Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
ico télécharger ce texte

[ texte précédent ] [ retour au sommaire ] [ texte suivant ]

Lettre à Monsieur le Directeur de la DIREN Midi-Pyrénées
Olivier Fuchs, Fontclare, 34220 Saint-Pons

Riols, le 19 janvier 2003
Objet : Interrogations relatives à l'implantation possible d'une décharge au lieu- dit Tanares (commune de Riols)

Monsieur le Directeur,

Ayant au mois de décembre consulté le dossier d'enquête publique concernant un centre d'enfouissement de déchets qualifiés d'ultimes, et ayant remarqué de graves aberrations, contrevérités ou erreurs dans ce dossier présenté par la société SITA- SUD, je m'inquiète de l'avenir du sous-sol, et de la qualité des eaux souterraines susceptibles de résurger plusieurs dizaines de kilomètres en aval.

En tant que spéléologue, membre du Spéléo-Club de la Montagne Noire et de l'Espinouze, agrément protection de la nature n° 92 I 1579, et ancien président de cette association, je connais le classement de la bande calcaire, située entre Saint- Pons et Courniou, où figure la grotte du Lauzinas, et la cavité de Roquebleue dont je suis l'un des "inventeurs".
Comme vous ne l'ignorez pas la grotte du Lauzinas bénéficie d'une demande d'inscription à l'Unesco en tant que patrimoine mondial. Ce projet de classement ne concerne pas uniquement la grotte elle-même, mais inclut, l'ensemble de la bande calcaire du versant Sud de la montagne Noire qui s'étend depuis le village de Lastours dans l'Aude, jusqu'à Olargues (dans l'Hérault).
Vous connaissez les principales cavités : aven grotte de Trassanel, grotte de Cabrespine, Lauzinas, Pousselières, grotte de l'Asperge, Rautely,etc. ; cavités toutes remarquables par leur concrétionnement. Les cavités voisines du site de Tanares sont également nombreuses : aven-grotte Caudine-Bascoul à Euzède, grotte du Verdiau ; qui présentent aussi un concrétionnement particulier. Il existe également des grottes dans un voisinage plus immédiat, grotte du ravin mort, grotte de Rocheba, ainsi que des regards sur la nappe au voisinage du hameau de Marso.
La majorité des cavités de ce secteur présentent un intérêt particulier et pourraient être classées au titre des sites ou des réserves naturelles, et ce d'autant que les vallées de Mézouilhac et Cassilhac sont classées en ZNIEF.
La limite de la ZNIEF tient seulement compte du relief extérieur, mais nous savons bien que les changements de versants concernant les eaux souterraines sont nombreux dans le secteur du Saint-Ponais.

Les documents fournis par la société SITA-SUD ont été étudiés par Monsieur Pols, ingénieur spécialisé dans l'étude des sols. Il fait remarquer que les schistes sont très fracturés, et donc perméables, que les pendages sont souvent inversés, et qu'un tiers de la décharge est prévue sur les dolomies, également très fracturées. Des réseaux très importants ont été trouvés dans ce type de roche, et l'on ne peut exclure la possibilité d'en découvrir de nouveaux (Roquebleu a été découvert en 1991 et l'aven Caudine-Bascoul plus récemment encore).

Une décharge dans ce secteur risquerait fort de polluer le sous-sol de manière irrémédiable, et pourrait également polluer les sources dans un rayon de dix, voire vingt kilomètres. En effet les failles indiquées sur la carte géologique peuvent servir de drain et emporter les eaux jusqu'à la source de Malibert par exemple (qui est captée et alimente une bonne partie du Saint-Chinianais). Dans l'état actuel de nos connaissances sur le sous-sol, nous ne pouvons exclure ce risque, et au nom du principe de précaution, je vous demande de faire tout ce qui est en votre pouvoir pour alerter les services de la DIREN Languedoc-Roussillon qui ne sont peut-être pas aussi sensibilisés que vos services à ces problèmes liés au sous-sol.

Pour terminer, je tiens à vous signaler que j'ai moi-même constaté des erreurs ou contrevérités concernant la pluviométrie, que j'ai d'ailleurs signalées à Monsieur le Commissaire Enquêteur. Ceci m'incite à avoir le plus grand doute concernant les autres éléments présents dans le dossier, et je souhaite donc vivement qu'une contre- enquête puisse avoir lieu.
Ainsi, le dossier de la SITA-SUD fait référence à une pluie décennale (maximum d'eau en 24heures, dans les dix dernières années) de 152mm, alors qu'elle est en réalité de 256mm. Cette augmentation serait donc bien entendu, à supposer que le site soit étanchéifié (ce dont l'étude de Monsieur Pols démontre le côté illusoire, comme nos observations de spéléologues), de nature à polluer les ruisseaux aériens par l'écoulement des lixiviats en dehors des périmètres protégés, mais également les cours d'eaux et nappes souterraines dans lesquels ils pourraient s'écouler.
Enfin, je puis témoigner que les cavités à protéger en priorité sont celles qui n'ont pas encore été découvertes, puisqu'elles n'ont pas encore été souillées : des études concernant le concrétionnement, mais aussi la faune cavernicole, ou des études stratigraphiques pour mieux étudier le climat des dix milles dernières années pourraient par exemple donner des indications intéressantes de façon à mieux comprendre et gérer les variations climatiques d'aujourd'hui. Ces cavités existent certainement dans cette zone, puisque nous ne connaissons pas les réseaux souterrains des principales résurgences du secteur.

En vous remerciant pour l'action que vous entreprendrez, veuillez agréer, Monsieur le Directeur, l'assurance de mes salutations distinguées

P.S. : Vous trouverez ci-joint les remarques faites par Monsieur Pols, ainsi que la lettre que j'ai envoyée à Monsieur le Commissaire Enquêteur.

[ haut de page ]