Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?

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Lettre à M. Le Commissaire-Enquêteur
Frédéric AZEMA, pharmacien - La Caillasse - 34220 RIOLS

Cher Monsieur,

Suite à la lecture du document d'enquête publique déposé en mairie, je tiens à vous faire part de certaines remarques concernant le dossier de la société SITA-SUD . Outre le fait qu'aucun expert indépendant (par rapport à leur désignation par la société elle-même et non pas par un collectif d'usagers locaux ou des collectivités locales) n'aie été mandaté, plusieurs points posent problèmes dans ces dossiers, points que je citerai et ne développerai pas s'ils l'ont été par des auteurs de ce même registre.

A- Dans le cadre d'une mise en œuvre d'un écran étanche ne permettant pas la pénétration des jus de percolation ou lixiviats dans les couches sous-jacentes du sol :

1- La méthode met en œuvre des techniques moins chères que des écrans de produits bitumeux ou dalles en béton. Mais ces films plastiques thermosoudés et géotextiles n'ont en aucun cas fait leurs preuves. Ils sont de plus très fragiles à la perforation lors des dépôts de déchets contondants ou/et au passage d'engins lourds. Ils sont, comme toute matière plastique, non résistants à des éventuels incendies sous-terrains.
Cette résistance est d'une importance capitale car nous n'aurons, une fois les déchets stockés et compactés, plus aucun moyen de connaître l'état de ce plancher. Toute fuite ne pourra plus être colmatée et nous assisterons en spectateurs à une catastrophe naturelle majeure vu les compositions des lixiviats qui s'échapperont par le fond du réceptacle.
De plus, aucun moyen de contrôle des fuites n'est prévu (drains ou chemin de visite ) ce qui fait qu'une telle catastrophe ne sera détectée que lorsque les premiers effets destructeurs se manifesteront (sur la faune, la flore, le milieu naturel, ou pire, les populations !!!)

2- Dans le domaine géologique, il est évident que la présence d'une faille décrite par le géologue B.GEZE , qui fait référence dans l'étude du sous sol local, est un point totalement ignoré par les experts. Pourtant comment se pourrait-il que le fond du site qui va recevoir les ordures puisse être d'une stabilité à toute épreuve alors même que le propre même d'une faille de ce type est sa laxité.

A ce titre, le fait qu'un séisme de magnitude non négligeable, puisque ressenti par tous jusqu'à St Pons, se soit produit il y a peu (12 ans c'est bien peu au niveau géologique) avec un épicentre au hameau de Roulio à 3 km au S-E à vol d'oiseau est un élément d'une importance colossale. Le paysage géologique peut être totalement modifié lors de ces phénomènes : une béante ouverture de cette faille n'est pas à exclure, hors aucune norme antisismique ne s'applique aux matériaux employés.

Et que dire des activités de la Société CARAYON qui pratique l'extraction avec des tirs de mines journaliers. L'établissement du site d'enfouissement ne serait possible que dans la mesure d'une fermeture simultanée de la carrière jouxtant.
Il est évident que tous les facteurs pouvant créer une instabilité de cette faille s'opposent à l'établissement d'un fond de réceptacle stable et donc à une garantie à 100 % de son intégrité physique sur une cinquantaine d'années.

B- Dans le cadre des prévisions pluviométriques sur le site il est évident que la seule prise en compte pour un site cinquantenaire, d'une crue décennale est risible alors que tous les experts météorologues nous parlent tous les jours pour nos régions du sud d'épisodes cévenols d'ampleur toujours mésestimée et ce malgré les catastrophes qui germent tous les ans.
Même l'étude d'une crue centenaire ne nous protégera pas d'un épisode cévenol localisé et des débordements des jus dans le milieu naturel à tous coups.
Notons que tous ces débordements se situent tout autour de notre site (Puisserguier dans le St Chinianais, Mailhac dans le minervois, Labastide-Rouairoux en limite du Tarn)

C- Dans le cadre des émanations qui découleront de la fermentation et de la putréfaction des matières organiques avant et après recouvrement par un chapeau qui en feront un site de type cocotte minute :

Il est d'abord totalement utopique de croire qu'aucune odeur ne s'échappera :
C'est le devenir des matières de se décomposer et depuis la poubelle du particulier (2 à 3 jours de stockage), en passant par le séjour dans les conteneurs (1 à 2 jours avant ramassage), par le délai de compactage et l'acheminement, même si dans notre cas, on nous garantit un enfouissement dans la minute (risible encore), il pourrait se passer une semaine pendant laquelle toutes nos ordures auront le temps de se décomposer et de sentir.

Je ne préfère pas vous parler de la température d'été à Riols mais aussi surtout dans la plaine. Il régnera donc une odeur pestilentielle comme dans toutes les décharges d'ailleurs, faute n'en revient pas à l'exploitant mais à notre mère nature. Dans notre cas, il est évident que le site est bien trop rapproché de la ville de St Pons même si on peut penser que ce qui sent n'est forcement pas le plus toxique...

Parlons maintenant des gaz produits par la fermentation sur le site même et qui eux sont non seulement toxiques, pas forcement odorants mais toujours très explosifs !!!
Dans le cas de déchets extrêmement bien compactés, comme nous le promet la société SITA, ils sont la cause des incendies les plus vicieux de par la production d'émanations dangereuses pour ceux qui les respirent.

Une fois enfermés dans sa gangue de béton et forés par diverses torchères, un simple retour de flamme vers l'intérieur du stockage pourra produire un incendie interne. Dans ce cas, des dérivés extrêmement dangereux seront produits : acide cyanhydrique mortel par combustion des polyuréthannes, chlore se transformant en acide chlorhydrique au contact de l'air et provenant des plastiques.

Comment pourrons nous alors éteindre un tel incendie : en externe pas de problèmes au prix que quelques vies humaines, en interne, comme pour les fuites de lixiviats, aucune solution ne nous est proposée par l'exploitant, il faudra attendre que la pression dans la cocotte minute retombe, à moins qu'elle n'ait explosé auparavant. La proximité de St Pons, là encore, pose problème au vu du nombre d'habitants qui seront exposés au flux toxique.

Il nous faut en venir à la combustion par torchères qui est prévue. Elle ne pourra s'effectuer qu'à une température de 900° ; cette température garantie par la présence suffisante de méthane ne pourra pas toujours être maintenue de part sa production irrégulière ; on aboutira alors à une combustion incomplète ce qui entraînera l'émission de rejets toxiques.
Dans le meilleurs des cas, la combustion sera totale et le rejet contiendra inévitablement du dioxyde de soufre : la dualité très fréquente chez nous des vents marins et du Nord couplés à des précipitations produira des pluies acides avec les conséquences que l'on sait sur le biotope...et que l'on ne devine peut être pas sur la population.

D- Il va bien entendu être entrepris sur le site une dératisation et une désinsectisation

La présence de rats autour de ces sites pose un problème majeur de part leur mobilité, en effet ces animaux sont le vecteur fréquent d'épizooties majeures et nombreuses. Outre le fait qu'ils peuvent propager de part leur surabondance des maladies, leur destruction par le biais de poisons et leur ingestion par les animaux notamment dans notre cas, les sangliers (en sur concentration et vecteurs de la peste porcine) et les chiens de chasse s'avérera dans notre région être un problème majeur.
Qu'adviendra-t-il de la chaîne alimentaire rat-sanglier-homme dans le cas d'un rat malade ou d'un rat empoisonné : peu de personnes peuvent le prévoir dans le cas de surpopulations couplées de rongeurs et de suidés.
Dans le cadre de mes recherches bibliographiques, je n'ai pas trouvé de cas similaires, mais le principe de précautions, aujourd'hui à la mode, indiquerait de s'abstenir de faire cohabiter aussi étroitement les 2 espèces.

Sur la désinsectisation, je serai plus affirmatif : se faisant au moyen de produits chimiques (la plupart du temps au moyen de perméthrines et dérivés ) il est sûr qu'une dissémination par les vents dominants s'effectuera.
Du vent du N-O, seules seront touchées les espèces sensibles c'est à dire la totalité des insectes touchés par le nuage !!!! Mais vue la dangerosité du projet de la SITA ce n'est pas grand chose. Pour nous tous amoureux de la nature, c'est déjà beaucoup trop, et s'il n'en tenait qu'à nous l'étude de faisabilité s'arrêterait là...
Du vent dit du marin, alors nous en revenons à la même problématique de toute façon récurrente et sans solution : la proximité de St Pons et de sa population. Cet état de fait revient donc pour la troisième fois dans cet exposé ; la ville est dans l'axe d'un des 2 vents qui se partage à peu prés équitablement tout au long de l'année. De surcroît, la vallée du Jaur se referme et crée un cul de sac tout à fait caractéristique ce qui implique une stase des brouillards lors d'une éventuelle émanation toxique.

E- Que dire sur l'augmentation du trafic routier :

Il va s'en dire que se seront entre 80 et 100 trajets quotidiens supplémentaires sur la n 112 et la majeure partie vers le défilé du Poussarou. Cette portion de route outre le fait d'éboulements quasi-annuels, sature déjà (et je ne parle pas de la saison estivale). Nos élus, de tous bords confondus, n'ont toujours pas trouvé de solution pour résoudre le problème de la liaison St Pons-St Chinian : augmenter le trafic de prés de 10 % sur cette portion est irresponsable de leurs parts.
La sécurité déjà précaire des automobilistes (plusieurs morts tous les ans) et surtout des riverains (que se passera-t-il si un camion transportant des lixiviats se renverse sur la chaussée ?) ne sera plus assurée.
Mais sur ce sujet, point d'étude : ce n'est évidemment pas le problème de SITA-SUD. A moins que le silence ne cache le fait que les fameux lixiviats soit traités du coté Tarn ...
Dans ce cas, je vous laisse imaginer le pire avec la traversée de St Pons...

Je conclurai en vous faisant part de ce qui m'a le plus choqué à la lecture de la pseudo étude de la société SITA-SUD . C'est cette façon de faire croire au lecteur que tout est prévu et maîtrisé alors que seules des solutions succinctes ont été proposées en réponse aux divers problèmes. Quand ces problèmes-là ne sont tout simplement pas éludés, car je ne puis pas croire qu'ils n'ont pas été posés.
Aucun sur-accidents ne trouve par cette étude de solutions ; tout est tellement idyllique qu'on a peine à croire que l'accident lui-même soit possible.
Pourtant la suffisance est souvent preuve d'inintelligence ...

Je vous saurai gré que, pour que des spécialistes totalement indépendants puissent se prononcer, et nous éclairer, nous, habitants des Hauts Cantons, vous puissiez demander une prolongation du délai d'enquête.

Serein et déterminé, je m'en remets à votre bon sens et votre expérience.

Veuillez agréer, M. le Commisaire-Enquêteur, l'expression de mes sentiments les meilleurs .

Frédéric AZEMA

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