Projet de centre d'enfouissement de déchets ultimes
Une super décharge dans le Saint-Ponais ?
 

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Analyse sommaire du "Mémoire en réponse" de la SITA au commissaire enquêteur
Marcel Caron

Je me suis astreint à une lecture attentive du "Mémoire en réponse" de la SITA.
Ce qui m'a vite frappé, c'est le ton. Plus que dans le projet initial, la SITA adopte les affirmations péremptoires, les arguments d'autorité qui ne se discutent parce que ce qu'elle a prévu est conforme aux règles et aux lois, qu'elle ne veut pas aller au-delà, et que, somme toute, c'est la réalité qui doit s'adapter. En tout cas, celle-ci n'existe pas si elle contredit les éléments du projet.

Ainsi, sur la question concernant le choix du site, elle rappelle la jurisprudence selon laquelle elle n'a "pas nécessairement à justifier des raisons pour lesquelles telle partie d'aménagement a été retenu..."

Sur les études géologiques et hydrogéologiques, rien de neuf : elle a fait tout ce qu'il fallait selon les prescriptions ministérielles. Le problème selon nous est que les normes sont insuffisantes et que les essais effectués n'étaient pas valables.
"L'ensemble des fonds de casiers se trouvent sur un massif de schistes que les accidents tectoniques potentiellement n'affectent pas".
C'est faux, puisqu'une partie de l'installation se trouve sur les calcaires dolomitiques et sur la faille qui sépare les schistes des dolomies. Pourquoi cette omission à la page 9 ? (voir plus loin)

Concernant les grottes-sources de Rocheba et de Saint-Symphorien, "elles se situent dans des unités tectoniques différenciées de celle dans laquelle se trouve le site". ... "Aucune connexion hydraulique n'a été mise en évidence..."
Oui, mais vous n'avez pas cherché, vous n'avez interrogé aucun club spéléo. Il serait osé de dire que la grotte de Rocheba ne reçoit aucune eau du massif qui se trouve sous le site et qu'elle n'est pas alimentée par exemple par la fameuse faille d'Ardouane (comme le pensent un certain nombre de nos spéléologues). Mais cela, vous ne l'avez pas vérifié. Vous affirmez des circulations souterraines qui vous arrangent. Et la grotte de Marso qui comporte un aquifère important et qui est toute voisine du site, vous n'en parlez pas.

La page 10 (données météo) atteint des sommets.
"Ce sont les données de la station de Labruguière qui ont été retenues, car elles correspondent plus au régime des vents observables sur le secteur de Riols." Tiens donc !
"Sous l'hypothèse des vents de secteur Est (le "Grec" ou le "Gregau"), aucune zone urbanisée ne se trouve sous influence." (sic !)... "Il est à noter que ce vent est extrêmement rare". Défense de rire ! "...les prescriptions réglementaires de l'arrêté ministériel... stipulent que les ouvrages hydrauliques de gestion des eaux pluviales doivent être dimensionnés... pour capter au moins les ruissellements consécutifs à un événement de fréquence décennale ".
Suivent des indications pluviométriques pour St-Pons et Courniou en moyenne annuelle. Le problème, c'est que les événements de fréquence plus longue, plus grave encore que ceux que nous avons connus fin 1995 et début 1996, n'attendront pas nécessairement la fin de l'exploitation, ni même forcément la fin de la première décennie.

Le risque sismique
Là encore des critères officiels : Riols en zone 0, de sismicité négligeable, mais non nulle... Suivent en annexe, sur la digue de retenue, des démonstrations sur la base de coefficients de sécurité et de calculs hermétiques complètement inaccessibles au grand public. Pas la moindre pédagogie. On est obligé de les croire sur parole.

Pages 13 à 15, à propos des tirs de mine de la carrière et des conséquences éventuelles sur le site.
On est heureux d'apprendre que les deux activités sont strictement séparées. (Ouf !) Et si jamais il y avait dommage sur le dispositif d'étanchéité, on nous informe qu'on peut réparer la géomembrane, qu'il y a "des techniques classiques et avérées de reprise de géomembrane du type 'patch'", et on nous montre des photos. Ça rassure presque. Mais le problème, c'est que c'est après poinçonnage ou déchirure sur une membrane propre et non ensevelie sous des tonnes de déchets !
Le fait que ce soit évoqué dans le chapitre sur les tirs de mine est assez éloquent. Et... "il y aura un plan de prévention". Demain...

Page 27, 28, sur l'étanchéité
L'installation de stockage est comprise majoritairement sur des schistes. Le tiers supérieur du flanc Sud-Est est composé de dolomies. Tiens, on n'en parlait pas à la page 9!
L'expertise du bureau d'études Eau et Géoenvironnement conclut notamment : "Le résultat de ces études complémentaires conduisent à conclure en l'état actuel des connaissances (souligné par nous),
- à une absence de fissuration notable...
- et à l'absence d'un aquifère continu dans les formations dolomitiques concernées par le projet...
"
C'est gonflé. Rob Pols a amplement démontré l'absence de fiabilité de cette étude sur cette question, les essais et forages opérés l'ayant été à trop faible profondeur. De plus, à proximité immédiate du site, il y a la grotte de Marso avec une nappe importante, comme dans toute la vallée d'Euzèdes, dont la grotte du Ravin Mort à l'aquifère important. Dans la même couche géologique, à quelques centaines de mètres, on trouve des nappes importantes à une altitude comparable à celle du site, et il n'y en aurait pas tout près ! Où est l'erreur ?

Page 31: durée de vie des géomembranes
"Ce système doit assurer un fonctionnement pendant la vie active pendant la période de stockage" (durée maximale : 20 ans, nldr). Après, "il n'existe aucune raison qu'après couverture et réaménagement, des déchets en rejettent ensuite (des lixiviats, nldr)". Ah oui ?
"La durée de vie des géomembranes est intéressante et pertinente à échelle trentenaire et plus". Pourquoi alors la plupart des constructeurs ne les garantissent-ils que 5 ans, et rarement 10 ans ?
Ce qui suit dans leur texte n'est pas rassurant : il s'agit des moyens d'intervention en cas de pollution avérée. Donc elles sont possibles ?

Page 38, à propos des lixiviats
Un bassin de stockage de lixiviats de 850 m3 étanche a été prévu...
Sur la base d'un relevé de 256,4 mm d'eau intervenu le 12 décembre 1999, le volume engendré est de 770 m3 au niveau de l'alvéole en exploitation.
Dans ce cas, "le volume de bassin devrait être de 1200 m3". Mais c'était à Courniou, dit la SITA et non pas à St-Pons (201,5 mm). Le malheur pour la SITA, c'est que les pluies "cévenoles" de 250 ou 300 mm sont fréquentes dans la région et qu'on ne peut pas prévoir si elles frapperont plus à Murat, à Labastide ou à Tarbouriech, en face du site (300 mm en 24 h en janvier 1996). Les exemples sont multiples et nous avons eu bien de la chance de n'avoir pas été frappés ces derniers temps, comme nos voisins du Gard, mais cela reste tout à fait possible, voire probable puisque cela s'est produit dans le passé. Tout est sous-estimé dans ce rapport, comme le vent marin ("extrêmement rare"). En affirmant que la capacité de rétention totale dans les casiers est d'environ 6450 m3, ce qui correspond à une précipitation de 357 mm, soit une pluie de période de retour supérieure à 100 ans, la SITA marque son ignorance (délibérée ?) des conditions de météo locales : en janvier 1996, ce n'est pas sur un seul jour de forte pluie que cela s'est joué, mais sur plusieurs. Tous les cours d'eau étaient énormes, y compris les petits ruisseaux, chacun se le rappelle, et rien ne pouvait être maîtrisé. Mais bien sûr, Super SITA aurait réussi, n'est-ce pas ?

Traitement des lixiviats
Promesse est faite que les lixiviats seront traités dans une usine spécialisée, mais la SITA se refuse à indiquer laquelle. Plus tard... quand l'exploitation commencera.

Gestion des eaux de ruissellement
Eaux externes par des fossés autour du site;
Eaux internes : un bassin de 9000 m3 (eaux propres) recueillera ces eaux, pour permettre leur décantation et leur contrôle avant le rejet dans la nature. Il a été dimensionné pour une pluie décennale de 24 heures. De combien, dites-vous ? De 152 mm. Oui, vous avez bien lu. Gageons que ce bassin débordera plus d'une fois.

Le biogaz
La SITA nous l'assure : il n'y aura pas de problème, pas de gaz répandu, pas d'explosion, pas d'incendies. La collecte des gaz se fera par un nouveau système qui fait des merveilles.

Impact sur l'agriculture
Il traite de la protection des eaux (voir plus haut), des oiseaux, des rongeurs, des insectes. Nous sommes rassurés puisque "l'exploitant prend les mesures nécessaires contre la prolifération des rats, des insectes et des oiseaux". Il traite aussi des envols, de poussière, d'éléments légers, de la protection de l'air. Puisque la lutte contre la diffusion du biogaz sera efficace, les risques seront quasi nuls sur la chaîne alimentaire également.
Dératisation : seront utilisés des produits anti-coagulants dont la vitesse d'élimination hépatique sera rapide, ce qui amoindrira les risques de contamination par une éventuelle prédation. En d'autres termes, si les sangliers ne bouffent pas les rats trop vite, ça ira.

Impact sur le tourisme
L'Institut National des appellations contrôlées aurait été consulté. Première nouvelle. Et où se trouve son avis ?
Des considérations sur le trafic routier, en le minimisant.
En réponse au Parc Régional, la SITA assure que le passage à la torchère élimine la quasi totalité du biogaz et du monoxyde de carbone. Merveilleux.
De toutes façons, il y a plus de 1,5 km entre le centre de stockage projeté et l'entrée de St-Pons et plus de 2 km pour Riols. A quoi sert cette précision si la lutte contre les gaz est efficace ? Et si elle ne l'était pas, comme on a quelques raisons de le penser, peut-on vraiment penser que ces distances seront suffisantes ?
Pour le tourisme vert, sachez qu'il n'y aura pas de conséquences puisque l'emprise du CDSU ne sera que de 4 pour mille du territoire du Parc ! Une étude paysagère pour intégrer le site dans son espace naturel sera faite. Il faut faire confiance à la SITA qui nous donne comme argument que les décharges actuelles du Roc et d'Olargues n'ont pas empêché le tourisme de se développer. Y a-t-il une commune mesure ?
Et il n'y aura pas de dépréciation du patrimoine avec l'intégration paysagère, les campagnes d'information, les journées portes ouvertes...

Enfin la SITA a fait réaliser une étude exhaustive sur les risques d'incendies. Ça ne ressemble pas au plan de sécurité nécessaire pour les nuages toxiques..., mais il y aura un ensemble de mesures de protection. Il ne se passera rien; la SITA vous le dit. Tout sera correct.

Le problème, c'est que ces promesses sont à mesurer à l'aune du comportement de la SITA dans les décharges où elle exerce déjà ses bons offices. Nous ne connaissons que trois exemples où elle sévit. Les voici :

Décharge de Retzwiller (Alsace)
- début 2002 : plainte des riverains contre les mauvaises odeurs tenaces;
- février : construction d'un pont dans l'irrespect total de la loi sur l'eau;
- mars : début d'incendie;
- décembre : demande d'extension de la capacité de stockage de 170.000 tonnes à 192.000 en 2002 et davantage en 2003...

Décharge de Brueil en Vexin
Destinée à des déchets industriels banals, elle sert maintenant exclusivement aux déchets d'amiante. Mais ni le Maire, ni le Conseil Municipal n'ont été consultés.

Décharge de Ferolles-Altilly (Seine et Marne)
Sur une décharge de 30 ha, la SITA a doublé la quantité de dépôt d'ordures par rapport à à ce qui était autorisé, a rasé une parcelle boisée sans autorisation, a empoisonné la rivière voisine avec les écoulements putrides, tout cela curieusement avec la bénédiction des autorités et sans sanction.

Avant l'autorisation d'exploiter, la SITA promet que tout sera "clean" et correct, mais au vu de ses pratiques, peut-on la croire ?

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