produiront de l'acide cyanhydrique qui lui est mortel. Ces combustions internes sont beaucoup plus faciles à maîtriser sur de petits dépôts que sur le dépôt géant prévu.

3- Les chutes de pluie, le lessivage :

On nous parle d'une chute maximum prévisible de 152mm. De qui se moque-t-on ? Sans remonter au déluge, je me souviens d'une crue exceptionnelle le 8 septembre 1944 d'une intensité jamais revue depuis.
Plus anciennement 2 crues sont restées dans les mémoires :
- Septembre 1875, celle qui a fait de nombreux morts à St-Chinian, et à laquelle on rattache tous les faits qui se sont transmis.
- 20 octobre 1861, qui a emporté la totalité du mas de La Fourbédié (La Fourberie Haute), dans laquelle vivait mon arrière-grand-père, le cimetière de St-Pons et quelques maisons au foirail de Riols. télécharger les copies du journal de l'époque
De telles chutes feraient déborder tous les bassins de rétention, ce qui polluerait le ruisseau de Condades, le Jaur, et au-delà l'Orb.
Plus récemment, la N112 a été coupée pendant très longtemps à la suite d'un glissement de terrain à Boudoux.

4- La géologie :

La région est une des plus tourmentées géologiquement du département. Les couches sont disposées dans tous les sens avec fractures, retournements, qui font qu'en quelques mètres on passe du calcaire aux schistes. L'imperméabilité du support me paraît difficile à assurer et surtout à garantir.

5- L'origine de propriété

L'entreprise Carayon, qui extrait des matériaux calcaires, a obtenu il y a quelques années, une extension du périmètre d'exploitation : on pouvait supposer que c'était pour extraire du calcaire. Donc:
- Ou bien le terrain est réellement calcaire donc perméable et impropre au stockage de tous ces produits,
- Ou bien il ne l'est pas et l'on peut se demander pourquoi il a été inclus dans le dit périmètre. Le projet était-il déjà en préparation ?
Sur ce point je demande l'avis de spécialistes.

En conclusion :
1. Pour que tous les spécialistes puissent se prononcer, je demande la prolongation du délai d'enquête.
2. J'ai un avis défavorable sur le projet tel qu'il est présenté et je souhaite :
     - la division de ce dépôt unique en plusieurs unités réparties dans le département, en en gardant éventuellement une ici.
     - l'absence de déchets industriels et de boues sur ce site.
     - la réévaluation des risques liés aux chutes de pluie exceptionnelles.

En espérant que mes remarques feront prendre conscience du danger que représente ce projet pour l'ensemble de la société, je vous prie d'accepter, Monsieur, l'expression de mes salutations.

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